Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

13/02/2014

Quand La Suisse ébranle l'Europe

 

wr.png

 

La votation du 09 février 2014, par laquelle les suisses ont, à une courte majorité, approuvé l’initiative de l’UDC (Union des démocrates du Centre) « contre l’immigration de masse » fait l’effet d’un coup de tonnerre à l’échelle de tout le continent européen.  Le débat en Suisse a été extrêmement passionné et s’il a fait réapparaître les divisions historiques bien connues entre la partie alémanique (germanophone) et romande (francophone) du pays, plus encore sont apparues des différences fondamentales de perception entre les centres urbains et la campagne, plus encore entre les élites, les milieux politiques et économiques et le « pays réel » (à l’instar de ces petits villages de France où il n’y a pas un immigré et qui vote massivement pour le Front National).

Si en effet les secteurs frontaliers de la Suisse comme Bâle et Genève ont rejeté assez nettement l’initiative (à l’exception notable du Tessin, bordant l’Italie) là même où seraient censés se poser le plus de « problèmes » liés à une forte présence d’étrangers, les parties rurales du pays où il est plus question de ressentis et qui donc à fortiori ne connaissent que peu ou pas cette « immigration de masse » ont fait basculer le pays tout entier dans une nouvelle ère, au demeurant très incertaine.

Une nouvelle ère parce que la Suisse, déjà, entretenait avec l’Europe des rapports on ne peut plus particuliers, comme le confie le Président de la confédération Didier Burkhalter : « déjà tortueux aujourd'hui, le chemin sera encore plus difficile désormais».

Depuis 1992 et le refus du peuple suisse d’adhérer à l’Espace Economique Européen, c’est la voie des accords bilatéraux qui avait été choisie par Berne pour conserver pleinement sa souveraineté et son indépendance et malgré tout continuer à avoir des relations très fortes avec le continent européen.

Au prix d’intenses négociations, la Suisse avait réussi ce prodige, par cette voie, de faire partie de l’Europe sans en faire partie. Les Suisses ont approuvé le principe de la libre circulation, dogme intangible de la philosophie européenne et ont validé à plusieurs reprises les extensions de celle-ci aux peuples ayant successivement rejoint l’ensemble européen. Or c’est ce principe, justement, qui se trouve remis en cause.

Depuis lors, il est vrai que la Suisse a accueilli plus de 80 000 étrangers par an sur son territoire, ce qui en fait le pays d’Europe le plus « ouvert », puisque les étrangers représentent 23.3 % de la population totale du pays (un peu plus de 8 Millions d’habitants). Il est donc totalement erroné et infondé, comme on peut le lire de ci de là, de dire que la Suisse est un pays xénophobe et fermé.

Dans un canton tel que celui de Genève, cette proportion d’étrangers monte d’ailleurs à près de 40%, s’expliquant par le nombre très important des représentations diplomatiques, des organisations internationales et ONG, ainsi que des sièges de firmes multinationales.

A côté de l’immigration classique s’ajoute un autre phénomène, celui des travailleurs frontaliers, dont le nombre atteint le chiffre record d’environ 280 000 dont 90 000 pour la région lémanique, et qui a sans doute peser lourd dans le scrutin. La Suisse a besoin de ces travailleurs frontaliers, puisqu’elle n’a pas assez de main d’œuvre en interne pour faire tourner son économie mais de plus en plus, ceux-ci font l’objet de stigmatisations particulièrement virulentes.

En effet, dans une Europe en crise, la Suisse fait figure d’eldorado, avec un taux de chômage de 3.5 % et une croissance de 1.7 %. Les salaires y sont comparativement très élevés, de 2.5 à 3 fois le salaire médian français. Son attractivité est donc considérable, et les milieux économiques suisses voient dans ces excellents chiffres la preuve indéniable que l’ouverture à l’Europe et les bilatérales ont amené une prospérité très importante.

Dès lors semble naître un paradoxe, celui d’un pays qui donne l’impression de se fermer alors que son économie est à priori florissante parce qu’elle est ouverte, et que ce pays ne semble pas connaître non plus de problèmes majeurs d’intégration de ses populations étrangères.

Il semble en effet que le vote de dimanche dernier relève plus du ressenti et de la question identitaire.

Certes il n’est pas illégitime qu’une nation s’interroge sur le nombre d’étrangers qu’elle est en capacité d’intégrer si le but poursuivi est effectivement le souci du bien vivre ensemble. Il y a là quelque chose qui relèverait du simple bon sens. Cela dit et évidemment le débat est hautement glissant.  

En ce sens l’initiative si on la lit à la lettre ne vise pas à bouter tous les étrangers hors de Suisse, tout eu plus vise-t-elle à instaurer des quotas, afin de contrôler les flux migratoires. Autrement dit, même du point de vue des auteurs de l’initiative, il s’agit de choisir l’immigration, de la faire correspondre aux besoins de son économie, comme le font les Etats-Unis et le Canada par exemple. Encore une fois, le texte voté est très bref et ce sont ces modalités d’application qui seront déterminantes. Le gouvernement fédéral a d’ailleurs trois ans pour les définir.

Il faudrait néanmoins être de mauvaise foi pour ne pas voir également, dans l’expression de ce vote, quelques relents beaucoup moins avouables, qui ne sont toutefois et de loin pas l’apanage du peuple suisse.

Tout d’abord, il existe de réelles difficultés de cohabitation entre les travailleurs frontaliers et une partie des suisses. A Genève (qui est le cas que je connais le mieux puisqu’étant maire de la commune de Saint-Cergues, en Haute-Savoie, sise sur la frontière), un parti populiste s’est même crée sur ce rejet des frontaliers, considérés comme des pilleurs d’emplois. Ce parti, le « Mouvement des citoyens genevois » dénoncent fréquemment et sans pincettes ces travailleurs qui feraient baisser les salaires genevois (dumping salarial) et qui occuperaient les meilleurs emplois. De nombreuses campagnes particulièrement stigmatisantes ont pointé du doigt « l’arrogance » et la « fainéantise » de ces « privilégiés » (définition même du français pour certains), en demandant aux autorités cantonales de faire drastiquement baisser leur nombre, oubliant que parmi ceux-ci, il y a de nombreux citoyens suisses roulant à Genève avec des plaques françaises puisqu’établis en France et oubliant surtout que tous contribuent largement à la réussite de Genève. Pour information, ma commune de 3300 habitants compte près de 500 résidents helvétiques qui travaillent à Genève et dans le canton de Vaud ! Genève connaît en effet une crise immobilière sans précédents et de nombreux citoyens genevois se retrouvent de fait expulsés de leur canton, face à la rareté et à la cherté des logements, créant en France voisine un renchérissement très important des loyers et des prix de l’immobilier, facteurs de tension parfois aussi dans nos populations du côté français.

A n’en pas douter, il y a dans l’expression de ce vote un rejet très net des frontaliers. Cela se remarque particulièrement au Tessin, canton italophone qui emploie beaucoup d’italiens. Et qui a approuvé à plus de 60% l’initiative.  

Ensuite, ces dernières années, la Suisse a subi de nombreux assauts venant de toutes parts contre son secret bancaire, contre sa fiscalité très avantageuse. Ces vexations, qu’on les trouve légitimes ou non ont trouvé un exutoire dans le vote de dimanche dernier, comme une sorte de revanche identitaire sur cette communauté internationale qui aimerait leur donner des leçons.

A côté de ces enjeux nationaux, il existe des enjeux locaux, dont il n’est pas possible de savoir s’ils seront impactés par le vote des suisses.

En effet notre région lémanique franco-suisse construit ce que l’on appelle le « Grand Genève » sorte de pôle métropolitain transfrontalier. De toutes parts, élus suisses comme français mettaient leur bonne volonté en commun pour structurer cette région et travailler ensemble à la correction des déséquilibres importants qui nous affligent, en matière de mobilité, de logement notamment. Cela ne se fait pas sans mal et il y a de fortes résistances, de part et d’autres contre ce nouveau territoire qui se dessine. Néanmoins Il y avait une belle dynamique qui visait à faire quelque peu « fi  de la frontière », et voilà que le peuple suisse semble la remettre en place, cette frontière !

A Genève il est vrai cette initiative n’a pas emporté le soutien de la population, qui l’a rejeté à plus de 60 %, malgré les vives polémiques provoquées par le Mouvement des Citoyens Genevois entres autres. Néanmoins, cette initiative ouvre une ère nouvelle, génératrice d’inquiétudes.

Premièrement on ne sait pas si les travailleurs frontaliers feront partie des fameux quotas qu’établira le gouvernement suisse. C’est un vrai souci pour ma commune qui compte près de 900 travailleurs frontaliers.

Deuxièmement, on ne sait pas non plus s’il sera fait une interprétation restrictive ou extensive de cette initiative. Aucun chiffre n’est pour l’heure articulé, aucune procédure n’est établie pour dire qui et comment sera décidé l’établissement de ces chiffres annuels. Aussi bien le gouvernement fédéral pourrait édulcorer le texte pour aboutir au final à une situation guère différente de l’existant, ou alors les autorités pourraient respecter l’esprit de ce vote, et alors il faudra souhaiter un immense courage aux diplomates suisses pour aller renégocier tout cela.

Sauf que, par ce vote, et c’est là le nœud du problème, c’est la liberté de circulation qui est remise en cause, et que ce principe étant une sorte de règle absolue pour l’Union Européenne, il est possible que celle-ci réponde de façon très agressive à la Suisse, ce qui je pense n’est pas à souhaiter, sauf si l’on a envie que les suisses et les autres peuples européens, très attentifs à ce qui vient de se passer soient encore plus europhobes. Cela dit les suisses doivent aussi comprendre qu’on ne peut pas avoir que les bons côtés de l’Europe sans consentir quelques efforts en retour. L’Union européenne pourrait en effet légitimement s’agacer de ce partenaire qui réalise une très large part de son « beurre » avec l’Europe et qui refuserait de remplir les obligations qui sont le corollaire des accords de libre échange qui lui ont tant bénéficié. Pour l’heure l’Europe a gelé toutes les négociations en cours et le ton est résolument sévère. En vertu de la « clause guillotine », c’est l’ensemble des bilatérales et de nombreux autres traités qui pourraient tomber et isoler de fait considérablement la Suisse.

Soyons clairs, si ce type d’initiative était soumis aux autres peuples européens, ils voteraient tous quasi certainement et de façon encore plus nette comme les suisses. Alors gardons-nous bien de donner quelconque leçon. La Suisse encore une fois nous donne un bel exemple de démocratie, on l’a applaudi souvenez-vous quand elle a, par vote référendaire, approuvé l’encadrement des hauts salaires, mais un tel niveau de démocratie comporte inévitablement sa part de populisme et de démagogie. Et ce scrutin du 09 février, contre lequel s’étaient engagés le gouvernement fédéral, la plupart des gouvernements cantonaux et la plupart des partis politiques suisses ainsi que les milieux économiques est révélateur de la fracture qui existe entre les tenants d’un certain libéralisme mondialisé qui veut imposer son modèle partout et la réalité du ressenti du peuple, aux antipodes.

Ce vote a une dimension hautement symbolique, traduisant l’irrépressible amour des suisses pour leur souveraineté, traduisant également aussi ce sentiment qu’on peut trouver légitime ou non de perte d’identité de nos sociétés face à l’immigration d’abord, mais aussi face à un modèle économique ensuite qui avant d’être européen est surtout anglo-saxon et transforme assez profondément nos sociétés, en standardisant et en gommant tous les particularismes nationaux et régionaux. 

Car dans le fond, c’est surtout un « grand merde à l’Europe » que viennent de voter les suisses. Une Europe vécue comme une dictature de hauts fonctionnaires, travaillant au nom d’États fantoches qui ne disposent plus d’aucune souveraineté. Un grand bras d’honneur dont les conséquences risquent de les dépasser toutefois.

Ce vote des Suisses interpelle le continent tout entier. Car dans le fond, n’ont-ils pas dit tout haut ce que la plupart des européens pensent tout bas ? Au-delà des relents xénophobes, de la peur de l’autre, du sentiment d’envahissement, de la perte d’identité, se pose la question du destin de cet ensemble-continent, qui ne cesse de s’élargir. Un géant économique, un nain politique, une avalanche de normes, qui touchent aux traditions, aux pratiques nationales ou régionales, une pensée largement unique et insipide, corollaire du libéralisme le plus décomplexé. Concurrence effrénée, libéralisation des marchés…

La paix, certes, depuis 60 ans, c’est magnifique, mais quel ennui !

Les Suisses ont donc jeté un pavé dans la mare et il ne serait pas étonnant que ce premier coup de semonce dégénère en pugilat général sur tout le continent en juin prochain, pour les élections européennes. 

L’Europe sans doute devrait-elle comprendre qu’elle est en face d’un très gros problème : elle ne peut plus se faire sans les peuples.

13/11/2013

Rythmes scolaires : une réforme absurde, dispendieuse... et fatigante !

rythmes-scolaires-1049083-jpg_984830.JPG

Lorsque Vincent PEILLON, ministre de l'éducation nationale à pris la décision de réformer les rythmes scolaires, je crois que tous, unanimement, toute idéologie ou parti confondus ont reconnu la nécessité en effet d'alléger la journée de nos enfants, plus épuisés que la moyenne internationale.

Étonnant modèle français en effet selon lequel nos élèves travaillent moins que les autres sur l'année, (les écoliers français travaillent 144 jours contre 187 jours en moyenne dans les 34 pays de l’OCDE), mais beaucoup plus que les autres quant on établit la comparaison sur la journée, qui est beaucoup plus longue et plus chargée en France que dans la plupart des autres pays du monde. Moins de temps pour digérer un programme dense.


Selon les spécialistes des rythmes de l’enfant, cette organisation du temps scolaire est inadaptée et préjudiciable aux élèves. Elle est de surcroît source de fatigue et de difficultés scolaires.

Jusque là, je pense que tout le monde est d'accord sur le constat.

Or, la réforme des rythmes scolaires ne résout strictement rien, voire aggrave encore l'état de fatigue des enfants (lire à ce sujet les intéressants témoignages des directeurs d'école de Paris, qui ont écrit à leur directeur académique pour dénoncer les aberrations de cette réforme. En imposant 9 demi journées sur la semaine, en passant donc à 4.5 jours, et en rajoutant donc le mercredi matin à la semaine de nos chers enfants, c'est toute la société française, à commencer par la vie dans nos écoles  qui s'en trouve désorganisée, et pour quel bénéfice : ZÉRO.

Le mardi soir offrait une coupure, une sorte de mini-week-end aux enfants. Le Mercredi, jour utilisé par beaucoup pour d'autres activités, sportives et culturelles, s'en trouve totalement chamboulé. Et les enfants se lèvent donc de bonne heure 5 jours sur 5.

Parmi les 20% de communes qui sont passées à la réforme dès la rentrée 2013/2014, les retours d'expérience, les uns après les autres, témoignent de difficultés majeures lézardant l'enthousiasme béat de certains.

D'abord, l’État se défausse totalement sur les municipalités pour la prise en charge de la réforme, et ce n'est certainement pas une obole de 50 euros par élève qui compensera l'accroissement extrêmement important des charges pour les communes. Car en effet, le nouveau temps TAP (temps d'activités périscolaires) est du ressort exclusif de la mairie.

A Saint-Cergues, nous avons fait le choix d'appliquer la réforme en 2014, afin de se donner le temps de la réflexion et surtout afin de voir comment ailleurs la chose se déroulait... Nos estimations relèvent qu'il nous faudra embaucher 6 équivalents temps plein pour répondre à la demande, ce qui grèvera nos charges de fonctionnement de 15 à 20 % environ. Le coût est donc pharaonique pour les petites et moyennes communes, il ne l'est pas moins dans les grandes villes, mais les proportions apparaissent moindres étant donnés les effectifs plus conséquents des personnels de mairie des grandes villes.

Cette réforme produira donc une école à plusieurs vitesses, entre les communes qui feront le choix de rendre payant ou pas ce service, entre celles qui mettront tous les moyens pour en faire un temps de qualité, et celles qui ne feront que de la garderie au rabais... (lire ce très justement cruel article : Réforme des rythmes scolaires : voyage en absurdie, Le Point ) portant délibérément atteinte au principe d'égalité puisque subordonnant la qualité de ce temps TAP au bon vouloir mais surtout aux capacités techniques et financières des communes, à la compétence ou pas des personnels recrutés pour exercer cette mission, à la qualité ou pas des intervenants extérieurs... Sur ce point je m'étonne qu'on puisse à ce point déroger à ce principe de base selon lequel tous les enfants de toute la France doive pouvoir bénéficier d'un enseignement d'une qualité égale.

Ensuite, comme je le disais plus haut, non seulement l'enfant ne voit pas sa journée s'alléger de quelconque façon, puisque le temps qu'il ne passe plus en classe il le passe en temps TAP, mais en plus sa journée est rendue beaucoup plus complexe, à tel point qu'il ne sait plus parfois où il en est : Suis en TAP, suis-je en temps scolaire avec la maîtresse ou le maître, suis-je en périscolaire ?  L'enfant perd la notion d'adulte référent, perd ses repères... Cette confusion génère d'ailleurs de gros problèmes en termes de sécurité, et de nombreux enfants déboussolés ont quitté l'école trop tôt ou trop tard, et les enseignants, les animateurs communaux et les parents sont complètement perdus aussi...

Rarement réforme aura fait une telle unanimité... contre elle ! Et les directeurs académiques nous somment de rendre nos propositions d'organisation de la semaine de nos enfants avant décembre, ne nous laissant pas le temps de la concertation.

Au delà de l'impact puissamment négatif sur nos enfants, cette réforme dérègle toute la vie en société. Beaucoup de parents en effet avaient pris des dispositions le mercredi pour s'occuper de leurs petits, beaucoup de petits vont devoir sacrifier leurs activités sportives ou culturelles, et déjà, de nombreuses associations font les frais de ces bouleversements en voyant leurs effectifs baissés drastiquement. On nous répond que cela n'est pas grave, car les associations pourront intervenir, justement pendant les temps TAP : Mais il va de soi que la qualité des enseignements dispensés lorsqu'en petit groupe vous allez prendre un cours de musique le mercredi matin n'aura rien à voir avec la vague initiation que vous pourrez mettre en place sur 1 heure pendant les temps TAP avec un groupe de 50 gamins !

C'est terrible, le Ministre voulait absolument faire quelque chose : un effet d'annonce à la va vite et cauchemar : une réforme est née.

A Saint-Cergues, sous la contrainte de la loi, et actant la nécessité de repenser, dans l'intérêt de l'enfant l'organisation des rythmes, nous avons concerté avec les parents, les enseignants. Nous avons une proposition mais qui est clairement dérogatoire à la directive du Ministre. Il y a très peu de chance qu'elle soit acceptée par le Directeur académique.

Encore une fois, cette proposition nous la faisons car la loi nous y obligePour l’instant… Cela dit, nous avons voulu en effet que le temps TAP ne soit pas qu'une garderie stérile en offrant aux enfants, comme pour notre périscolaire, des activités pédagogiques de qualité.

A ce stade, et face à l'ampleur de la contestation, face au revirement de certaines communes qui étaient passées un peu vite à la réforme, face au coût insensé d'une mesure qui ne profite à personne et désorganise la société et les familles et surtout épuise un peu plus nos enfants, il va de soi que nous jugeons hautement préférable de ne rien changer à l’organisation qui avait cours jusqu'à aujourd’hui.

Notre démarche est de ne pas avoir voulu refuser brutalement et sans arguments cette réforme, les retours d'expérience catastrophiques qu'on peut lire un peu partout nous interrogent sur la pérennité de cette mesure dont on peut se demander en effet si elle passera l’hiver.

Pour alléger les journées de nos enfants, pourquoi ne pas allonger l'année scolaire ? Une ou deux semaines supplémentaires, prises sur les très longues vacances d'été suffiraient amplement, sans désorganiser un pays tout entier. Mais peut-être que ce serait trop simple ?

12/11/2012

discours du 11 novembre 2012

 

Monsieur le Curé,

Mesdames et Messieurs les anciens combattants,

Mesdames et Messieurs les victimes de toutes les guerres et leurs portes drapeaux,

Mesdames et messieurs les membres du conseil municipal,

Mesdames et Messieurs les professeurs des écoles,

Mesdames et messieurs, 

Chers enfants, chers amis,

Merci infiniment à tous d’être là.

En ce jour je souhaite que notre première pensée aille à notre ami Georges Favre, Président de la section des anciens combattants de Saint-Cergues, qui nous a quitté il y a peu. Il aimait ces cérémonies, il y tenait comme à la prunelle de ses yeux parce qu’elles permettent de faire vivre ceux que la guerre a emporté, parce qu’elles rendent hommage à ceux qui ont combattu, qui ont tout donné à leurs pays, parce qu’elles permettent de comprendre, d’analyser, et d’apprendre des drames, des erreurs et des réussites de notre passé. Georges fût un grand Président des anciens combattants, un homme de parole, de cœur, généreux et bienveillant, qui mettait le devoir de mémoire au-dessus de tout, en témoignent les voyages qu’il a organisé dans certains hauts lieux du souvenir. Il nous manque à tous, et nous disons toute notre amitié à son épouse et à sa famille.

Je souhaite lui dédier ces quelques mots, et lui dire un immense merci, pour son action, qu’il a menée avec enthousiasme. Nous lui rendrons le meilleur des hommages en perpétuant sans relâche cette flamme du souvenir à laquelle il tenait tant.

Je veux saluer également le nouveau Président des anciens combattants, Louis Vuilloud, notre ancien maire, qui a repris le flambeau après cette bien douloureuse disparition, et je le remercie chaleureusement lui aussi d’avoir accepté cette fonction, dans un moment pourtant difficile pour toute la section et pour tout le village.

Vous savez tous combien ces journées du souvenir sont en effet importantes, à plus forte raison dans une société sans doute trop confortable qui ne veut plus s’embarrasser avec son passé, qui a tendance à oublier quels sacrifices ont été nécessaires pour que la paix s’installe durablement en nos contrées, pour que tous nous puissions jouir de ce bien précieux qu’est la liberté, pour que nous n’ayons plus, nous, les générations suivantes, à connaître les horreurs de la guerre.

La guerre de 14 -18 résonne d’une intensité particulière parmi nos commémorations, car elle a en effet marqué un épouvantable tournant dans ce que l’homme a pu imaginer et concevoir pour s’autodétruire. Jamais jusqu’alors on n’avait vu à ce point la technologie, l’industrie, la science se mettre au service de l’extermination des hommes.

L’acier, le feu, les gaz mortels, la mitraille, un peu comme si tous les éléments de la terre furent convoqués pour anéantir la chair. Jamais le monde n’avait encore vu de telles atrocités, une telle quantité de tués, de blessés, de mutilés, de « gueules cassées ».

Pas une ville ni un village de France ne furent épargnés, en atteste ces monuments aux morts, disséminés sur l’ensemble de notre territoire, vibrants témoignages des souffrances et du sacrifice de tout un peuple. Ici même nous pouvons lire les noms des malheureux tombés au combat, et ces noms sont gravés dans la pierre pour que nous n’oubliions jamais ce qu’ils ont enduré.

Et parce que comme l’écrit  Peter Diener, « La mémoire pour moi c'est comme l'oxygène pour les poumons. C'est la vie. La vie présente n'existe pas sans le passé. », notre rôle à nous c’est de proclamer cette histoire pour que leurs souvenirs éclairent nos existences. Cette histoire il faut la rendre vivante.

Je veux donc donner la parole aujourd’hui à des hommes qui ne sont plus, qui ont vécu la grande guerre et ont laissé des témoignages écrits qui en disent beaucoup plus que n’importe quel discours.

 

Ecoutons d’abord celui d’Etienne Tanty :

17 mars 1915. "Tout, tout est fait pour décourager. La terre est semée de trous de percutants, les arbustes sont déchiquetés de balles de shrapnels; des morceaux de marmite traînent ça et là; un vieux bonnet de police en lambeaux, du fumier, des bouts de pain, un gros os de boeuf encore plein de viande et rouge, ça traîne pêle-mêle dans les trous. Là, 3 ou 4 poilus lisent un journal, où il n'est que de bombardements, de charges à la baïonnette, de cadavres boches, de tranchées sautant par l'effet du miraculeux 75, que sais-je? Toujours la boucherie, enfin! Toujours la mort, le charcutage, la viande humaine. D'autres regardent un journal illustré: un boche mort de froid dans une tranchée; une tête d'officier cité à l'ordre du jour, des cadavres qu'on jette en tas dans une fosse; le tout accompagné d'une prose de journaliste qui insiste sur ces choses avec admiration. Ailleurs, ce sont des poilus qui conversent, et leurs conversations, leurs plaisanteries, toujours les mêmes sont écœurantes; on se croirait au milieu de malades d'un coin de clinique très spécial de Sainte-Anne.

Je ne vois pas en effet comment on peut mieux souligner la violence des combats et les terribles conditions de vie des soldats, ni comment on peut mieux dire l’absurdité et la folie d’un tel conflit qui a littéralement dévoré les hommes de toutes nations.

Ecoutons maintenant celui d’Eugène Poézévara qui avait dix-huit ans en 1914 :

 

Chers parents (…)

Le 9, à 10 heures du matin on faisait une attaque terrible dans la plaine de Woëvre. Nous y laissons trois quarts de la compagnie, il nous est impossible de nous replier sur nos lignes ; nous restons dans l’eau trente-six heures sans pouvoir lever la tête ; dans la nuit du 10, nous reculons à 1 km de Dieppe ; nous passons la dernière nuit de guerre le matin au petit jour puisque le reste de nous autres est évacué ; on ne peut plus se tenir sur nos jambes ; j’ai le pied gauche noir comme du charbon et tout le corps tout violet ; il est grand temps qu’il vienne une décision, où tout le monde reste dans les marais, les brancardiers ne pouvant plus marcher car le Boche tire toujours ; la plaine est plate comme un billard.

A 9 heures du matin, le 11, on vient nous avertir que tout est signé et que cela finit à 11 heures, deux heures qui parurent durer des jours entiers.

Enfin, 11 heures arrivent ; d’un seul coup, tout s’arrête, c’est incroyable.

Nous attendons 2 heures ; tout est bien fini…

 

Ce que ces hommes ont vécu est tellement incroyable qu’eux-mêmes ont du mal à réaliser la fin d’une guerre qui a duré quatre interminables années et a couté la vie à 18 millions d’êtres humains de par le monde et en a mutilé plus de 20 millions d’autres. Parce que l’homme d’une certaine façon s’habitue à tout, même au pire, et qu’il faut du temps pour réapprendre la vie, l’amour, la joie, après pareilles épreuves.

Tellement incroyable que tout le monde, après ce carnage a pu clamer le cœur bien haut que « c’était la der des ders ». L’histoire nous le savons ne donnera malheureusement pas raison à cette noble espérance. Et le second conflit mondial qui s’en est suivi sera malheureusement plus dévastateur encore, assassinant les rêves d’une Europe qui avait pourtant retrouvé à bien des égards ses lumières pendant l’entre-deux guerres.

Alors sans angélisme, sans cynisme non plus, soyons lucides et vigilants et comprenons bien sur quelles braises encore chaudes nous sommes assis. Car la guerre est potentiellement en nous, en chaque instant, il faut en dénoncer les atrocités pour que vous les enfants, qui êtes là avec nous aujourd’hui n’ayez jamais à connaître tels drames.