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20/09/2012

Grand débat sur le transfrontalier : l'aveu cinglant de Genève sur le logement

Hier soir à Gaillard, à l'initiative (excellente) de la Tribune de Genève, s'est tenu un grand débat sur le "Grand Genève", autrefois technocratiquement appelé "projet d'agglomération franco-valdo-genevois".

Articulé autour des trois thèmes majeurs que sont l'emploi, le logement et la mobilité, d'ailleurs très intimement liés, six personnalités ont échangé leurs points de vue pendant deux heures et demie devant une assistance très nombreuse.

Mon sentiment, au terme de cette soirée, est mitigé.

Si je suis sincèrement ravi qu'un tel débat ait pu avoir lieu et ait pu être l'occasion d'affirmer quelques vérités trop souvent contestés par certains (ainsi M. Stauffer a pu apprendre que le CEVA n'avait pas pour terminus Annemasse, et qu'il irriguait bien au delà de ce que sa dénomination signifie, sur la partie suisse comme française), je suis en revanche très inquiet quant aux propos qui ont été tenus par M. David Hiler, conseiller d'Etat en charge des finances du canton, qui a affirmé et c'est je crois relativement grave, que Genève ne tiendrait pas ses engagements en matière de logement. Et par cet aveu cinglant ce sont tous les nécessaires rééquilibrages prévus justement par le projet d'agglomération N°2 ( qui vient d'être signé ) qui sont remis en cause.

Autrement dit, alors que la question du logement est cruciale, puisque je rapelle que les citoyens genevois sont contraints à l'exil depuis des années en France voisine, la région va continuer à se bétonner en France, pour que Genève puisse conserver sa campagne en voie de muséification, et continuer de donner l'étrange configuration rappelée par Antoine Vielliard, conseiller général de la Haute-Savoie heurté par la confession de M. Hiler, selon laquelle Genève et sa région s'organise en Ville centre/ campagne /périphérie urbaine, alors que partout ailleurs dans le monde, et c'est la logique même, les métropoles sont configurées en Ville centre / périphérie urbaine / campagne.

En effet, David Hiler a concédé et reconnu que Genève :" promet des choses qui n'ont jamais été  tenues", enfonçant le clou en affirmant que produire 2500 logements par an dans le canton était un "mythe" et que Genève était "incapable" de respecter ses engagements en la matière. Le conseiller d'Etat à préconisé de sortir "du déni de réalité" en rappelant que les oppositions à la construction étaient trop fortes dans le canton, qu'elles viennent des maires genevois ou de la population.

Je dois dire que ces affirmations, qui ont au moins le mérite d'être claires, plongent certains d'entre nous dans l'inquiétude. Car si Genève, deux mois après la signature en grande pompe du projet d'Agglomération N° 2 renie déjà sa parole, alors on peut s'attendre à ce que le mauvais Deal qui a cours dans notre région depuis des décennies perdure encore et encore.

Ce mauvais deal, c'est "on vous donne l'emploi, faites des logements". Allant à l'encontre de toutes les logiques de développement et d'aménagement du territoire, en forçant les pendulaires à parcourir de plus en plus de kilomètres pour rejoindre la ville centre, en forçant la campagne française à disparaître, en provoquant de fait des bouchons de plus en plus considérables, et surtout, en obligeant les genevois à quitter de force leur canton, nous nous dirigeons alors vers une "Los angelisation de la région", avec un étalement urbain délirant, une supermarchisation de la France voisine (mes excuses pour ce laid mais parlant néologisme), aux emplois peu qualifiés, et un hyper centre d'agglomération qui concentrera tout les emplois à valeur ajoutée.

Il a été très amusant de voir M. Christian Dupessey, conseiller régional de Rhône-Alpes et Maire d'Annemasse voler au secours de M. David Hiler qui visiblement ne s'est pas rendu compte de l'énormité des propos qu'il venait de tenir. Ainsi, M. Dupessey a affirmé que "Genève avait une vraie volonté de construire des logements". Il fallait donc qu'un élu français sache mieux qu'un conseiller d'Etat genevois quelle était la position du canton.

Ardent militant de la construction de cette agglomération transfrontalière , M. Dupessey, dont je partage l'enthousiasme, semble ne pas avoir voulu entendre l'étonnante et troublante sincérité des autorités genevoises. Car il est vrai qu'elle est innaceptable, cette vérité.

J'avais tenté d'attirer l'attention avec mes collègues élus, il y a quelques mois, en tirant la sonnette d'alarme, pour dire que notre campagne française ne valait pas moins que la campagne suisse, et qu'il fallait d'urgence que Genève tienne ses engagements pour ne pas que la région se développe de façon anarchique. J'avais eu l'impression d'être entendu, face aux chiffres consternants du canton en matière de logement cette année.

J'ai pu échanger avec des maires suisses qui ont très bien compris ma position, selon laquelle nous acceuillons évidemment bien volontiers les ressortissants genevois, qui s'intègrent très bien dans nos villes et villages, nous sommes dans un même bassin de vie et avons ensemble un même destin, mais cela ne peut se faire au détriment de la qualité de vie en France voisine, qui risque de devenir une vaste cité dortoir à terme, qui risque de perdre ses zones agricoles et naturelles déjà fortement altérées par ce développement non maîtrisé, et qui voit les prix de l'immobilier flamber et contraint nos  salariés en euros à l'exil. 

Autrement dit, j'ai toujours prêché pour le rééquilibrage, pour le bon compromis, mais hier soir, j'ai eu le sentiment que les belles paroles prononcées par le canton au moment de la signature du deuxième projet d'agglomération n'étaient que de la poudre aux yeux. Je souhaite sincèrement bon courage aux élus cantonaux genevois pour expliquer à leur population qu'il faudra qu'elle continue à aller vivre ailleurs...

M. Daniel Rosselat, syndic de Nyon, s'est ému lui aussi de ce développement exponentiel et a salué, avec ironie " le talent qu'ont eu les genevois a préservé leurs campagne". Il est vrai que Nyon a plus que pris sa part du développement de cette région, en construisant moult logements pour les genevois.

M. Bernard Gaud, co-président français du projet d'agglomération ne semble pas non plus avoir voulu entendre le terrible aveu genevois et a tenté de faire avaler la chose en disant que "Construire, cela créeait des emplois en France et que cela n'était pas négligeable" et "que nos Plans locaux de l'habitat prévoyaient plus de logements sociaux pour nos salariés en euros". Il est vrai que l'homme se bat avec vigueur et conviction depuis longtemps pour cette région, et on comprend que les propos de M. Hiler passent mal.

De façon générale les contradicteurs ont été visiblement très embarassés par ces déclarations, qui remettent en cause notre modèle de développement, et les indispensables rééquilibrages tels qu'ils viennent d'être signés.

Au part ceci, il faut bien sûr reconnaître de belles réalisations, et des efforts notables en matière de mobilité par exemple, avec le CEVA qui sera la colonne vertébrale des transports en commun de la région, avec le développement des lignes de tram du côté français et des réseaux de bus qui permettront d'importants reports modaux, désengorgeant Genève et les communes environnantes, traversées quotidiennement, et dont Saint-Cergues fait partie, puisque les pendulaires (frontaliers français et suisses) viennent de plus en plus loin. 

De façon générale, la construction cohérente de cette région est une absolue nécessité, et même M. Stauffer a affirmé non sans rire "qu'il était pour le franco-valdo-genevois". Tout le monde étant donc pour, la question est de savoir si les efforts promis de part et d'autres seront tenus : en matière d'emploi du côté français et en matière de logement du côté suisse...

Si hier soir ce sont surtout les problèmes qui ont été abordés, il ne faut pas oublier qu'enfin suisses et français se parlent, il faut dire aussi que la réalité est plus forte que le politique, et c'est heureux, et c'est l'occasion de dire que cette agglomération se vit dans les familles, dans les amis, dans le travail, dans les loisirs, que nous allons faire nos achats de part et d'autres de la frontière, que cette agglomération est déjà une réalité pour les gens et qu'il règne au delà des polémiques sur les frontaliers, les préjugés sur les suisses comme sur les français, un certain esprit de vivre-ensemble et de solidarité, quoi que n'en dise M. Stauffer, qui s'est livré à une instructive analyse du "vrai et du faux frontalier", qui n'est pas sans rappeler le fameux sketch des inconnus sur le "bon et mauvais chasseur" et à la propagation des habituels clichés dont on affuble les français.

Cette région nous l'aimons, et il faudra du temps, sans doute, pour que tout le monde comprenne le bien-fondé de sa construction si possible harmonieuse. Le processus est en marche, inexorable, et c'est tant mieux. Comme le dit Bernard Gaud : "il n'est plus possible de barrer la route à ce projet".

Mais il faudra que chacun prenne sa part et sincèrement, la question du logement, qui est fondamentale, trouvera je l'espère d'autres réponses que celles qui ont été formulées hier soir.

Commentaires

Cher Monsieurle Maire

Plaidant à Nice,je n'ai pu asssiter à cette reunion;au regard de votre commentaire, je le regrette davantage.
Je partage depuis longtemps votre analyse et suis en desaccor
profond avec les elus français, et encore je souhaiterais que l'on sorte du "français" et du "suisse" qui en l'espece n'ont pas de pertinence, pour revenir au temps long et employer les denominations plus exactesde"savoyards,genevois et vaudois" qui compose le Grand Geneve,nom excellent.Le Grand Geneve n'est pas la deuxieme agglo de rhone-alpes qui n'a aujourd'hui tenté de diluer que la Savoie et pas encore annexé Geneve en depit des espoirs de MM Queirane et Dupessey! Plaisenterie à part, Gerons nos affaires ccmme les Genevois le font...et avec eux.

Je me rappelle aussi l'hostilité de nombreux de ces Elus aux relations tranfrontalieres, et non des moindres comme R.Borrel jusqu'à leur heureuse conversion.Cette opposition frappait aussi ce qu'on n'appelait pas encore le CEVA.Partageons aujourd'hui le meme enthousiasme avec la joie deles avoir vus nous rejoindre.Mais ,nous ne serons pas phagocités!

Il me semble qu'il faut trouver un mode organisationnel pour porter ce courant qui ne recoupe pas les clivages traditionnels, qui est tres important dans l'opinion(voir la resistance aux PLU betonneurs) et n'est pas representé.Il
recoupe une part importante de l'opinion genevoise et vaudoise en prime.C'est dire que ,comme l'Europe, le Grand Geneve doit vite trouver un modele politique sur les principes de la democratie helvetique, et non le mandat representatif
français.Double national, je ne peux que temoigner des limites de celui-ci qui conduit une petite technostrure(relire Galbraith et les batailles genevoises qui ont structuré la pensée politique de JJRousseau!) à dire les aneries que vous citez.
Vous avez raison, le Grand Geneve sera fondé sur cette lucidité.Merci David Hiller.

jluc favre

Écrit par : favre jean luc | 20/09/2012

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