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02/08/2016

Discours fête nationale suisse du 1er août 2016 à ANIERES

Monsieur le Maire et Député du grand Conseil, Cher Antoine,

Monsieur le sénateur, cher Loïc,

Madame le consul de France,

Madame le sautier du Grand Conseil,

Mesdames et messieurs les adjoints,

Mesdames et messieurs les membres du conseil municipal,

Mesdames et messieurs chers habitants d’Anières et des environs,

Je veux vous dire en premier lieu quel honneur je ressens, à venir m’exprimer ici en ce jour si particulier pour vous, pour votre pays, qu’est la fête du 1er août.

Je veux adresser mes remerciements les plus sincères à votre maire, Antoine BARDE, qui me fait ce privilège, un privilège qui me va droit au cœur car en ces temps où la coopération transfrontalière n’est pas toujours l’expression d’un fleuve tranquille, Il était audacieux de sa part pour ne pas dire presque un peu fou, d’inviter un maire français à prononcer un discours dans un moment d’unité nationale tel que celui-ci. J’y vois un merveilleux symbole d’amitié et de fraternité entre nos habitants, entre nos communes, entre nous tous.

C’est un immense plaisir pour moi d’être là face à vous, dans cette magnifique commune et je vous remercie déjà d’endurer avec bienveillance les quelques mots forcément trop franchouillards que je vais vous servir pour l’occasion.

Je suis avant tout un élu de la région, un élu local, et c’est dans un moment comme celui-là que mon engagement prend tout son sens. Car les élus des communes suisses et françaises du secteur rencontrent la plupart du temps les mêmes difficultés, les mêmes problématiques : problème de mobilité, de bouchons, de logement, de protection de nos zones agricoles et naturelles, toute une série de défis communs que nous ne pouvons relever qu’ensemble.  Il est donc très heureux que nous sachions partager, échanger, nous rassembler au-delà des réunions trop souvent techniques pour créer ce lien qui fait le ciment du vivre ensemble. Car dans le fond, qu'on vive à Anières ou à Saint-Cergues, on travaille pour le destin d'une même communauté de vie.

Ce n’est qu’ensemble en effet que nous pourrons tenter de corriger les déséquilibres qui affectent cette région, ce n’est qu’ensemble que nous pourrons mener à bien les grands projets indispensables à la qualité de vie, des deux côtés de la frontière, ce n’est qu’ensemble en effet que nous pourrons continuer à vivre et si possible mieux dans ce beau territoire.

Depuis ma plus tendre enfance, en effet, c’est une logique de région qui a supplanté la logique de pays ou d’Etat. J’ai grandi dans le hameau de Moniaz, situé à la frontière entre ma commune, Saint-Cergues et celle de Jussy, passant sans arrêt cette ligne administrative pour aller jouer avec des amis dont personne ne s’inquiétait de savoir s’ils étaient suisses ou français, tant nos hameaux étaient proches, tant la frontière était plus perçue comme un point de rencontre plutôt qu’un point de séparation.

Mon grand-père était douanier, cela a sans doute plus ou moins consciemment influencé mon rapport à la frontière, que je trouve belle, en effet, quand elle n’est non pas un mur mais plutôt une porte, une porte qu’on traverse avec respect, avec désir de connaître l’autre qui se trouve derrière, avec humilité et tolérance pour la culture et les traditions qu’on y découvrira.

Ma femme est genevoise, mes filles sont suisses, ma famille, mes amis aussi, je les vis des deux côtés comme tant d’autres ici, le grand Genève je le vis donc aussi dans mon cœur et de fait, il nous faut perpétrer ce qui a toujours existé, du temps du comté de Genève, qui s’étendait au-delà de ce que l’on appelle aujourd’hui le Grand Genève, du temps des molardiers qui se rassemblaient sur la place qui leur a donné leur nom pour offrir leur travail, du temps des petits paysans venus de Savoie vendre leurs productions en ville. L'histoire a toujours démontré que Genève ne pouvait pas composer sans sa périphérie et que sa périphérie ne pouvait rien sans Genève,  dans ce contexte ou les frontières n’ont cessé de bouger au fil des siècles, preuve s'il en est que nos passés et donc nos futurs sont profondément liés. Comment pourrait-il en être autrement quand on sait que le canton de Genève compte 100 kilomètres de frontière avec la France et seulement 4 avec la Suisse !

Nous avons une chance infinie dans cette région. Elle est belle, d’abord, tellement belle, ce lac, ces campagnes, ces paysages, ces vignobles aussi bien sûr, elle est dynamique ensuite, emmenée par cette locomotive économique qu’est Genève et qui fait pâlir d’envie bien des régions d’Europe et du monde. Il faut reconnaître cette chance-là, et en tant que maire d’une commune française qui compte près d’un millier de frontaliers, dont la moitié est suisse, je veux dire ici combien nous sommes gâtés de vivre en un lieu où les tourments du monde se font moins virulents qu’ailleurs.

Pour autant la profonde interdépendance qui lie nos territoires et nos habitants ne se limite pas aux seuls échanges économiques.  Genève est un peu aussi la « capitale » de la France voisine...

Par ses lieux culturels, ses lieux de sortie, de divertissement qui permettent au-delà des simples rapports de travail de se forger une identité commune, une conscience d’appartenance à un ensemble plus vaste. C'est d'ailleurs dans cet esprit l'an dernier que nous avons créé une fête de la frontière à Monniaz, 3 communes françaises et 2 communes suisses, pour permettre à nos citoyens de partager autre chose que des regards pensifs, d'une voiture à l'autre dans les bouchons. Ces initiatives se multiplient et c'est un bien pour tous.

Alors cet ensemble plus vaste, vous le savez, c’est le grand Genève. Ce territoire qui réunit le canton de Genève, la région Nyon et la France voisine. Je sais que pour certains c’est un gros mot mais je dérogerais trop à la tradition d'arrogance française si je ne me permettais pas ici en ce lieu et en cette occasion de vous en dire quelques mots. Pour beaucoup, c’est le synonyme de concessions insupportables faites à la France voisine, c’est presque un peu du vol. Et pourtant, le Grand Genève ça n’est rien de cela.

Ça n’est pas une opération humanitaire à destination de ce pays en voie de développement qu’est la France… Ça n’est pas une pompe à fric inventée par ces coquins de « frouses »… Ça n’est pas un délire de technocrates en manque de structures kafkaïennes…

C’est d’abord l’expression d’une politique fédérale, qui veut que toutes les grandes agglomérations suisses organisent leur développement avec leur périphérie, comme cela se fait dans le monde entier, qu’il y ait ou non une frontière qui séparent la ville centre de sa périphérie. C'est la première et la plus évidente de toutes les logiques. Celle qui correspond à la réalité de la vie de centaines de milliers de personnes, qui travaillent dans le centre et qui vivent en périphérie, qu’ils soient suisses ou français.

Cela se fait à Bâle, à Zurich, et donc à Genève. La confédération appuie ces politiques en subventionnant les projets structurants de ces agglomérations.

Depuis quelques années, les élus suisses et français coopèrent beaucoup plus, pensent la région dans son ensemble, avec une logique de bassin de vie plutôt qu’une logique étriquée et forcément partielle de limites communales cantonales ou nationales, avec un souci de transversalité qui seul permet d’avancer.

C’est la bonne échelle pour résoudre les problèmes.

Bien sûr cette construction ne se fait pas sans mal. A Genève comme en France, les populismes vont croissants, surfant sur les peurs qu’inspire la mondialisation, avec la logique des boucs émissaires, déployant les fantasmes de repli... Ces mouvements sont regrettables sans doute mais naturels, il faut composer avec et jamais plus qu’aujourd’hui il faut expliquer les choses, il faut dire ce que l’on fait, faire de la pédagogie.

Cela ne se fait pas sans mal non plus car parfois nos États respectifs ne comprennent pas toujours les logiques qui sont à l’œuvre sur le terrain. Aussi est ce sans réserve que je soutiens la demande de Pierre MAUDET concernant la transmission par la France des informations sur les profils des employés français travaillant à l'aéroport de COINTRIN. S’il est un domaine en effet où la coopération ne doit souffrir d’aucune retenue, c’est bien celui de la sécurité.

Oui, cela ne se fait pas sans mal et je veux saluer en cette année la magnifique explication de texte de François Longchamp Président du Conseil d’Etat et Président du grand Genève s’agissant des fameux fonds frontaliers. Il a démontré clairement que ces fonds étaient une chance pour Genève et pour la France voisine, que si ici nous fonctionnions comme dans le canton de Vaud par exemple, Genève ne garderait qu’un peu moins de la moitié de ce qu’elle touche aujourd’hui au titre de l’impôt prélevé sur les frontaliers. Quant à la France voisine, elle ne toucherait rien, c’est Bercy qui encaisserait les sommes dont personne ne verrait les fruits, en termes d’investissement, localement. Votre Président a donc défendu avec ardeur ce système véritablement gagnant-gagnant et qui est lui aussi une chance pour notre région.

La France voisine développe actuellement des infrastructures de transport adaptées, elle paie largement sa part et la finance d’ailleurs seule, et cela n’est pas simple, depuis les votations sur les P+R de 2014. Le Léman Express en sera la colonne vertébrale sur la partie française, qui irriguera en étoile depuis Annemasse toute la Haute-Savoie, et autour, viendront se greffer des lignes de bus rapides, des lignes de tram, des parkings relais qui permettront vraiment d’améliorer la mobilité dans la région. Je crois que l’efficacité de ces équipements qui seront opérationnels en 2019 vaudra mieux que tous les discours.

Et on constatera en effet que moins de  trafic dans nos villages, dans nos villes, françaises ou suisses, ce sera une avancée notable pour cette région et la qualité de son air qui a mis du temps à s’organiser mais qui va y arriver, qui mérite en tout cas le meilleur.

Le temps viendra ou le bien-fondé de tout cela éclatera d’évidence, au-delà des invectives du moment, au-delà des inquiétudes et des doutes. 

C’est dans le cadre des instances du Grand Genève, d’ailleurs, que j’ai eu le plaisir de rencontrer votre maire, Antoine Barde. Il était alors Président du Grand Conseil et avec son homologue vaudoise Roxane Meyer Keller nous nous sommes réunis pour organiser prochainement ce que l’on appelle les assises transfrontalières des élus. Une sorte d’assemblée dédiée aux échanges, dédiée au dialogue et à la coopération franco-suisse. Une complicité est immédiatement née entre nous.

Peut-être déjà parce que nous avions approximativement le même âge, certes la jeunesse n'est pas en soi une vertu, mais il faut dire qu'elle n'est pas, loin s'en faut, surreprésentée dans nos classes politiques réciproques, alors forcément, cela crée quelque chose… Et puis sûrement aussi parce que nous étions fatigués de ces séances quelques fois trop techniques, trop sérieuses qui nous font passer à côté de l’essentiel : la convivialité, les vraies occasions d’échanger, de se découvrir, de comprendre les problèmes des uns et des autres, de comprendre les façons que nous avons de les appréhender et qui permettent souvent, à condition d’y consacrer le temps nécessaire de faire plus avancer les choses, parce qu’on se sera parler vraiment.

Bref, l'histoire de notre région est belle, elle nous est commune, et nous avons besoin les uns des autres pour faire en sorte qu'elle le soit toujours. C'est la somme cumulée des avantages offerts par la partie suisse et par la partie française de cette région qui en fait sa force. Et le Grand Genève dans le fond, c’est veiller à en organiser le développement de façon plus harmonieuse.

C'est le sens profond de ce que je veux vous dire ce soir : il n'y a pas d'avenir sans cela.

Mais j'ai beaucoup parlé de la région, et trop peu de ce qui nous réunit ce soir, c'est à dire votre pays, votre nation, dont nous fêtons les 725 ans ce soir du pacte qui l’a fondé.

La Suisse est un pays que j’admire à plus d’un titre, d’abord pour sa beauté.

Bien entendu je pense au bassin lémanique, mas aussi je pense au Valais, ce paradis encore sauvage et préservé habité par des gens entiers dont le caractère est plein de roches et de soleil, je pense aux merveilles du TESSIN, ces lacs somptueux dans lesquels s’effondrent d’abruptes et verdoyantes montagnes, je pense à Zurich, Bâle, ces villes à taille humaine et agréables, j’ai traversé les Grisons, la suisse allemande, et j’ai été émerveillé par la pureté de ces paysages, par la diversité des cultures, des langues, et j’ai apprécié le lien qui réunissait tous ces êtres si différents qui se sont fédérés, au-delà de leurs particularités, derrière un même drapeau.

C’est un petit miracle, ce pays, qui a su faire se souder des peuples si divers.

 

J’admire le peuple suisse. J’admire sa capacité à prendre des décisions courageuses, à voter des objets délicats, à affirmer sa volonté, quels que soient les enjeux. Sa capacité à aller à contre-courant parfois de l’air du temps…

J’admire cette force qui vous a permis sans doute de mieux protéger vos spécificités qu’ailleurs. Cet amour de votre terroir, de vos produits fermiers, de vos vins, de vos industries, de ce goût pour la qualité et l’excellence.

Et puis il y a une forme de simplicité dans l’échange, de joie simple et essentielle qui accompagne sans le contredire un appétit farouche pour le travail, pour l’effort.

J’aime vos auberges communales, vos bistrots de village, vos campagnes préservées où il me semble que quelque chose à mieux survécu qu’ailleurs.

Cet amour de ce que vous êtes, défendez-le. Car seul un peuple qui s’aime, qui croit en lui peut avoir de l’avenir.

Quand je vois la ferveur ici que génère votre fête nationale, quand je vois tous ces drapeaux fleurir, toute cette joie, toute naturelle, spontanée et authentique, je suis admiratif. Manifester de l’amour pour son pays, exprimer sa fierté d’appartenir à une nation. C’est beau et émouvant et je souhaite à tous les peuples de la terre de pouvoir éprouver ce noble sentiment.

En face de cela, je vous avoue que le français que je suis vous regarde avec envie, tant la France traverse, en ces heures, un moment fort difficile de son histoire. Et je veux profiter de cette occasion pour vous dire combien nous avons été touchés, lorsque votre jet d’eau s’est paré des couleurs de la France. Merci pour ce geste.

Ce soir est un  temps particulier où vous vous retournez sur la patrie, c’est un temps de communion où la nation toute entière interroge ses valeurs, et, forte de son passé, se projette dans l’avenir.

Je veux donc vous souhaiter une très belle fête nationale et surtout souhaiter une longue vie à votre « Grand » petit pays.

Vive la Suisse,

 Vive la France,

et Vive notre belle région.

Merci à tous

 

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09/05/2016

discours 71 ème anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale

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Mesdames et messieurs les responsables et membres des associations d'anciens combattants et leurs porte-drapeaux,

 

Mesdames et Messieurs les membres du conseil municipal,


Mesdames et Messieurs,

 

Chers amis,

 

Merci à vous d'être là, en cette matinée de mai, pour célébrer le 71ème anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale.

 

71 ans désormais qui nous séparent et nous éloignent d'une période où le monde s'est perdu, où l'humanité toute entière s'est noyée dans les limbes des extrêmes, où ce qu'il y a de plus précieux en nous a été assommé, réduit à néant par quelques idéologies de la mort qui se sont répandues tel un cancer parmi les âmes et les cœurs et les ont rongé.

 

71 années de paix en Europe, une goutte infime de sérénité dans cet océan de guerres et de conflits, de meurtrissures incessantes qu'est l'histoire de notre continent à travers les siècles.

 

71 ans que les canons se sont tus, ici, à la grâce de cette volonté de mettre un terme à la violence infinie qui secoua les cieux de 1939 à 1945 et provoqua 55 millions de morts de par le monde.

 

Grâce à l'Europe, cette nouvelle Europe dévêtue de haine qui s'est construite sur des idéaux généreux. Europe célébrée demain, le 10 mai et qui quoi qu'on puisse en penser, aura offert à ses enfants le plus beau des cadeaux, celui de la paix, celui de l'avenir sans batailles, sans meurtres de masse, sans fléaux guerriers, sans la peur de perdre ses enfants, sans la peur de perdre ses parents au combat. N'oublions jamais que nos aïeux, qui ont traversé tant d'épreuves, qui ont vu tout s'effondrer, ont construit la paix dont nous jouissons aujourd'hui.

 

Comment donc une telle flambée d'horreurs à t-elle pu être possible ?  Comment a t-on pu perdre toute humanité au point de trier les hommes et les femmes tel du bétail, comment à t-on pu assassiner, torturer, exterminer en masse des peuples qui avaient le seul tord d'être soi-disant différents ?

 

 

Comment les régimes totalitaires les plus odieux ont-ils pu s'emparer de démocraties si anciennes, comment les peuples les plus braves, les plus intelligents, les plus mesurés, ont-ils pu céder si facilement aux sirènes populistes, aux rengaines ancestrales et simplistes des boucs émissaires, aux haines faciles ?

 

Parce que ceux qui ne savaient pas étaient au comble du désespoir, dans une Europe en proie à une crise économique sans précédent, et parce que ceux qui savaient étaient au comble du renoncement.

 

Renoncement par lequel on a laissé des dictatures infâmes s'installer en Espagne, en Italie, en Allemagne, au Japon, par lequel on a fermé les yeux en priant le ciel que cela n'aille pas plus loin... 

 

Renoncement par lequel nos élites ont regardé la bête nazie grandir chaque jour un peu plus en baissant les yeux, et renoncement par lequel, épris de pacifisme, ils ont préféré cédé lâchement au pire des despotes à venir pour éviter une guerre pourtant inévitable.

 

Les fameux accords de Munich de 1938 en sont le plus puissant symbole. Là où hausser le ton aurait peut-être permis d'éviter le pire, les grandes démocraties s'agenouillèrent pitoyablement devant l’inacceptable, validant l'invasion d'une partie de la Tchécoslovaquie par les nazis, dont le programme mortifère était pourtant tristement connu, contre une vague promesse de non-agression future.

 

Lorsque Daladier, président du conseil, tout honteux de revenir à Paris après de telle lâchetés se voit accueillir en héros sur le tarmac de l'aéroport, il lâcha cette formule célèbre, témoignant de sa surprise : «  Ha les cons, si ils savaient! ».

 

Traumatisé par la guerre de 14-18, personne en effet, ne voulait de guerre. Mais à trop vouloir l'éviter, alors qu'il était encore temps de tuer le monstre dans l’œuf, ce que leur lâcheté a provoqué fût plus épouvantable encore.

 

Ce suprême manque de courage et de lucidité fut résumé parfaitement par Winston Churchill, qui n'était alors pas encore aux affaires : «  vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre. »

 

Des paroles qui résonnent hélas cruellement justes.

 

Renoncement, aveuglement, erreurs de nos états-majors qui ont conduit à laisser faire, à penser que non, ça n'arriverait jamais, à se retrancher derrière cette ligne Maginot, célèbre forteresse imprenable qui ne servit à rien, les nazis passant par là où on pensait qu'ils ne pourraient pas passer, effondrement de notre armée, déroute, exode...

 

Renoncement d'une majorité de la classe politique, qui préféra survivre en se reniant à Vichy, autour d'un vieux héros qui se fit jeune traître pour l'occasion...

 

Les dictateurs, les extrémistes, les radicaux de tout poil n'occupent jamais que la place qu'on leur laisse.  Si l'on se compromet pour ne pas mourir, on mourra de plus belle.

 

La ligne Maginot est un superbe symbole. Combien de ligne Maginot avons-nous en tête encore aujourd'hui ? Combien d'horreurs dont nous pensons être préservés ne se répandront pas sur nous, si nous ne sommes pas plus vigilants ? Si nous pensons que non, ça ne peut pas arriver, confortablement assis dans nos certitudes, certitudes qui sont notre pire ennemi ?

 

Pensions nous que les attentats de Paris pourraient véritablement arriver ? Pensions nous que les votes extrêmes, dans notre pays, atteindrait de tels sommets ?

 

Nous devons toujours avoir en tête ce que le renoncement, quel que soit son niveau, sa gravité, son degré de conséquences induit pour notre avenir. Rien de bon en tout cas.

 

Car pendant la seconde guerre mondiale, c'est heureusement le courage, l'abnégation de quelques-uns, la folie de quelques-uns pourrait-on dire, folie éprise d'idéaux et de liberté, qui permit de redonner espoir à des nations entières, de redonner l'envie de se battre, de ne pas se résigner, avant que les alliés et leurs armées vinrent nous soutenir.

 

C'est la folie merveilleuse d'un De Gaulle, exilé solitaire à Londres et qui inlassablement exhorta le monde à se réveiller. C'est la folie merveilleuse de ces braves, de ces résistants, qui dans nos villes, nos campagnes, prirent tous les risques pour saboter, déjouer les plans nazis, avec un malheureux fusil et une immensité de bravoure.

 

Bravoure de ceux qui cachaient des enfants juifs, qui ravitaillaient les maquis, qui libérèrent nos communes du joug allemand, qui redonnèrent un peu d'honneur à ce pays, après ces cascades de renoncement.

 

Bravoure de ceux qui du monde entier sont venus libéré la vieille Europe, sont venus mourir sur les plages du débarquement en Normandie ou en Provence, ont tenu bon à Stalingrad, ont déferlé sur une Allemagne aux abois pour la victoire finale.

 

Au-delà de ce centaines de milliers de soldats, qui se sont héroïquement battus sur tous les fronts, c'est d'abord à ces quelques hommes et à ces quelques femmes qui au cœur des ténèbres se sont levés pour dire non, ont allumé une lumière dans la nuit, que nous devons profondément notre liberté.

 

Ceux qui n'avaient pas renoncé. Et c'est ceux-là, plus que jamais, qu'il faut aujourd'hui célébrer et remercier.

 

 

Merci à tous

03/02/2016

Discours des voeux, 29 janvier 2016

 

Mesdames et messieurs les élus,


Mesdames et messieurs les anciens élus,


Mesdames et messieurs les représentants de la gendarmerie et de la police intercommunale des Voirons, dont je veux saluer tout particulièrement le dévouement en ces temps où ils sont en première ligne, très exposés,


Mesdames et messieurs les artisans, commerçants, agriculteurs, enseignants, responsables d’associations et bénévoles de la commune, vous qui la faites vivre cette commune, tout au long de l’année,


Mesdames et messieurs les correspondants de presse,


Bien chers tous, chers amis,


1 Qu’est-ce que la commune, qu’est-ce que Saint Cergues ?


Saint-Cergues, évidemment, est le plus bel endroit du monde, on vient encore de le voir. C’est reconnu, tout le monde le sait. Un endroit habité depuis plus de 5000 ans, puisque nous disposons d’un dolmen préhistorique magnifique en entrée de commune, bâtiment qui d’ailleurs n’a fait l’objet d’aucun permis de construire… Zouzou, il faudra t’en occuper… Mais bon passons…

En dehors de cela, et c’est fondamental, Saint-Cergues c’est 3441 âmes selon le dernier recensement, c’est un bourg, au sens de l’urbanisme local, c’est une petite ville, au sens de la statistique française, et SURTOUT, c’est, et cela reste un village, au plus profond de notre cœur. Oui l’enjeu, c’est de conserver cet esprit de village. Cet esprit, on peut le mesurer dans toutes les activités et tous les événements proposés par les associations et la municipalité tout au long de l’année, de la Maude à la fête de la frontière, de l’inauguration de la 2x2 voies en anciennes aux apéro-lecture de la bibliothèque, en passant par le marché gourmand, la journée citoyenne de l’environnement ou encore le Novembre Musical des Voirons, les concerts de l’harmonie et de la chorale et bien d’autres. Autant d’occasions de se retrouver, d’échanger, de partager, de bien-vivre ensemble. Saint-Cergues en effet, c’est 23 associations, c’est formidable, c’est de la vie, une vie indispensable au village et que tous les bénévoles en soient chaleureusement remerciés.

Saint-Cergues c’est 400 bambins qui vont à l’école tous les jours, c’est 300 aînés de + de 70 ans que nous venons de fêter par le traditionnel repas qui s’est tenu il y a deux semaines, Saint-Cergues c’est 700 emplois, et une petite centaine à venir avec la nouvelle zone des Vouards qui comprendra un hôtel, un mac donald’s, et des artisans. Saint-Cergues, c’est une ancienne station climatique, où des milliers de touristes au début du siècle dernier venaient insuffler de la vie dans les nombreux hôtels et pensions de famille et bistrots que comptait la commune. Une tradition d’accueil et de fête encore vivante… Saint-Cergues, ce fût un lieu stratégique par sa situation frontalière qui permit de cacher des enfants juifs à la colonie italienne, dont l’un deux, HERBERT HOROWITZ nous a inviter l’an dernier en ISRAEL, avec Evelyne et Jean-Paul FEVRIER, où nous avons été merveilleusement reçus, pour nous montrer ce que fut sa vie grâce à l’abnégation de quelques-uns ici, ce que fût sa magnifique descendance, aussi, puisque de lui sont nés quatre enfants, et 10 petits enfants. Là-bas avec lui nous avons pu éprouver le sens profond de ce magnifique proverbe qui dit que « celui qui sauve une vie sauve toute l’humanité ».


Saint-Cergues ce fût d’âpres combats pendant la libération, que nous commémorons avec émotion chaque année aux Bois Davaud, où avec Machilly, par le courage des braves FTP descendus de Boëge, nous fûmes les deux premières communes du département à se libérer du joug nazi. Saint-Cergues, c’est une commune vaste, de 1200 hectares, de forêt, de coteaux, de prés et de plaines qui s’étale des bois de Jussy jusqu’aux sommets des Voirons, c’est une kyrielle de cours d’eau capricieux, « les enfants terribles des Voirons », que bien des aménagements ont permis de juguler, sans toutefois les maîtriser totalement puisqu’en mai dernier, dame nature étant toujours plus forte, plusieurs ont débordé. Et ces enfants terribles s’en vont gonfler le Foron, notre rivière, qui se dandine dans son vallon, autrefois lieu de tous les dépotoirs, lieu des « ruclons », un vallon cache misère ou pendant des années a sévit notamment une casse automobile, entièrement réhabilitée et revalorisée l’an dernier par la création d’un lieu de promenade, faisant suite à la création de sentiers et d’opérations de renaturation exemplaires menées par nos amis du Syndicat du Foron, réalisées il y a peu aussi. Ce vallon du foron est redevenu l’écrin qu’il aurait dû toujours être, et il faut s’en féliciter.
Saint-Cergues est un poumon vert, en effet, et entend bien le rester tout en se développant, en prenant sa part des besoins de la région, mais de façon responsable et mesurée.


L’enjeu encore une fois c’est de préserver notre cadre de vie, de garantir cette qualité du vivre ensemble, tout en répondant comme c’est juste de le faire à la demande en logement qui est forte ici, comme vous le savez. Le tout en permettant aux salariés en euros de rester dans nos territoires, en leur proposant des logements à loyers ou prix modérés. C’est de cette volonté que découle notre PLU, qui devrait entrer en vigueur à l’été. C’est difficile un PLU. C’est compliqué car il n’y a pas un domaine où s’achoppent plus les intérêts privés et l’intérêt général. Notre ancien PLU toujours en vigueur était trop permissif, favorisait encore trop le mitage, l’étalement urbain, la croissance exponentielle de la démographie. Nous avons décidé de dire stop à ce gaspillage de terres, à ce gaspillage financier puisque le mitage, en termes de réseaux, coûte une fortune. Nous densifierons la centralité avant d’ouvrir de nouvelles zones à bâtir. C’est une question de temporalité. De logique. Nous sommes soutenus et surveillés avec bienveillance par l’Etat, par le département, par l’agglomération dans ces efforts qui doivent nous permettre de passer du subi au maîtrisé, pour ne pas que la population explose, pour ne pas que nos services publics, nos écoles, soient dépassés. De la croissance, toujours, du développement, toujours, mais à un rythme qui soit modéré.

Il y aura forcément des déçus, des gens qui espéraient faire une affaire ou permettre à leurs enfants de construire, je leur dis qu’aujourd’hui, c’est la vision « aménagement du territoire » qui prime avec en toile de fond une recherche d’optimisation des ressources, qui comme chacun sait ne sont pas inépuisables.

Saint Cergues en tant que mairie, c’est désormais 45 fiches de paie, à peu près 32 équivalent temps plein, et 23 élus. Une petite PME qui grandit, et qui se démène au quotidien pour cette commune. C’est plus d’une dizaine de millions d’euros d’investissement réalisés ces dernières années pour l’amélioration du quotidien, dont vous avez chaque année le détail dans notre bulletin, et c’est un projet majeur, qui sera livré au début de l’été, qui constituera l’investissement phare de ce mandat : la bâtiment multifonctionnel, dont le chantier se trouve à côté, un projet de 1500 m carré de surface, comprenant des locaux dédiés au périscolaire, un nouveau restaurant scolaire, une salle des fêtes digne de ce nom, une bibliothèque qui sera un lieu fantastique de culture et de convivialité, ainsi qu’une chaufferie bois, qui alimentera tous les bâtiments publics du centre. Un projet qui n’est pas ostentatoire, bien intégré, hautement nécessaire pour répondre aux besoins de notre démographie, hautement nécessaire aussi pour générer de la vie et des activités au cœur de la commune. L’exemplarité du projet nous a permis de récolter un excellent niveau de subvention, et j’aurai l’occasion de remercier tous ceux qui nous ont aidés lorsque nous aurons le plaisir de tout inaugurer à l’automne prochain.


Qu’il me soit permis de remercier ici l’ensemble des agents et des élus de Saint-Cergues, qui portent ces projets pour vous, qui se démènent pour leur donner corps. Un maire n’est rien tout seul, et j’ai la chance de pouvoir compter sur une équipe soudée, qui aime le travail, qui ne compte pas ses heures et de surcroit sait le faire dans la bonne humeur. C’est la passion qui nous anime. Merci à eux…


Et je voudrai souligner aussi cette récente décision des élus de baisser de 10% nos indemnités, considérant la baisse des dotations de l’Etat, dont l’impact est très important, considérant la volumétrie des efforts financiers à fournir pour concrétiser nos projets et les efforts à engager en termes d’économie pour garantir la maîtrise budgétaire. C’est une mesure symbolique, mais qui n’est pas démagogique. Elle vise à exprimer simplement le fait que tout le monde doit faire des efforts, et les élus en la matière se doivent être exemplaires et montrer le chemin. Dans ce climat de défiance à l’égard du politique, des institutions, il est important d’envoyer des signaux. Il est important de dire aussi que ce n’est pas parce qu’un pourcentage infime d’élus ultra médiatisés déshonorent leur fonction qu’il faut jeter l’opprobre sur l’ensemble de ces gens, qui dans leur écrasante majorité ont juste envie de donner de leur énergie et de leur temps à la collectivité.

Saint Cergues se développe donc, grandit, à son rythme, et nous avons toujours cherché l’excellence, nous avons toujours essayer de montrer qu’à l’échelle d’une commune même modeste, il était possible de faire de belles et grandes choses. C’est en ce sens que nous avions été primé pour notre politique environnementale il y a quelques années, en ce sens que nous avons été primé pour la qualité de notre communication il y a deux ans, et en ce sens que nous avons été récompensé pour notre action en matière de prévention routière avec nos désormais fameux panneaux tout récemment…


Au-delà de la valorisation de nos richesses naturelles et agricoles, au-delà du développement d’un habitat de qualité, l’essentiel c’est de veiller à conserver cette richesse première que nous souhaitons cultiver : notre convivialité, et cette convivialité, elle repose sur nous tous, sur la force de nos liens, sur la force de nos échanges et de la vie qui palpite ici. Elle repose sur la qualité des relations que nous entretenons entre nous, avec nos voisins et amis, avec nos partenaires institutionnels et privés.
Il y a tant de sujets que je pourrai aborder ici, tant de choses que j’aimerais vous dire, mais j’ai fait une promesse, celle d’être concis, alors j’accélère… Vous pourrez retrouver dans le bulletin communal tous nos projets, travaux en cours et à venir…


Voilà, en très grand condensé, ce qu’est Saint-Cergues à nos yeux, et ce pourquoi nous nous battons quotidiennement. Nous sommes les dépositaires d’un héritage et nous devons préparer l’avenir, exactement comme une famille, avec enthousiasme et fierté.


Une dernière chose quand même : j’aimerais vous présenter des excuses.
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur », disait justement Beaumarchais, aussi je tiens à m’auto blâmer, en vous présentant mes excuses pour ce crime envers le paysage qu’est devenu le parterre floral devant la mairie et les écoles. Tout sera repris et dûment corrigé au printemps. Nous avons joué de malchance, entre un prestataire qui a raté sa prestation et un nouvel agent aux espaces verts qui a raté, lui, sa vocation. Le prestataire n’a donc pas été remercié, ce nouvel agent en revanche l’a été. Une nouvelle recrue dans les services, compétente, a pris le relais activement et saura redonner un bel aspect à cette zone pour l’heure sinistrée. Mes excuses donc pour ce gâchis qui ne sera plus, dans quelques temps, qu’un mauvais souvenir.


Deux dernières choses quand même aussi :


Concernant la problématique des médecins, même si nous en avons un désormais installé depuis plusieurs mois, nous avons pu voir cette année que de nombreuses communes du secteur rencontrent également d’importantes difficultés. D’une certaine manière, nous avons inauguré le bal, si j’ose dire, et il faut et il est impératif que les grands élus de ce pays résolvent rapidement la chose, en redonnant envie aux étudiants en médecine de pratiquer la médecine générale.


Et je voulais très brièvement évoquer un fait divers, qui s’est produit sur la commune et qui a suscité beaucoup d’émotions cette semaine, je veux parler de ces cas d’intoxications par appâts empoisonnés de plusieurs chiens de promeneurs, dans le secteur du Fieu, dans les hauteurs. Quelqu’un de très mal intentionné a en effet disposé des boulettes de viande ou de gras et y a dissimulé un poison très violent, qui a coûté la vie à un chien et en a sévèrement rendu malades deux autres, qui ont pu être sauvé grâce à notre vétérinaire, Delphine Hochmann. Des plaintes ont été déposées, une enquête est en cours, mais je vous recommande la plus grande vigilance dans ce secteur, et surtout vous recommande d’impérativement tenir vos chiens en laisse courte. De tout cœur nous espérons que cet individu irresponsable sera confondu.

2 Qu’est-ce que notre agglomération, qu’est-ce qu’Annemasse Agglo ?


Annemasse Agglomération c’est presque 90 000 habitants, c’est douze communes réunies autour de nombreuses compétences, c’est des projets dont l’ampleur dépasse largement la taille démographique du territoire, tellement nous nous inscrivons dans la dynamique genevoise, celle d’un bassin de vie de bientôt un million d’habitants. Ces projets ce sont d’abord le CEVA, le Léman Express, dont les travaux ont débuté cette année à Ambilly et qui seront terminés pour 2019, année à partir de laquelle il vous sera possible de le prendre en gare de Machilly, à moins d’un kilomètre d’ici, lieu que vous pourrez rejoindre en toute sécurité grâce à l’aménagement de l’entrée nord du village, ou la mobilité douce sera encouragée par des trottoirs et aménagements sécurisés pour aller à pied ou à vélo jusqu’à cette future gare.


L’agglo porte des projets extrêmement importants en termes de mobilité, destinés à désengorger cette région qui étouffe, dont la qualité de l’air souffre toujours plus. Le projet de prolongation du tram 12 vient d’être relancé, le Bus à Haut niveau de Service a été inauguré l’an dernier, les parkings relais vont être réalisés, et enfin la gare d’Annemasse va être complétement réhabilitée. Ces projets colossaux, extrêmement onéreux étaient en souffrance depuis la votation de mai 2014 sur les Parkings relais, où s’est vu rejeté d’une courte majorité par la population genevoise le principe d’un cofinancement par Genève des infrastructures d’intérêt transfrontalier côté français. Dont acte. Depuis, en effet, les financements manquaient, et c’est à la grâce d’une décision exemplaire du conseil départemental, résolu à soutenir ces projets indispensables, que d’importantes sommes découlant des fameux fonds frontaliers sont venus abonder et boucler nos plans de financement. Merci donc au conseil départemental de nous soutenir à la hauteur des enjeux.

Avec ces nouvelles avancées, nos projets sont redevenus possibles, et avec eux, notre territoire va pouvoir tenir ses promesses. Celle d’un territoire qui se structure, qui se développe, dont la qualité de vie va augmenter.

Annemasse Agglo c’est aussi les bus qui nous relient désormais à la Zone industrielle de VLG et à la future gare CEVA de Machilly, c’est l’antenne de l’EBAG située dans notre école, c’est tout un ensemble de service qui correspondent aussi à la proximité que vous attendez, et de grands projets d’aménagement comme la ZAC ETOILE, qui vont changer le visage de notre cœur d’agglo.


Enfin, Annemasse Agglo c’est aussi une belle ambiance de travail. Des élus qui laissent les étiquettes au vestiaire, qui avancent sur la base de projets, qui ne perdent pas de temps en joutes politiciennes. C’est cela qui fait de notre territoire le territoire le plus dynamique de Haute-Savoie. Celui où il se passe le plus de choses, celui où il y a le plus de projets.

Annemasse Agglo c’est le moteur de l’ARC, c’est une collectivité qui a pris de l’avance en se structurant tôt, et qui doit la conserver en étant force de proposition. Car en effet elle s’inscrit dans un ensemble plus grand, l’Arc et le Grand Genève.


3 Qu’est ce que l’ARC et le Grand Genève ?


Pour certains, ce ne sont que les couches altières d’un mille-feuille incompréhensible. Pourtant, je le dis avec conviction, ce sont à ces échelons là que se décide l’avenir de notre région. De ces échelons découlent une multitude de possibles qui impacteront notre vie au quotidien, dans les années à venir. L’Arc c’est la partie française du Grand Genève, qui regroupe aujourd’hui 9 intercommunalités et la commune de Thonon, du pays de Gex au chablais en passant par Bellegarde. C’est 380 000 habitants. C’est l’affirmation que pour peser dans le débat face à Genève, face à Annecy, face à Lyon, il est indispensable que nous parlions d’une même voix, pour défendre nos intérêts. C’est une volonté de coordonner nos politiques pour plus de cohérence entre les différents territoires de cette belle région, c’est une volonté de corriger les déséquilibres, de porter les projets au bon niveau d’intervention, au niveau transfrontalier. Et cet effort de structuration va trouver son aboutissement dans les mois à venir par la transformation de ce syndicat en pôle métropolitain, forme juridique qui permettra une plus grande efficacité. Forme qui montrera notre détermination à aller de l’avant, à porter des compétences qui ne peuvent se penser qu’à cet échelon-là, aujourd’hui, comme la mobilité, l’aménagement du territoire ou l’économie.


Là aussi je veux souligner l’excellente collaboration et le bel état d’esprit qui règne entre les élus de ces intercommunalités.


Le Grand Genève, c’est donc notre vrai bassin de vie. Le territoire de l’Arc, le canton de Genève, et la région Nyon, dans le canton de Vaud. Un million d’habitants. Une agglomération transfrontalière, qui se pense comme se pensent toutes les grandes agglomérations du monde, dans les rapports et les interdépendances qui existent entre une ville centre et sa périphérie. De grands déséquilibres à corriger, là aussi, en matière de mobilité et de logement.


Le Grand Genève a déjà produit de belles choses, a permis de nous faire travailler sur la région dans son ensemble, nous a permis de réaliser nos erreurs en matière d’urbanisme, la nécessité de mettre en place les grandes infrastructures de transport… Nous a permis notamment dans le cadre des contrats corridors d’avoir une même approche quant à la protection de nos zones agricoles et naturelles. Mais tout n’est pas simple…
Un combat qui ne se fait pas sans mal, surtout depuis qu’un parti populiste sévit à Genève et a fait de gros dégâts dans l’opinion publique. N’en déplaise à ces pourfendeurs des logiques de région, celles que nous avons pourtant toujours connues ici, le Grand Genève est une réalité, une réalité vécue par les centaines de milliers de gens qui traversent quotidiennement la frontière.

Une réalité qui fait que Genève est une chance pour la France voisine, en lui permettant de profiter de son dynamisme économique, et qui fait que la France voisine est une chance pour Genève, qui lui fait profiter de sa main d’œuvre et de son marché du logement.


Bien entendu, eu égard à ce que je vous disais plus haut, Genève donne l’impression en ce moment de se désengager de ce processus. Ce n’est pas le cas. D’abord parce qu’au-delà de Genève, la Suisse fédérale soutient très fortement ce projet d’agglomération, financièrement aussi. Ce n’est pas le cas car au-delà de ce parti populiste qui mine les débats de l’autre côté, il y a 70 % de la classe politique genevoise qui pense que Genève ne peut pas se développer sans penser sa relation avec nous. Ceux-là je l’espère pourront bientôt reprendre la main sur cette minorité jacassante et outrancière qui prône le repli et joue, à terme, contre les intérêts de leur propre république. Le temps viendra, j’en suis sûr, les populismes ne durent qu’un temps. Mais c’est vrai que nous commençons à trouver le temps long.


D’autant que la dernière lubie de ce parti vise à détruire ce qui fait la force de cette région, c’est-à-dire les fonds frontaliers. Ils sont allés jusqu’au bout de la démagogie, ils sont allés jusqu’au bout de l’absurdité et ne propose rien de moins que de renégocier cet accord, qui date de 1973, et qui est pourtant une absolue bénédiction pour Genève et pour la France voisine. Une bénédiction pour Genève car elle conserve la grande majorité de l’impôt prélevé à la source sur les frontaliers. Une bénédiction pour la France voisine car elle perçoit des fonds très importants qui lui permettent d’investir et de compenser l’implantation massive de frontaliers suisses et français qui ne paient pas l’impôt sur le revenu en France. Pour Genève c’est également la garantie que ces fonds soient investis au plus près de leurs intérêts. Car si le système devait changer, et fonctionner par exemple comme dans le canton de Vaud, c’est Bercy qui raflerait la mise. Et dieu sait si nos territoires n’en verraient plus guère la couleur… Genève dans l’affaire perdrait 287 millions de francs par an. Et la France voisine ne pourrait tout simplement plus fonctionner, sauf à réduire drastiquement les services à la population ou à augmenter de façon délirante les impôts. Le système des fonds frontaliers est un système intelligent, gagnant-gagnant, et c’est le Président du conseil d’Etat genevois, François Longchamp, qui le dit, qui le défend, et il faut le saluer.


Au-delà de ces polémiques, le plus important c’est de conserver ces liens avec nos amis suisses et genevois. C’est de le renforcer pour faire tomber les clichés. C’est d’encourager le fait, et Frontière en Fête l’a magnifiquement prouvé, que la frontière n’est pas un lieu de division et de séparation, qu’elle peut être au contraire un lieu de rassemblement et de profonde amitié. Et c’est avec joie cette année que j’ai répondu à l’invitation de Bernard GIRARDET, maire de COLOGNY, à prononcer un discours pour la fête nationale du 1er aout. Je salue son courage, presque une folie d’avoir invité un maire français en ces temps complexes, à partager ce grand moment d’unité nationale, comme Joseph Meyer me l’avait proposé à Jussy en 2013. Je suis persuadé que ce genre d’initiatives font plus pour le rapprochement entre nos deux peuples que toutes les plus techniques réunions.


Notre région est magnifique, elle va bien, beaucoup mieux qu’ailleurs en tout cas, et cela il faut se battre pour le préserver. Rome ne s’est pas faite en un jour, le Grand Genève visiblement suivra cette logique. Quand le CEVA, le tram, quand des transports efficaces bénéficieront à la région, cela vaudra sans doute mieux que tous les discours. Le bienfondé de la coopération transfrontalière paraîtra une évidence.
J’en arrive donc à ma dernière partie…


4 c’est quoi ce bazar ?


Par bazar, j’entends tout ce qui génère de l’inquiétude, de l’incertitude, de l’angoisse dans nos têtes et dans nos cœurs, de la colère dans la rue et dans les urnes.


A bien des égards, cette année que nous venons de vivre aura été une des plus terribles que notre histoire récente ait connu. L’absolue horreur des attentats, en premier lieu. La morosité de notre économie. Les dérèglements climatiques… Autant de sujets qui potentiellement peuvent nous faire perdre la foi.
C’est pourtant dans ces moments incroyablement difficiles qu’il vaut se retrousser les manches et comme jamais tenir les lignes. GOETHE l’a écrit « c’est dans ses heures les plus sombres que l’humanité à produit ses plus belles œuvres. »


Ce bazar général, il est le fruit, il est la somme de tout ce que nous ne supportons plus et dont pourtant nous portons aussi, chacun d’entre nous une part de responsabilité. C’est la somme de tout ce à quoi nous avons tourné le dos. C’est la somme de tout ce que nous avons concédé un peu lâchement depuis des décennies.


Ce bazar général, C’est ce qui est le contraire opposé de tout ce que je viens de vous dire avant. C’est tout ce qui vise à nous faire régresser, tout ce qui vise à nous terroriser, tout ce qui vise à nous faire nous replier, à nous taire, à nous rendre haineux où et c’est presque pire, indifférents à tout.


C’est notre République qui a trop abandonné de terrain aux communautarismes, aux radicaux de tout poil, pour acheter la paix sociale. C’est en face de cela et symétriquement la banalisation des discours de haine, des discours simplistes qui convoquent toujours les mêmes boucs émissaires, parce que les partis dits traditionnels leur laissent le champ libre. C’est notre diplomatie hasardeuse des dernières années, où les alliés d’un jour glorifié par la signature de quelque contrat s’en retournent nous poignarder dans le dos.

C’est le manque de solidarité, le voyeurisme honteux de la téléréalité au culte du faits divers, l’individualisme forcené, le confort de la médiocrité.


C’est un système malade, qui ne sert plus que ses propres intérêts, qui s’éloigne de l’homme à mesure que l’homme se tait. Un discours insidieux qui enjoint chacun à tirer son épingle du jeu, quelques soient les moyens mis en œuvre, en écrasant l’autre au passage si c’est possible.


Une espèce de sentiment que tout a été dit, tout a été fait, que tout a été tenté, et qu’il n’y aurait plus que le cynisme pour s’en sortir. Comme si le monde ne pouvait pas se réinventer. Comme s’il n’y avait devant nous que des fatalités inéluctables.


Ne rien lâcher, se battre, tels sont les maîtres mots. Ne rien concéder, affronter, être lucide. Même si 2015 fût terrible, il reste dans ce pays des millions de bonne volonté qui aspirent simplement à une vie meilleure, qui aspirent à construire, là ou d’autres ne répandent que la destruction.


Je formulerais donc des vœux modestes pour 2016. Que cette nouvelle année vous soit plus douce que celle que nous laissons. Qu’elle nous fasse reprendre espoir, qu’elle nous fasse rester unis, qu’elle nous redonne un peu de courage et d’enthousiasme pour faire face aux maux de notre pays.


Allons vers l’essentiel, la famille, les amis, tout ce qui nous enrichit, tout ce qui nous enjoue, tout ce qui fait que nous sommes un peuple, et non un collectif d’individus qui se croisent et s’ignorent.


Et puis une dernière citation, si vous me le permettez, qui nous vient d’un ancien de la commune qui hélas n’est plus des nôtres, un certain Gustave Jacquier, GUGUS pour les intimes, qui disait tout le temps ces quelques mots plein de sagesse : « La vie est belle, mais surtout, il faut se la faire belle ! »
Alors entendons les paroles de ce poète saint-cerguois, et la vie, sachons nous la faire belle !


Merci à tous.