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22/04/2012

Après dimanche...

Je suis bien entendu déçu par les résultats du premier tour des présidentielles.

Malgré la popularité très forte de François Bayrou, malgré l'estime et le respect qu'éprouvent une majorité d'électeurs de ce pays pour sa personne, ceux-ci n'ont malheureusement pas traduit ce fort sentiment par un vote franc en sa faveur. Les clivages traditionnels ont joué pleinement. J'ai entendu toute la journée de dimanche les gens me dire : "il est formidable ce gars-là, mais il n'a pas d'équipe..." ou encore "il a raison, Bayrou, mais il me fait pas rêver"... 

Pour moi, entendre la vérité était une forme de rêve. 

En Haute Savoie, Bayrou fait un score nettement supérieur, toutefois, à sa moyenne nationale. A saint-Cergues, il est autour des 13 %.

Avec un front National plus fort que jamais, je pense que la République toute entière devrait frémir. Ce vote protestataire exprime les incompréhensions, les peurs et les angoisses d'un français sur cinq face à la faillite morale, économique et financière que nous connaissons et qui impacte tous les secteurs de la société. 

Le front national aborde sans complexe les sujets déclarés tabous et les confisque du nécessaire débat républicain. Son résultat impressionnant suppose une prise de conscience urgente que ce pays souffre profondément, bien au delà de ce que l'on imagine, bien au delà de la liquoreuse compassion des temps de campagne, ou le candidat feint le sanglot devant les usines éteintes. 

Le front national catalyse toutes les frustrations et les doutes d'un peuple qui ne sait plus à quel saint se vouer et qui traverse une profonde crise existentielle. Qu'est ce que la France dans la mondialisation ? Qu'est ce que la France dans l'Europe ? Qu'est ce que la France dite multi-culturelle mais qui est en fait puissament communautarisée ?

Que les partis qui se disent républicains se réemparent de ces sujets ! Qu'on arrête de masquer la vérité, de peur qu'elle ne fasse croître le FN... C'est ce sentiment qu'on minore ou qu'on édulcore le réel qui exaspère l'électeur et provoque le vote Front National.

Entre le cynisme et l'angélisme, il y avait l'humanisme exigeant d'un Bayrou.

J'aurai aimé que cette vision courageuse l'emporte. Il faudra pourtant choisir dimanche 6 mai pour l'un ou l'autre ou le vote blanc, ces trois options étant bien évidemment respectables.

Pour ma part je n'aurai pas la prétention et je ne ferai pas l'insulte de dire aux électeurs ce qu'il faut faire. Chacun en effet, choisira selon ses convictions, en toute responsabilité.

Je militerai en revanche pour qu'en France le centre se rassemble, dans toute sa diversité, car quoi qu'il arrive le 6 mai prochain, il faudra en France un mouvement pragmatique, humaniste, capable d'affronter les réalités sans les caricaturer, sans les sauces idéologiques habituelles. 

Ce pays a profondément besoin qu'on le regarde au fond des yeux. 

19/04/2012

Soutien aux agriculteurs de l'Agglo... NON a la bétonisation !

non à la bétonnisation.jpgMardi 17 avril dernier, des agriculteurs de Haute-Savoie, répondant à l'appel lancé par la confédération paysanne ont exprimé leur ras-le-bol et leur inquiétude quant à la bétonisation excessive de notre département.

A Annemasse, une partie d'entre eux a symboliquement investi les locaux de la MED (maison de l'économie et de développement) considérée comme responsable en partie de cette disparition d'hectares arables au profit de zones industrielles ou commerciales.

Les chiffres en effet font peur, selon le Dauphiné Libéré, c'est l'équivalent de 590 stades de football soit 420 hectares, chaque année, qui se construisent, amputant d'autant les terres agricoles déjà bien fragilisées par un mitage excessif qui sévit depuis des décennies dans ce département qui a du mal à structurer et à maîtriser son développement.

Sur le territoire d'Annemasse Agglo, il ne reste plus que 10 % de terres agricoles... Le constat est terrible, d'autant qu'à plus grande échelle, c'est 900 000 habitants que la région attend, à terme, dans le cadre de l'agglomération transfrontalière (Franco-valdo-genevois). Pour nourrir ce presque million d'habitants, il faudrait idéalement 2000 m2 de surface cultivable par habitant. Or aujourd'hui, les agriculteurs ne disposent déjà plus que de 600 m2 par habitant... 

Alors qui sont les responsables, les décideurs en la matière ?

Le zonage des terrains est l'affaire des municipalités, qui élaborent des plans locaux d'urbanisme (PLU) qui traduisent leur volonté politique. Car effectivement l'affaire est hautement politique. Ces PLU se doivent de respecter des Schémas de Cohérence Territoriale (SCOT), dont le rôle est de mettre en cohérence les PLU des communes d'un territoire donné, en ayant une vision plus globale et à plus long terme pour l'avenir et le développement de la région concernée.

Je crois pouvoir dire aujourd'hui que le SCOT d'Annemasse Agglo a pris la mesure de ces problématiques, sans que cela ne soit à mon sens suffisant, en essayant de limiter la constructibilité dans les zones encore rurales. Mais ces prescriptions ne sont pas toujours entendues par les communes qui n'ont pas toutes la même approche du SCOT. AUtrement dit, certaines le revendiquent, c'est le cas de Saint-Cergues, qui a récemment déclassé 4 hectares de terrain constructibles en agricole. ( voir l'article : pourquoi Saint-Cergues déclasse des terrains constructibles en Agricole) D'autres communes en revanche considèrent le SCOT comme une simple déclaration d'intention qui ne serait pas contraignante, et continuent à se développer sans discernement.

D'autant que le problème posé ne se limite pas à la disparition de surfaces agricoles, c'est aussi et bien sûr un accroissement démographique colossal qui implique de mettre en adéquation sans cesse les services publics et les besoins des nouveaux arrivants, c'est la multiplication des déplacements, entraînant les bouchons importants qui paralysent de plus en plus notre agglomération.

Car on en revient toujours au même problème : Le fait que cette région attire énormément, le fait que Genève construit trop peu de logements et contraint ses propres ressortissants à venir habiter chez nous massivement. (Articles du temps du 6 mars dernier sur le sujet, de la tribune de Genève, émission d'Europe 1, article du Messager).

Dire "non à la bétonisation" comme le clament les agriculteurs est une question fondamentale dans notre région, et à laquelle nous devons répondre en tant qu'élus. Car ce sont les municipalités qui effectivement décident, et trop souvent, cédant aux pressions de propriétaires terriens qui n'ont que faire des problèmes d'aménagement du territoire (et on les comprend, d'une certaine façon, vu le magot que représente des mètres carrés constructibles dans cette agglo) continuent de construire toujours plus.

La décision prise à Saint-Cergues ne se fait pas sans mal. Si pour deux hectares, la chose s'est faite par la négociation, pour deux autres, en revanche, nous subissons plusieurs recours devant les tribunaux. Il faut se battre pour mener à bien ces politiques de protection de notre cadre de vie. Il est plus simple de dire oui à tout, aux propriétaires, aux promoteurs... Il est difficile de faire comprendre qu'à présent nous ne nous développerons plus qu'en densifiant les zones déjà construites, en centralité, épargnant d'autant les espaces naturels et agricoles. Je salue donc au passage le courage et la détermination de mes collègues élus, à Saint-Cergues...

Certains maires de communes rurales pensent qu'avoir plus d'habitants c'est avoir plus de taxes, donc plus de moyens pour faire vivre leur commune. C'est une erreur ! Car en ouvrant les vannes de la sorte, ils seront condamnés à tenter sans cesse de rattrapper en termes de service public l'accroissement exponentiel de leur population ! C'est un cercle vicieux sans fin. Il faut dire STOP et considérer que nous devons impérativement protéger ce territoire magnifique qui malheureusement par endroit se transforme déjà en banlieue américaine, se minéralise à outrance et s'urbanise d'une façon sinistre.

La MED bien sûr n'est pas responsable en tant que telle, quoi qu'en disent les agriculteurs. C'est surtout le logement, plus que le développement économique qui met en péril la région ! Et derrière la MED et les PLU, ce sont les élus locaux qui décident !

A part quelques uns, comme Antoine Vieillard, conseiller général de Saint-Julien qui se bat depuis des années pour que Genève prenne ses responsabilités en matière de logement (voir son dernier article : un hectare de terre préservée à Genève = 3 hectares de terres agricoles détruites en France voisine)  et la commune de Saint-Cergues, qui a été la première à rendre à l'agriculture des zones qu'on voulait auparavant bâtir, j'ai l'impression que nous sommes bien seuls, encore, à essayer de faire bouger les lignes sur ce point, alors que ce problème est un enjeu majeur de la région. toutefois, dans l'Ain, quelques maires commencent aussi à réagir...

Au lieu de penser systématiquement à court terme, il nous faut nous projeter dans des logiques à plus long terme.

Il est urgent de "bétoner" nos PLU pour dire non à la bétonisation excessive, il est urgent de manifester notre solidarité aux paysans de la région !

 

16/04/2012

La démocratie, grande perdante des élections !

 

A 6 jours seulement du premier tour de la présidentielle, nous pouvons déjà je pense tirer quelques conclusions sur la manière dont s'est déroulée cette campagne, qui a été, à n'en pas douter, l'une des plus affligeantes de la Vème République.

Quand on s'étripe sur le permis de conduire ou quand on tergiverse sur le Halal, alors que la France est au bord du gouffre, c'est que franchement soit on a pas d'idées, pas de programme, soit et alors c'est plus terrible, on évite de dire la vérité aux français et on les renvoie à des sujets frivoles voire du dernier populisme pour ne pas avoir à affronter le réel, ce qui est pourtant, du moins je le croyais, la première responsabilité d'un dirigeant.

La vérité, pourtant, est consternante et appelle des réponses urgentes. Une économie en berne, une industrie qui meurt. Un chômage qui explose, une pauvreté qui se développe. Un vivre-ensemble compromis par un mélange d'angélisme et de déni insupportables. Des déficits publics qui pourraient bien nous priver de notre souveraineté, si rien n'est fait. A ce titre, les propositions des candidats de l'UMP et du PS semblent superbement ignorer cet état de fait et nous conduire allègrement, en toute sympathie, droit dans le mur.

Tout le monde est dans le déni... En fait, cette campagne aurait du être la plus "grave", la plus "sérieuse" au vu des enjeux considérables qui sont les nôtres. Or, il n'en est rien, à ce point que le New Economist, le fameux quotidien anglais titrait fort justement la semaine dernière : " La France dans le déni- L'élection la plus frivole de l'Ouest".

Pourquoi un tel dévoiement, pourquoi faire à ce point l'autruche ? Car abreuvés des conseils avisés de leurs bataillons de communiquants, la plupart des candidats pensent encore qu'on ne peut pas gagner une élection en disant la vérité, qu'il faut faire rêver, à tout prix, quand bien même on en a plus les moyens.

François Bayrou est bien seul, dans cette tragique foire à Bestiaux.

Ce manque général de courage se traduit par un immense sentiment de lassitude des français, qui vont aller voter un peu comme les vaches vont à l'abattoir, pour reprendre une métaphore bovine, c'est à dire la tête basse et sans enthousiasme, évidemment, persuadés qu'ils n'ont pas de véritables choix.

Deux paramètres je pense ont littéralement plombé cette campagne :

- La tyrannie des sondages

Ils n'ont jamais été aussi nombreux. Depuis le début de la campagne, ils donnent le sentiment que tout est plié d'avance, et du coup ont un impact démobilisateur phénoménal. On oublie pourtant que les sondeurs se sont maintes fois - et largement -  trompés ! Jospin en 2002, Balladur en 95, Giscard en 81... La liste est longue et pourtant, ce qui vient d'eux semble paré de l'étendard de la certitude divine.

Les sondages sont une catastrophe pour la démocratie, et donnent le sentiment que l'élection présidentielle c'est le PMU et que l'électeur se doit de confirmer les pronostics de quelques gourous bien inspirés. La compromission et les affinités douteuses de certains instituts avec les staffs politiques de l'UMP ou du PS sont insupportables, et font un tort épouvantable à la liberté de pensée.

Combien de citoyens ne disent pas : "je voterai bien pour tel ou untel, mais il n'a aucune chance de l'emporter..." Or une élection ce n'est pas parier sur le cheval dont on dit qu'il peut l'emporter, l'élection, c'est soutenir celui dont on pense qu'il a raison, celui qui nous paraît le plus en phase avec les problématiques d'un pays.

Il faut interdire purement et simplement les sondages dans le cadre des élections, car leur influence, quand bien même ils se trompent souvent, est considérable. A ce titre les sondages sont parfaitement anti-démocratiques. Comment faire exercice de son libre arbitre, de sa réflexion d'électeur et de citoyen dans le contexte d'un tel bourrage de crânes ?

- Le vote utile ou l'anéantissement du premier tour

Partout on appelle au vote utile, cela revient purement et simplement à supprimer l'intérêt d'un premier tour. Le premier tour, selon l'adage bien connu, c'est le moment où précisément l'électeur dispose d'un vrai choix. Le second tour, c'est là où l'electeur élimine ce qui lui convient le moins. Or on voudrait nous priver de cette souplesse pour nous intimer l'ordre de choisir dès dimanche l'UMP ou le PS parce qu'il n'y aurait pas d'autres choix... Les autres candidats, bien souvent honteusement ridiculisés par le microcosme journalistique parisien sont donc relégués au rang de figurants plus ou moins comiques.

La promiscuité pour le moins gênante de certains grands journalistes avec les deux prétendants favoris à l'élection est pour le moins dangereuse, et démontre une fois encore que quelques uns ont tout intérêt à ce que ce système perdure, à n'importe quel prix. La peur sans doute de ne plus pouvoir manger à certains rateliers... Les liens entre le journalisme et le politique deviennent extrêmement problématiques, on sent sincèrement de moins en moins de distance entre les uns et les autres, au point que bon nombre vivent désormais en couple ! Cette caricature est malheureusement bien plus qu'anecdotique je pense. (Audrey Pulvar et Arnaud Montebourg, DSK et Anne Sinclair, Béatrice Schonberg et Jean-Louis Borloo, Bernard Kouchner et Christine Ockrent, Marie Drucker et François Baroin, François Hollande et Valérie Trierweiler....) C'est donc le même monde que ces deux mondes-là. Ce qui naturellement peut considérablement orienter une campagne. C'est d'autant plus douteux qu'en général ces journalistes là n'ont pas l'honnêteté de dire pour qui ils roulent.

Je demande donc à tous de bien réfléchir le jour du vote, et à faire un choix d'électeur éclairé, c'est à dire de femmes et d'hommes responsables, qui ne cèdent pas à la vindicte actuelle qui voudrait nous obliger à valider les fatwas des hommes de clan.

Il est gravissime de faire croire aux citoyens qu'ils n'ont pas de vrais choix !

Inutile de rapeller que je voterai Bayrou, avec le sentiment, quoi qu'il arrive ensuite, de soutenir cette  forme rare d'intégrité, d'honnêteté et de probité qui nous fait atrocement défaut.