Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/11/2016

discours du 11 novembre 2016

   

Mesdames et Messieurs les élus

Monsieur le Curé,

Mesdames et Messieurs les anciens combattants,

Mesdames et Messieurs les victimes de toutes les guerres et leurs portes drapeaux,

Mesdames et messieurs les membres du conseil municipal,

Mesdames et Messieurs les professeurs des écoles,

Mesdames et Messieurs les représentants de la gendarmerie et de la police municipale,

Mesdames et Messieurs les responsables d’association,

Mesdames et Messieurs,

Chers enfants, chers amis,

Merci infiniment à tous d’être là.

La commémoration de la première guerre mondiale résonne toujours d’une intensité particulière dans nos cœurs. Par son intensité, par sa violence effrénée, par sa dimension globale, sa cruauté, par l’irruption de technologies meurtrières sur les champs de bataille, elle est devenue le symbole de l’absurdité de toutes les guerres.

En tête nous avons ces images bouleversantes de nos poilus, chancelant, en guenilles, mal rasés, maigres et sous équipés, parmi les tombereaux de poussières, de cadavres et d’acier.

A la onzième heure du onzième jour du onzième mois de l’année, nous avons coutume de nous rappeler l’horreur que connurent les combattants du monde entier dans les tranchées, sous le feu, dans le gaz et la boue.

C’est un moment privilégié pour notre nation que de pouvoir l’espace d’un instant au moins comprendre quelle horreur certains ont traversé, et surtout pourquoi ils l’ont traversé. Quel épouvantable sacrifice, abandonné sur l’autel des nations, aura été ce meurtrier conflit. Meurtrier conflit dont tout le monde espérait qu’il fut le dernier de la sorte, et dont l’histoire hélas prouva qu’il ne l’était pas, loin s’en faut.

Car deux décennies après cette période seulement un deuxième conflit plus grand encore dévasta le monde.

Aux origines des guerres, aux origines du meurtre, il y a toujours la haine. Et aux origines de la haine, il y a toujours la peur et la colère.

Cette peur qui pousse au repli. Qui pousse à l’indifférence coupable, à l’égoïsme. Cette colère qui désigne les boucs émissaires, qui stigmatise d’éternels faibles ou de présumés puissants, qui aveuglément cherche à punir quelqu’un ou quelque chose pour les maux qu’on ne parvient pas à résoudre ou à expliquer.

Cette peur et cette colère qui sont le combustible, attisé par des irresponsables qui veulent incendier le monde, à défaut de tenter pacifiquement de le changer.

Aux origines des guerres, le repli. Sur soi, sur sa nation. Le nationalisme.

Le monde d’aujourd’hui est un terreau fertile à cette peur et à cette colère.

Perdus par les excès de la mondialisation, les laissés pour compte de la croissance qui ne profite plus qu’à une arrogante minorité sont tentés, dans le monde entier, de croire aux sirènes de faux jeunes loups qui sortent du bois dans lequel ils avaient été confinés par des décennies de bien-pensance, elle aussi puissamment coupable.

Bien pensance coupable d’avoir mis la tête dans le sable, de n’avoir pas voulu nommer quels terribles malaises agitent actuellement nos sociétés, et d’avoir laissés ces questions aux fauves.

Bien pensance coupable d’avoir défendu les systèmes quoi qu’injustes avant leurs peuples, de ne pas avoir voulu entendre leur détresse et leur désarroi.

Et aujourd’hui, nous sommes en train de faire les frais de cet aveuglement de nos classes dirigeantes, d’avoir laissé les outrances d’une économie sans règle casser des millions d’êtres humains, d’avoir mis en concurrence des pauvres d’ici avec des pauvres d’ailleurs, en leur expliquant que c’était merveilleux, d’avoir tué l’espoir, d’avoir cédé aux communautarismes pour acheter la paix sociale, d’avoir baissé notre pantalon, abandonnant des principes essentiels de nos sociétés dites modernes et démocratiques, alors que nous avons les outils pour défendre nos idéaux.

Bien pensance coupable d’avoir fait se confondre gauche et droite, bien pensance coupable d’avoir confisqué tout vrai choix aux électeurs, et qui aujourd’hui réalise sa faute. Et qui feint de s’étonner que les votes extrêmes montent en flèche.

Bien pensance qui n’ayant pu étouffer le monstre est en train de le déchaîner.

Les nationalismes progressent partout. Nous entrons dans une époque extrêmement dangereuse, et il ne faudra pas s’y tromper.

On ne vote plus pour donner des avertissements, pour se griser d’avoir pu faire trembler au premier tour quelques puissants depuis trop longtemps installés. Le vote est une arme. Et de plus en plus, on entend hurler les sirènes qui préfèrent le chaos plutôt que de continuer ainsi. Après nous le déluge en quelque sorte.

Un populiste à l’agressivité sans précédent a été élu aux Etats-Unis, le Royaume-Uni a quitté l’Europe, le nationalisme gagne du terrain partout en Europe et ailleurs, les esprits se radicalisent.

Autant de signaux qui vont décomplexer ceux que des décennies de politiquement correct ont difficilement muselés, et qui sont de fait surexcités.

Autant de signaux qui vont donner une prime à l’inexpérience, au simplisme, à la caricature, à l’outrance. Autant de signaux qui font que les modérés sont devenus inaudibles, parce qu’il est bien tard. L’intelligence et l’exigence ne pèseront pas lourd face au premier venu qui annoncera de la façon la plus violente la plus primaire des solutions.

 

Les gens sont fatigués et las d’un monde qu’il ne semble plus possible de changer. Et les loups se repaissent de cette fatigue.

A ce devoir de faire son examen de conscience, auxquels manquent à peu près l’ensemble de nos élites, à ce courage absent depuis des décennies, répondra si nous ne réagissons pas immédiatement : le pire. Le pire c’est ce que nous avons hélas toujours connu. Le pire c’est la guerre.

En ce jour particulier où nos nations commémorent la paix, n’oublions pas, dans le confort de nos petites vies, que la paix n’est qu’une fragile période de répit entre deux guerres.

Et qu’il appartient à chacun d’entre nous de mesurer comment on se sert de cette arme qui s’appelle le bulletin de vote et quelles en sont les conséquences potentielles.

Je voudrais terminer par cette citation de tobias Stone, un historien américain :

«Et puis, après la Guerre qui devait mettre fin à toutes les Guerres, nous en avons eu une autre. Encore une fois, pour un historien, c’était très prévisible. Poussez les gens à croire qu’ils ont perdu le contrôle de leur pays et de leur destin, ils vont chercher un bouc émissaire, puis un leader charismatique va s’approprier cet état d’esprit du peuple et désigner la forme que prendra ce bouc émissaire. Il va tenir des discours très généraux et cultiver la colère et la haine. Bientôt, les masses commenceront à agir comme un seul homme, sans qu’aucune logique ne conduise leurs actions, et plus rien ne pourra être arrêté.»

Merci à tous

 

02/08/2016

Discours fête nationale suisse du 1er août 2016 à ANIERES

Monsieur le Maire et Député du grand Conseil, Cher Antoine,

Monsieur le sénateur, cher Loïc,

Madame le consul de France,

Madame le sautier du Grand Conseil,

Mesdames et messieurs les adjoints,

Mesdames et messieurs les membres du conseil municipal,

Mesdames et messieurs chers habitants d’Anières et des environs,

Je veux vous dire en premier lieu quel honneur je ressens, à venir m’exprimer ici en ce jour si particulier pour vous, pour votre pays, qu’est la fête du 1er août.

Je veux adresser mes remerciements les plus sincères à votre maire, Antoine BARDE, qui me fait ce privilège, un privilège qui me va droit au cœur car en ces temps où la coopération transfrontalière n’est pas toujours l’expression d’un fleuve tranquille, Il était audacieux de sa part pour ne pas dire presque un peu fou, d’inviter un maire français à prononcer un discours dans un moment d’unité nationale tel que celui-ci. J’y vois un merveilleux symbole d’amitié et de fraternité entre nos habitants, entre nos communes, entre nous tous.

C’est un immense plaisir pour moi d’être là face à vous, dans cette magnifique commune et je vous remercie déjà d’endurer avec bienveillance les quelques mots forcément trop franchouillards que je vais vous servir pour l’occasion.

Je suis avant tout un élu de la région, un élu local, et c’est dans un moment comme celui-là que mon engagement prend tout son sens. Car les élus des communes suisses et françaises du secteur rencontrent la plupart du temps les mêmes difficultés, les mêmes problématiques : problème de mobilité, de bouchons, de logement, de protection de nos zones agricoles et naturelles, toute une série de défis communs que nous ne pouvons relever qu’ensemble.  Il est donc très heureux que nous sachions partager, échanger, nous rassembler au-delà des réunions trop souvent techniques pour créer ce lien qui fait le ciment du vivre ensemble. Car dans le fond, qu'on vive à Anières ou à Saint-Cergues, on travaille pour le destin d'une même communauté de vie.

Ce n’est qu’ensemble en effet que nous pourrons tenter de corriger les déséquilibres qui affectent cette région, ce n’est qu’ensemble que nous pourrons mener à bien les grands projets indispensables à la qualité de vie, des deux côtés de la frontière, ce n’est qu’ensemble en effet que nous pourrons continuer à vivre et si possible mieux dans ce beau territoire.

Depuis ma plus tendre enfance, en effet, c’est une logique de région qui a supplanté la logique de pays ou d’Etat. J’ai grandi dans le hameau de Moniaz, situé à la frontière entre ma commune, Saint-Cergues et celle de Jussy, passant sans arrêt cette ligne administrative pour aller jouer avec des amis dont personne ne s’inquiétait de savoir s’ils étaient suisses ou français, tant nos hameaux étaient proches, tant la frontière était plus perçue comme un point de rencontre plutôt qu’un point de séparation.

Mon grand-père était douanier, cela a sans doute plus ou moins consciemment influencé mon rapport à la frontière, que je trouve belle, en effet, quand elle n’est non pas un mur mais plutôt une porte, une porte qu’on traverse avec respect, avec désir de connaître l’autre qui se trouve derrière, avec humilité et tolérance pour la culture et les traditions qu’on y découvrira.

Ma femme est genevoise, mes filles sont suisses, ma famille, mes amis aussi, je les vis des deux côtés comme tant d’autres ici, le grand Genève je le vis donc aussi dans mon cœur et de fait, il nous faut perpétrer ce qui a toujours existé, du temps du comté de Genève, qui s’étendait au-delà de ce que l’on appelle aujourd’hui le Grand Genève, du temps des molardiers qui se rassemblaient sur la place qui leur a donné leur nom pour offrir leur travail, du temps des petits paysans venus de Savoie vendre leurs productions en ville. L'histoire a toujours démontré que Genève ne pouvait pas composer sans sa périphérie et que sa périphérie ne pouvait rien sans Genève,  dans ce contexte ou les frontières n’ont cessé de bouger au fil des siècles, preuve s'il en est que nos passés et donc nos futurs sont profondément liés. Comment pourrait-il en être autrement quand on sait que le canton de Genève compte 100 kilomètres de frontière avec la France et seulement 4 avec la Suisse !

Nous avons une chance infinie dans cette région. Elle est belle, d’abord, tellement belle, ce lac, ces campagnes, ces paysages, ces vignobles aussi bien sûr, elle est dynamique ensuite, emmenée par cette locomotive économique qu’est Genève et qui fait pâlir d’envie bien des régions d’Europe et du monde. Il faut reconnaître cette chance-là, et en tant que maire d’une commune française qui compte près d’un millier de frontaliers, dont la moitié est suisse, je veux dire ici combien nous sommes gâtés de vivre en un lieu où les tourments du monde se font moins virulents qu’ailleurs.

Pour autant la profonde interdépendance qui lie nos territoires et nos habitants ne se limite pas aux seuls échanges économiques.  Genève est un peu aussi la « capitale » de la France voisine...

Par ses lieux culturels, ses lieux de sortie, de divertissement qui permettent au-delà des simples rapports de travail de se forger une identité commune, une conscience d’appartenance à un ensemble plus vaste. C'est d'ailleurs dans cet esprit l'an dernier que nous avons créé une fête de la frontière à Monniaz, 3 communes françaises et 2 communes suisses, pour permettre à nos citoyens de partager autre chose que des regards pensifs, d'une voiture à l'autre dans les bouchons. Ces initiatives se multiplient et c'est un bien pour tous.

Alors cet ensemble plus vaste, vous le savez, c’est le grand Genève. Ce territoire qui réunit le canton de Genève, la région Nyon et la France voisine. Je sais que pour certains c’est un gros mot mais je dérogerais trop à la tradition d'arrogance française si je ne me permettais pas ici en ce lieu et en cette occasion de vous en dire quelques mots. Pour beaucoup, c’est le synonyme de concessions insupportables faites à la France voisine, c’est presque un peu du vol. Et pourtant, le Grand Genève ça n’est rien de cela.

Ça n’est pas une opération humanitaire à destination de ce pays en voie de développement qu’est la France… Ça n’est pas une pompe à fric inventée par ces coquins de « frouses »… Ça n’est pas un délire de technocrates en manque de structures kafkaïennes…

C’est d’abord l’expression d’une politique fédérale, qui veut que toutes les grandes agglomérations suisses organisent leur développement avec leur périphérie, comme cela se fait dans le monde entier, qu’il y ait ou non une frontière qui séparent la ville centre de sa périphérie. C'est la première et la plus évidente de toutes les logiques. Celle qui correspond à la réalité de la vie de centaines de milliers de personnes, qui travaillent dans le centre et qui vivent en périphérie, qu’ils soient suisses ou français.

Cela se fait à Bâle, à Zurich, et donc à Genève. La confédération appuie ces politiques en subventionnant les projets structurants de ces agglomérations.

Depuis quelques années, les élus suisses et français coopèrent beaucoup plus, pensent la région dans son ensemble, avec une logique de bassin de vie plutôt qu’une logique étriquée et forcément partielle de limites communales cantonales ou nationales, avec un souci de transversalité qui seul permet d’avancer.

C’est la bonne échelle pour résoudre les problèmes.

Bien sûr cette construction ne se fait pas sans mal. A Genève comme en France, les populismes vont croissants, surfant sur les peurs qu’inspire la mondialisation, avec la logique des boucs émissaires, déployant les fantasmes de repli... Ces mouvements sont regrettables sans doute mais naturels, il faut composer avec et jamais plus qu’aujourd’hui il faut expliquer les choses, il faut dire ce que l’on fait, faire de la pédagogie.

Cela ne se fait pas sans mal non plus car parfois nos États respectifs ne comprennent pas toujours les logiques qui sont à l’œuvre sur le terrain. Aussi est ce sans réserve que je soutiens la demande de Pierre MAUDET concernant la transmission par la France des informations sur les profils des employés français travaillant à l'aéroport de COINTRIN. S’il est un domaine en effet où la coopération ne doit souffrir d’aucune retenue, c’est bien celui de la sécurité.

Oui, cela ne se fait pas sans mal et je veux saluer en cette année la magnifique explication de texte de François Longchamp Président du Conseil d’Etat et Président du grand Genève s’agissant des fameux fonds frontaliers. Il a démontré clairement que ces fonds étaient une chance pour Genève et pour la France voisine, que si ici nous fonctionnions comme dans le canton de Vaud par exemple, Genève ne garderait qu’un peu moins de la moitié de ce qu’elle touche aujourd’hui au titre de l’impôt prélevé sur les frontaliers. Quant à la France voisine, elle ne toucherait rien, c’est Bercy qui encaisserait les sommes dont personne ne verrait les fruits, en termes d’investissement, localement. Votre Président a donc défendu avec ardeur ce système véritablement gagnant-gagnant et qui est lui aussi une chance pour notre région.

La France voisine développe actuellement des infrastructures de transport adaptées, elle paie largement sa part et la finance d’ailleurs seule, et cela n’est pas simple, depuis les votations sur les P+R de 2014. Le Léman Express en sera la colonne vertébrale sur la partie française, qui irriguera en étoile depuis Annemasse toute la Haute-Savoie, et autour, viendront se greffer des lignes de bus rapides, des lignes de tram, des parkings relais qui permettront vraiment d’améliorer la mobilité dans la région. Je crois que l’efficacité de ces équipements qui seront opérationnels en 2019 vaudra mieux que tous les discours.

Et on constatera en effet que moins de  trafic dans nos villages, dans nos villes, françaises ou suisses, ce sera une avancée notable pour cette région et la qualité de son air qui a mis du temps à s’organiser mais qui va y arriver, qui mérite en tout cas le meilleur.

Le temps viendra ou le bien-fondé de tout cela éclatera d’évidence, au-delà des invectives du moment, au-delà des inquiétudes et des doutes. 

C’est dans le cadre des instances du Grand Genève, d’ailleurs, que j’ai eu le plaisir de rencontrer votre maire, Antoine Barde. Il était alors Président du Grand Conseil et avec son homologue vaudoise Roxane Meyer Keller nous nous sommes réunis pour organiser prochainement ce que l’on appelle les assises transfrontalières des élus. Une sorte d’assemblée dédiée aux échanges, dédiée au dialogue et à la coopération franco-suisse. Une complicité est immédiatement née entre nous.

Peut-être déjà parce que nous avions approximativement le même âge, certes la jeunesse n'est pas en soi une vertu, mais il faut dire qu'elle n'est pas, loin s'en faut, surreprésentée dans nos classes politiques réciproques, alors forcément, cela crée quelque chose… Et puis sûrement aussi parce que nous étions fatigués de ces séances quelques fois trop techniques, trop sérieuses qui nous font passer à côté de l’essentiel : la convivialité, les vraies occasions d’échanger, de se découvrir, de comprendre les problèmes des uns et des autres, de comprendre les façons que nous avons de les appréhender et qui permettent souvent, à condition d’y consacrer le temps nécessaire de faire plus avancer les choses, parce qu’on se sera parler vraiment.

Bref, l'histoire de notre région est belle, elle nous est commune, et nous avons besoin les uns des autres pour faire en sorte qu'elle le soit toujours. C'est la somme cumulée des avantages offerts par la partie suisse et par la partie française de cette région qui en fait sa force. Et le Grand Genève dans le fond, c’est veiller à en organiser le développement de façon plus harmonieuse.

C'est le sens profond de ce que je veux vous dire ce soir : il n'y a pas d'avenir sans cela.

Mais j'ai beaucoup parlé de la région, et trop peu de ce qui nous réunit ce soir, c'est à dire votre pays, votre nation, dont nous fêtons les 725 ans ce soir du pacte qui l’a fondé.

La Suisse est un pays que j’admire à plus d’un titre, d’abord pour sa beauté.

Bien entendu je pense au bassin lémanique, mas aussi je pense au Valais, ce paradis encore sauvage et préservé habité par des gens entiers dont le caractère est plein de roches et de soleil, je pense aux merveilles du TESSIN, ces lacs somptueux dans lesquels s’effondrent d’abruptes et verdoyantes montagnes, je pense à Zurich, Bâle, ces villes à taille humaine et agréables, j’ai traversé les Grisons, la suisse allemande, et j’ai été émerveillé par la pureté de ces paysages, par la diversité des cultures, des langues, et j’ai apprécié le lien qui réunissait tous ces êtres si différents qui se sont fédérés, au-delà de leurs particularités, derrière un même drapeau.

C’est un petit miracle, ce pays, qui a su faire se souder des peuples si divers.

 

J’admire le peuple suisse. J’admire sa capacité à prendre des décisions courageuses, à voter des objets délicats, à affirmer sa volonté, quels que soient les enjeux. Sa capacité à aller à contre-courant parfois de l’air du temps…

J’admire cette force qui vous a permis sans doute de mieux protéger vos spécificités qu’ailleurs. Cet amour de votre terroir, de vos produits fermiers, de vos vins, de vos industries, de ce goût pour la qualité et l’excellence.

Et puis il y a une forme de simplicité dans l’échange, de joie simple et essentielle qui accompagne sans le contredire un appétit farouche pour le travail, pour l’effort.

J’aime vos auberges communales, vos bistrots de village, vos campagnes préservées où il me semble que quelque chose à mieux survécu qu’ailleurs.

Cet amour de ce que vous êtes, défendez-le. Car seul un peuple qui s’aime, qui croit en lui peut avoir de l’avenir.

Quand je vois la ferveur ici que génère votre fête nationale, quand je vois tous ces drapeaux fleurir, toute cette joie, toute naturelle, spontanée et authentique, je suis admiratif. Manifester de l’amour pour son pays, exprimer sa fierté d’appartenir à une nation. C’est beau et émouvant et je souhaite à tous les peuples de la terre de pouvoir éprouver ce noble sentiment.

En face de cela, je vous avoue que le français que je suis vous regarde avec envie, tant la France traverse, en ces heures, un moment fort difficile de son histoire. Et je veux profiter de cette occasion pour vous dire combien nous avons été touchés, lorsque votre jet d’eau s’est paré des couleurs de la France. Merci pour ce geste.

Ce soir est un  temps particulier où vous vous retournez sur la patrie, c’est un temps de communion où la nation toute entière interroge ses valeurs, et, forte de son passé, se projette dans l’avenir.

Je veux donc vous souhaiter une très belle fête nationale et surtout souhaiter une longue vie à votre « Grand » petit pays.

Vive la Suisse,

 Vive la France,

et Vive notre belle région.

Merci à tous

 

03ed602b655037971.jpg

09/05/2016

discours 71 ème anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale

439974623.jpg

 

Mesdames et messieurs les responsables et membres des associations d'anciens combattants et leurs porte-drapeaux,

 

Mesdames et Messieurs les membres du conseil municipal,


Mesdames et Messieurs,

 

Chers amis,

 

Merci à vous d'être là, en cette matinée de mai, pour célébrer le 71ème anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale.

 

71 ans désormais qui nous séparent et nous éloignent d'une période où le monde s'est perdu, où l'humanité toute entière s'est noyée dans les limbes des extrêmes, où ce qu'il y a de plus précieux en nous a été assommé, réduit à néant par quelques idéologies de la mort qui se sont répandues tel un cancer parmi les âmes et les cœurs et les ont rongé.

 

71 années de paix en Europe, une goutte infime de sérénité dans cet océan de guerres et de conflits, de meurtrissures incessantes qu'est l'histoire de notre continent à travers les siècles.

 

71 ans que les canons se sont tus, ici, à la grâce de cette volonté de mettre un terme à la violence infinie qui secoua les cieux de 1939 à 1945 et provoqua 55 millions de morts de par le monde.

 

Grâce à l'Europe, cette nouvelle Europe dévêtue de haine qui s'est construite sur des idéaux généreux. Europe célébrée demain, le 10 mai et qui quoi qu'on puisse en penser, aura offert à ses enfants le plus beau des cadeaux, celui de la paix, celui de l'avenir sans batailles, sans meurtres de masse, sans fléaux guerriers, sans la peur de perdre ses enfants, sans la peur de perdre ses parents au combat. N'oublions jamais que nos aïeux, qui ont traversé tant d'épreuves, qui ont vu tout s'effondrer, ont construit la paix dont nous jouissons aujourd'hui.

 

Comment donc une telle flambée d'horreurs à t-elle pu être possible ?  Comment a t-on pu perdre toute humanité au point de trier les hommes et les femmes tel du bétail, comment à t-on pu assassiner, torturer, exterminer en masse des peuples qui avaient le seul tord d'être soi-disant différents ?

 

 

Comment les régimes totalitaires les plus odieux ont-ils pu s'emparer de démocraties si anciennes, comment les peuples les plus braves, les plus intelligents, les plus mesurés, ont-ils pu céder si facilement aux sirènes populistes, aux rengaines ancestrales et simplistes des boucs émissaires, aux haines faciles ?

 

Parce que ceux qui ne savaient pas étaient au comble du désespoir, dans une Europe en proie à une crise économique sans précédent, et parce que ceux qui savaient étaient au comble du renoncement.

 

Renoncement par lequel on a laissé des dictatures infâmes s'installer en Espagne, en Italie, en Allemagne, au Japon, par lequel on a fermé les yeux en priant le ciel que cela n'aille pas plus loin... 

 

Renoncement par lequel nos élites ont regardé la bête nazie grandir chaque jour un peu plus en baissant les yeux, et renoncement par lequel, épris de pacifisme, ils ont préféré cédé lâchement au pire des despotes à venir pour éviter une guerre pourtant inévitable.

 

Les fameux accords de Munich de 1938 en sont le plus puissant symbole. Là où hausser le ton aurait peut-être permis d'éviter le pire, les grandes démocraties s'agenouillèrent pitoyablement devant l’inacceptable, validant l'invasion d'une partie de la Tchécoslovaquie par les nazis, dont le programme mortifère était pourtant tristement connu, contre une vague promesse de non-agression future.

 

Lorsque Daladier, président du conseil, tout honteux de revenir à Paris après de telle lâchetés se voit accueillir en héros sur le tarmac de l'aéroport, il lâcha cette formule célèbre, témoignant de sa surprise : «  Ha les cons, si ils savaient! ».

 

Traumatisé par la guerre de 14-18, personne en effet, ne voulait de guerre. Mais à trop vouloir l'éviter, alors qu'il était encore temps de tuer le monstre dans l’œuf, ce que leur lâcheté a provoqué fût plus épouvantable encore.

 

Ce suprême manque de courage et de lucidité fut résumé parfaitement par Winston Churchill, qui n'était alors pas encore aux affaires : «  vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre. »

 

Des paroles qui résonnent hélas cruellement justes.

 

Renoncement, aveuglement, erreurs de nos états-majors qui ont conduit à laisser faire, à penser que non, ça n'arriverait jamais, à se retrancher derrière cette ligne Maginot, célèbre forteresse imprenable qui ne servit à rien, les nazis passant par là où on pensait qu'ils ne pourraient pas passer, effondrement de notre armée, déroute, exode...

 

Renoncement d'une majorité de la classe politique, qui préféra survivre en se reniant à Vichy, autour d'un vieux héros qui se fit jeune traître pour l'occasion...

 

Les dictateurs, les extrémistes, les radicaux de tout poil n'occupent jamais que la place qu'on leur laisse.  Si l'on se compromet pour ne pas mourir, on mourra de plus belle.

 

La ligne Maginot est un superbe symbole. Combien de ligne Maginot avons-nous en tête encore aujourd'hui ? Combien d'horreurs dont nous pensons être préservés ne se répandront pas sur nous, si nous ne sommes pas plus vigilants ? Si nous pensons que non, ça ne peut pas arriver, confortablement assis dans nos certitudes, certitudes qui sont notre pire ennemi ?

 

Pensions nous que les attentats de Paris pourraient véritablement arriver ? Pensions nous que les votes extrêmes, dans notre pays, atteindrait de tels sommets ?

 

Nous devons toujours avoir en tête ce que le renoncement, quel que soit son niveau, sa gravité, son degré de conséquences induit pour notre avenir. Rien de bon en tout cas.

 

Car pendant la seconde guerre mondiale, c'est heureusement le courage, l'abnégation de quelques-uns, la folie de quelques-uns pourrait-on dire, folie éprise d'idéaux et de liberté, qui permit de redonner espoir à des nations entières, de redonner l'envie de se battre, de ne pas se résigner, avant que les alliés et leurs armées vinrent nous soutenir.

 

C'est la folie merveilleuse d'un De Gaulle, exilé solitaire à Londres et qui inlassablement exhorta le monde à se réveiller. C'est la folie merveilleuse de ces braves, de ces résistants, qui dans nos villes, nos campagnes, prirent tous les risques pour saboter, déjouer les plans nazis, avec un malheureux fusil et une immensité de bravoure.

 

Bravoure de ceux qui cachaient des enfants juifs, qui ravitaillaient les maquis, qui libérèrent nos communes du joug allemand, qui redonnèrent un peu d'honneur à ce pays, après ces cascades de renoncement.

 

Bravoure de ceux qui du monde entier sont venus libéré la vieille Europe, sont venus mourir sur les plages du débarquement en Normandie ou en Provence, ont tenu bon à Stalingrad, ont déferlé sur une Allemagne aux abois pour la victoire finale.

 

Au-delà de ce centaines de milliers de soldats, qui se sont héroïquement battus sur tous les fronts, c'est d'abord à ces quelques hommes et à ces quelques femmes qui au cœur des ténèbres se sont levés pour dire non, ont allumé une lumière dans la nuit, que nous devons profondément notre liberté.

 

Ceux qui n'avaient pas renoncé. Et c'est ceux-là, plus que jamais, qu'il faut aujourd'hui célébrer et remercier.

 

 

Merci à tous