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01/05/2012

Fête du travail : un 1er mai transfrontalier !

DSC_0005.JPGBien que je ne sois pas un grand adepte des manifestations, je me suis rendu au défilé du 1er mai à Genève avec Antoine Vieillard, conseiller général de Saint-Julien, pour saluer et soutenir les frontaliers, qui s'étaient joints à ce traditionnel événement unitaire, auquel participaient également de nombreux politiques genevois.

A Saint-Cergues, sur 3200 habitants, nous comptons 850 frontaliers. Je me devais en tant que maire d'aller leur rendre visite car il me semble que l'ambiance délétère qui règne actuellement à Genève, sous l'effet d'un certain populisme, ne rend pas faciles leurs conditions de travail.

Après la polèmique lancée par Bernard Gruson, directeur des HUG, il est clair que les frontaliers font figure de boucs émissaires. Cela n'est certes pas nouveau, mais cela a pris une ampleur inégalée aujourd'hui, renforcée par les invectives xénophobes du Mouvement des Citoyens Genevois et de leur leader, Eric Stauffer.

En ces périodes troubles ou la mauvaise foi le dispute à l'injure, il convient de rappeler certaines réalités :

Si il y a autant de frontaliers à Genève, c'est d'abord et avant tout parce que Genève en a besoin! Propos d'une banalité affligeante mais contesté parfois par certains qui considèrent ce phénomène comme une sorte d'opération humanitaire d'envergure au bénéfice de ces français qui croupissent dans leur tiers-monde...

En effet, Genève est enclavée, tout le monde l'aura remarqué, et à ce titre, comme toutes les villes du monde, a besoin d'importer de la main d'oeuvre pour faire tourner son économie. Tous les jours, les "banlieusards" affluent vers Paris pour travailler et rentrent le soir en périphérie pour se loger. Cela ne déclenche aucune émeute ou remontrance dans les rues parisiennes...

Genéve est une métropole régionale dont la périphérie est française, c'est une spécificité géographique qui n'échappe pas aux rationnalités économiques toutefois. Ce qui fait que 75 000 personnes environ traversent la frontière chaque matin, dont de trés nombreux citoyens suisses qui sont venus habiter en France, faute de logements.

J'ai d'ailleurs déjà eu l'occasion de dire que ces citoyens suisses étaient les bienvenus chez nous, même s'il est essentiel que Genève construise massivement, pour ne pas que nos campagnes étouffent, pour que les trafics pendulaires ne deviennent pas plus insupportables encore qu'ils ne le sont déjà. En effet, il faut avoir une logique de région, et mieux répartir les emplois et les logements dans notre agglomération, le tout articulé par un réseau de transport performant.

Genève est une ville très dynamique qui accueille un nombre impressionnant d'entreprises qui sont autant d'opportunités d'emplois pour les travailleurs suisses et frontaliers. Généralement bien qualifiés, les frontaliers réussissent plutôt bien à Genève et effectivement occupent de plus en plus de postes à responsabilité, n'en déplaisent à certains populistes qui voudraient les cantonner à des tâches subalternes...

Les frontaliers créent de la richesse. De par leur compétence et leur travail, mais aussi de par leurs impôts, prélevés directement à la source par le canton de Genève, soit 610 millions nets par an, générés par des travailleurs qui ne consomment pas ou trés peu de services publics genevois... Une part de cette masse salariale (3%) est rétrocédée aux communes françaises afin de "compenser" les pertes d'impôts sur le revenu des frontaliers en France, qualifiée " d'aumône " par Guy Mettan, ancien député du grand conseil genevois et ancien rédacteur en chef de la Tribune de Genéve, dans un trés bel article sur son blog.

Les frontaliers ne sont pas responsables du taux de chômage genevois. Les frontaliers occupent des emplois souvent délaissés par les travailleurs suisses, comme l'hotellerie-restauration, le commerce de détail... Mais ils occupent aussi des emplois trés qualifiés pour lesquels l'offre locale est trés insuffisante, comme la banque, la santé... De façon générale, si Genève expulsait tous ses frontaliers, une quantité phénoménale d'emplois ne pourraient plus être pourvus...

Alors plutôt que de semer la division, voire la haine entre ceux qui tous contribuent à la richesse de notre belle région, il vaudrait mieux travailler à résoudre les déséquilibres qui nous affectent en matiére d'emploi, de formation, de logement...

Car une chose est sûre, le marché de l'emploi dans le genevois français va mal : Emplois souvent trop peu qualifiés résultants du phénomène "d'ultracommercialisation" ou de "supermarchérisation" (pardon pour ces abominables néologismes) de la France voisine, difficulté d'attirer des entreprises en raison de l'immense attrait suscité par Genève...

Car cet attrait essentiellement salarial s'il est bénéfique aux travailleurs produit des effets particulièrement néfastes en France : par exemple nous avons toutes les peines du monde a gardé nos infirmières... Et de façon générale les profils très qualifiés.

Il y a pourtant des synergies à trouver, bénéfiques à tous : Genève étouffe alors que le foncier en France voisine est beaucoup plus accessible. De nombreuses opérations économiques sont en cours, à Annemasse et dans sa périphérie qui permettront, je l'espére de favoriser l'implantation de nouvelles sociétés.

Nous sommes aux portes de Genève, sur le sol européen toutefois. On finira sans doute un jour par comprendre que cela est un atout majeur.

Car la condition des salariés en euro de notre territoire n'est pas simple, eu égard au coût de la vie, très élevé dans le secteur, et il ne faut pas les oublier. Ils ont toutes les peines du monde à se loger, ils ont toutes les peines du monde à accéder au crédit, leur pouvoir d'achat, comme dans le reste de la France, est en berne.

Travaillons à rééquilibrer cette région, ce qui profitera à tous, genevois comme français, frontaliers ou pas.

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