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05/02/2012

Pourquoi je ne suis pas pour le mariage homosexuel...

   

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Avec cet article, je vais sans doute me faire quelques amis, mais il est temps je pense de prendre position clairement, face au projet de "mariage pour tous", appellation gentillette et généreuse qui voudrait encore une fois faire passer tous ceux qui s'y opposent pour les injustes défenseurs d'une prétendue inégalité. Je n’en puis plus des torrents de haine qu’on peut lire sous la plume d’authentiques homophobes et du terrorisme intellectuel épouvantable utilisé par les champions du Progrès à tous les étages.

En préambule, il le faut bien puisque tous ceux qui sont contre le mariage gay sont censés être de purulents fascistes et d'ignobles rétrogrades, je suis donc dans l'obligation de dire que j'ai parmi mes amis des homosexuels, que j'ai discuté de cette question avec eux, et que parmi eux, certains d'ailleurs ne sont pas pour le mariage homosexuel. Il faut préciser également que le débat ne porte pas sur le fait d'être pour ou contre l'homosexualité, ce qui serait parfaitement absurde puisque l'homosexualité n'est pas simplement "tolérée" en France mais belle et bien acceptée et reconnue par la société, notamment par le PACS et par toutes les lois visant à sanctionner l'homophobie.

Dans un monde où il faudrait sans cesse être plus "moderne", où il faut être progressiste parce que c'est bien, c'est sympa et beau, sans même ne plus savoir ce que recouvre le mot même de "progrès", il faut effectivement ne pas avoir peur de passer pour un réactionnaire si tant est que ce vocable, hautement dévoyé, sert à présent à condamner d'emblée tout propos qui réfute la modernité pour la modernité, qui défend quelques valeurs, surtout si elles s'inscrivent dans une histoire, une tradition ou une culture, qui ose tout simplement s'interroger sur le bienfondé de ses soi-disant avancées sociétales.

Etre contre le mariage gay ce n'est pas être homophobe. Ce raccourci simpliste est en effet inacceptable. Les homosexuels ont existé de tout temps et continueront d'exister de tout temps, qui pourrait donc aujourd’hui prétendre sérieusement le contraire ? Ce qui est important, c'est que chacun dans ce monde puisse vivre la sexualité qu'il entend, dès lors bien entendu qu'elle est l'expression d'un désir mutuellement et librement consenti. Etre homo ce n'est pas une maladie, faut-il le rappeler à certains. A ce titre, les homosexuels ont été très longtemps et parfois horriblement stigmatisés. Ils ont le droit de vivre leur différence, et je suis prêt à me battre pour cela. Mais le fait que certains d'entre eux revendiquent le droit de se marier est une toute autre histoire.

Car être contre le mariage gay, ce n'est pas défendre une situation d'inégalité. L'égalité est un concept qui exige qu'à situation égale, les droits qui en découlent soient égaux. Certes. Mais que je sache un couple mixte n'est pas la même chose qu'un couple constitué d'individus du même sexe. Tout le monde aura saisi je pense la différence fondamentale qui existe entre les deux. Car le mariage est une institution fondamentalement hétérosexuelle, puisqu'elle est avant tout un contrat destiné à protéger et encadrer ceux qui veulent fonder une famille, bien au-delà de la simple question amoureuse, c'est à dire à des êtres de sexes opposés, qui sont l'indispensable condition de toute filiation.

En effet, pour faire un enfant, il faut un homme et une femme. Nul besoin pour cela j'en conviens qu'ils soient mariés où qu'ils vivent ensemble, nombre d'hétéros ont des enfants hors mariage, et nombre d'homosexuels ont été mariés, ont eu des enfants, tout en menant leur vie sexuelle à côté (Cela se fait depuis la Grèce antique). Rien n’empêche, même si effectivement cela n’est pas la panacée au sens des homosexuels, ceux-ci de se marier de façon hétérosexuelle pour avoir dans ce cadre des enfants.  

Ce que veulent certains homosexuels à propos de la procréation est l'expression d'une impossibilité fondamentale. Car jamais deux hommes ou deux femmes ne pourront à eux seuls produire un être humain. A chaque fois, il faudra l'intervention d'un tiers extérieur, un don de sperme, une mère porteuse. Et derrière ce désir d'enfant à tout prix, dont on comprend parfaitement qu'il puisse être une source de souffrance pour les homosexuels, il ne faut pas masquer cette réalité première que la technologie voudrait trompeusement tendre à dissimuler : Au XXIème siècle, il faut encore un homme et une femme pour faire un enfant, le clonage n'étant encore pas et Dieu merci  envisageable et le commerce du corps humain n’étant pas possible non plus. 

Et ce n'est pas parce que certains homos sont plus stables, plus éduqués ou plus aimants que certains hétéros qu'il faut tirer de tout cela des conclusions universelles et ouvrir une brèche dont on sous-estime les répercussions sur l'édifice social, encore et toujours et quoi qu'on en dise assis sur la famille, qu'elle soit "stable" ou pas.

Il faut en effet penser au devenir de ces enfants, à ce qu'ils pourront raconter de leur filiation, de leur "histoire originelle" comme disent les psys, de ce qui les a fondés en tant qu'individus. Alors que certains diront mon père et ma mère se sont rencontrés ici où là et puis voilà, d'autres devront dire mon père X et mon autre père Y ont inséminé une mère porteuse Z, ou ma mère A et mon autre mère B ont eu recours à une insèmination via un individu C.

On me dira que les couples hétéros qui ont recours à la Procréation Médicalement Assistée où a des techniques similaires vivent quelque part la même chose. Mais cela n'est pourtant pas le cas. Le fait qu'ils soient un homme et une femme, en incapacité de se reproduire certes ensemble en raison d'une incompatibilité génétique ou autre, n'en est pas moins encore l'expression d'une filiation traditionnelle car le cadre reste celui de la famille telle qu'elle a toujours existé. L'enfant sera bien le fruit de l'amour de ses parents, avec une référence profonde et intime à l’altérité.

Je considère pour le coup que lorsque les technologies médicales peuvent aider un couple à avoir un enfant, c’est une chose merveilleuse et très heureuse, mais évidemment je le confesse je le dis pour un couple hétéro exclusivement. Dans le cadre d’une union homosexuelle, la technologie n’a pas la même finalité : elle n’intervient pas pour remédier à un problème physiologique, mais elle intervient ici pour artificiellement se passer de la reproduction sexuée, c’est-à-dire pour faire un enfant malgré qu’il soit impossible d’en obtenir un entre deux êtres du même sexe. Ce serait le début pour moi d’une forme d’inquiétude quant aux dérives potentielles d’une science qui permettra peut-être un jour de s’affranchir totalement de l’autre, qu’il soit homme ou femme, pour se reproduire. J’ai peur en effet d’un monde qui aura coupé tout lien à sa nature, à sa biologie, qui se sera affranchit de tout pour faire ressembler l’humanité à une espèce de société de robots, qui n’auront plus besoin de l’autre, quel qu’il soit, pour vivre. Ce qui me fait peur, c’est l’eugénisme et les épouvantables dérives qu’on peut imaginer à ce propos, dont on commence à voir les prémices aux Etats-Unis par exemple, ou des banques de sperme proposent de choisir des donneurs sur catalogue parce qu’ils sont blonds aux yeux bleus et cadres dans une grande banque. Oui je l’avoue, ces choses-là m’inquiètent terriblement.

L'autre question fondamentale concernant l'homoparentalité est celle de l'altérité.

Par définition l'homosexualité c'est la sexualité avec le «même". Or un être ne peut se construire pleinement qu'en ayant un rapport profond avec les deux sexes différents qui composent l'humanité, cette même altérité qu'ont connu la plupart des homosexuels durant leur enfance d'ailleurs. Dans le cadre d'une famille homosexuelle masculine, une lointaine tata, une cousine ou une amie ne pourra pas remplacer ce qu'une mère peut poser et imprimer en tant que modèle féminin à l'enfant. Idem dans le cadre d'une famille homosexuelle féminine. Forcément, l'enfant issu d'une famille homoparentale n'aura pas des références aussi fortes.

Il y aurait beaucoup à dire sur la question ce pourquoi il est indispensable je pense de soumettre ce débat à l'ensemble des français. On nous sort chaque semaine des sondages qui claironnent que les français seraient majoritairement favorables à ce projet de mariage "pour tous". En tant que maire et étant parfaitement légaliste, si le mariage homosexuel est voté, naturellement, je le célébrerai, sans la moindre arrière pensée ni quelconque rancune. Mais d'ici là je demande à ce que le peuple soit saisi de la question.

Je militerai plutôt pour ma part pour un PACS renforcé. Je ne comprends pas cette revendication du mariage de la part de la communauté gay qui a clamé des années durant son droit à la différence et qui voudrait pour se faire singer ce vieil archaïsme tant décrié (et que j'aime) qu'est le mariage ! Laissez aux vieux hétéros que nous sommes le droit de "posséder" encore quelques poussiéreuses institutions, auxquelles nous sommes tant attachés ! Pendant des lustres, certains militants gays et lesbiens ont dénoncé les travers de notre société dramatiquement « hétérocentrée », comment ceux-là pourraient aujourd’hui vouloir se fondre dans cette institution purement hétérosexuelle qu’est le mariage !

Paradoxe terrible d'une société où chaque individu clame sa différence et passe son temps à vouloir ressembler aux autres !


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Commentaires

Hello Gabriel,

Très très pertinent ton message concernant le mariage GAY

Bonne semaine A+

fanfan

Écrit par : MOUCHET FILLON FRANCOISE | 24/10/2012

Si je ne suis pas d'accord, j'apprécie beaucoup ta démarche. Tu as le courage d'exprimer une opinion qui peut déplaire, en expliquant ta position, fruit d'une réflexion et non d'un réflexe.

Pourtant, ta réflexion semble quelques fois se tarir au profit de l'éternel dogme d'une vision judéo-chrétienne de la vie et de l'humanité. Quand aux sacro-saintes valeurs, si la modernité n'en a jamais été une, le conservatisme et le passéisme non plus. Sinon, fini les avancées sociétales en général, après tout, pourquoi accorder le droit de vote aux femmes, elles ne l'avaient pas avant. Et ce n'est pas une question d'égalité, on est juste pas du même sexe.

Après plus de deux cents ans de séparation officielle entre l'église et l'état, pourquoi toi, l'élu du peuple, te trompes-tu à ce point sur la définition du mariage laïque ?
Où vois-tu donc dans les devoirs des époux, celui de concevoir des enfants ? Ou trouves-tu trace d'une répartition des rôles entre une homme et une femme ? Le mariage est un contrat passé entre deux êtres, qui se doivent fidélité, assistance, vie commune, entretien du ménage, et éducation des enfants s'ils existent. Ils y gagnent non seulement le bénéfice réciproque des devoirs de l'autre, mais aussi l'ouverture de nombreux droits affiliés (fiscaux, sociaux, ...).

Tu ne parles donc pas du mariage institutionnel, mais de ta propre version du mariage, elle du catholique, du traditionaliste. D'ailleurs, on en vient vite à la notion de famille pour oublier celle toute aussi abstraite d'amour.

Pourtant mariage et famille ne sont pas si liés que ça. La loi, encore, n'interdit pas la conception des enfants en dehors du mariage, la religion elle est rarement de cet avis.
Manquent-ils vraiment de repères ces enfants de couples non mariés ? Le mariage est-il vraiment le fondement de la famille alors que la moitié d'entre eux se transforment en divorces et finalement en cellules monoparentales ?

Quand a dire que l'enfant d'homosexuels ne sera pas le fruit de l'amour de ses parents, je suppose que tu confonds amour et relation sexuelle ?
Ce que je trouve triste, c'est l'éternel amalgame entre amour et procréation. On en trouve encore beaucoup, ici ou ailleurs, qui disent encore qu'il n'y a pas l'un sans l'autre. Jugement sans appel, brulant, à toutes les victimes de viols, enceintes.

L'altérité que tu appelles de tes vœux, c'est effectivement pour moi le cœur de ce qui nous sépare : elle est à mon avis primordiale, mais pas dans ce sens : il faut élever un enfant à deux. Pour lui faire découvrir les notions de diversité, d'opinion, de différenciation, la prise de distance entre la gestation forcément fusionnelle et le rapport d'affection qui lui, peut se partager. En aucun cas, cette différenciation se base sur le sexe, mais sur l'apparence, la tonalité de la voix, puis plus tard la présence, l'attention, le partage du temps, l'écoute, l'éducation, les différences de valeurs et d'opinions.

Mais allons au fond des choses : entre le couple homo et le couple hétéro, quelle est donc cette si forte distinction ? Qu'est-ce que ça change, pour l'enfant ?

Ici rentre en jeu la notion de genre, de prédestination :
Tu es une fille tu sera sensible, émotive, douce, ... on t'offrira une dinette pour te préparer à ton futur rôle, tu saura coudre et repasser, tu portera des jupes et du rose ?
Tu es un garçon, tu sera rude, tenace, courageux,... on t'offrira un camion de pompier, pour te préparer à ton futur rôle, tu saura faire de la mécanique et jouer au soldat, tu portera une salopette et du bleu.

C'est donc ça dont il s'agit, n'est-ce pas, sous le couvert de l'impact psychologique sur les enfants, c'est cette tradition qu'on veut avant tout conserver ?
Au mieux celle d'une identification forte de ce qui est féminin et masculin. Oubliant un peu vite qu'il y a une part (variable) de l'un dans l'autre et inversement.
Au pire celle de la famille composée d'un père dominant et d'une mère soumise, où la répartition des tâches laisse la femme seule s'occuper de la maison et des enfants. Le fameux modèle "catho" ou "islamo", les deux se valent pour moi.

Ce qui tendrait à expliquer pourquoi le mariage gay est majoritairement soutenu par les femmes, les CSP+, les jeunes enfin bref, tous ceux qui trouvent ce modèle traditionaliste et désuet ne correspond plus à leurs attentes.

Je terminerai par une invitation à venir nous rendre visite un de ces jours, histoire de saluer notre petit Nathan, 4 mois, simple et triste commande d'usine pour toi, fruit d'une magnifique histoire d'amour pour nous. Pour ta gouverne, le taux de réussite d'une procédure de PMA, est grosso-modo le même que pour un acte "naturel". Comme quoi, le hasard est présent même dans les usines.

Écrit par : Stéphane Dombre | 25/10/2012

Cher Stéphane,
Merci pour ce message, qui prouve à quel point nous marchons sur des charbons ardents avec ce sujet. Qui prouve également combien un vrai débat est indispensable.

Tu ne m'empêcheras pas de penser que mes propos sont terriblement caricaturés, je m’y attendais et me voilà promu au rang de rétrograde, empêtré que je suis dans mes valeurs judéo-chrétiennes qui font inévitablement de moi un intégriste de la pire espèce. On ne peut donc pas être contre le mariage gay sans être un épouvantable passéiste. Dans ton message il y a en effet beaucoup d’extrapolations, de raccourcis qui m’obligent à répondre.

Tout d'abord si je m'insurge contre la tonitruante modernité, ce n'est pas pour glorifier un passé qui serait forcément meilleur. Ce que je réclame, c'est le droit de questionner l'avenir, comme le passé. Autrement dit rien ne m'agace plus que la modernité pour la modernité, tout comme le passé pour le passé. Nous devons avoir un regard critique sur tout ce qui nous précède et sur tout ce qui vient. Tout doit être passé au crible d’une profonde réflexion et rien ne saurait être bon seulement et uniquement parce que c’est moderne, ou parce que c’est traditionnel.

L'amalgame que tu fais entre mon opposition au mariage homosexuel et le droit des femmes me paraît pour le moins osé. Je ne vois pas en quoi le fait de défendre une certaine conception hétérosexuelle du mariage ferait de moi un misogyne. Cette confusion m'étonne.

Je ne vois pas non plus en quoi je me tromperai sur la définition du mariage laïque. Je n’ai absolument jamais dit qu’il était obligatoire de se marier, ni de faire des enfants, je dis simplement qu’à la base, le mariage, même laïque, est là pour encadrer ce que l’on appelle une famille. Nombre de couples mariés ne veulent pas d’enfants, et alors ? Cela ne me pose évidemment aucun problème. Je n’ai jamais évoqué non plus qu’il y aurait une répartition des rôles entre un homme et une femme qui découlerait de je ne sais quel arbitraire dogme. Je mentionne dans mon article le fait qu’il n’est évidemment pas obligatoire d’être marié pour avoir des enfants, et sincèrement, cela n’est pas un sujet pour moi. Les gens font comme ils veulent et c’est tant mieux.

Tu parles ensuite du fait que nombre de mariage se termine par un divorce. Et que par conséquent nombre d’enfants vivent dans une cellule monoparentale, ce qui suffirait à justifier que de vivre dans une cellule familiale homoparentale ne devrait pas poser de question. Je ne suis pas d’accord avec cela. Car même dans le cadre d’une famille qui a connu une séparation du fait d’un divorce, l’altérité est toujours la règle. L’enfant a bien un papa et une maman, malgré le fait qu’ils les voient par alternance. Son histoire originelle reste la même, c’est-à-dire qu’il est bien le fruit de leur rencontre, même si ses parents se sont désunis. Et l’enfant continue à se développer en ayant un rapport étroit aux deux sexes, fût-il contrarié par la séparation physique de ses parents. Je pense d’ailleurs que les enfants de divorcés souffrent pour la plupart de cette dislocation de leur environnement familial. Il ne me semble donc pas que ce qui reste la plupart du temps un drame dans les histoires affectives et personnelles des gens puissent servir d’argument au mariage homosexuel. On ne peut pas se servir de ce qui échoue, de ce qui génère de la tristesse et des souffrances dans les familles hétéro mariées ou pas pour justifier le mariage homo.

J’ai marié beaucoup de gens depuis que je suis maire, et je pense pouvoir dire que je le fais dans la stricte application de la loi, que je ne me transforme pas en curé le temps de ces cérémonies. J’ai vu passé tout type de gens, certains qui y voient une sorte de transcendance de leur amour, d’autres qui ne le font que pour s’assurer une sécurité mutuelle et cela est tout à fait louable. Ce que je remarque toutefois, c’est que si beaucoup de couples sont bien dans un rejet de la religiosité, dans une forme de condamnation de ce qui pourrait renvoyer à quelconque culte, il n’en reste pas moins que la plupart des couples qui ne veulent pas passer à l’église me demande de rendre leur cérémonie plus solennelle. Ils trouvent que la cérémonie civile est trop dépouillée, trop administrative, trop peu entourée de cette magie que constitue l’amour. Il y a là un paradoxe qui en dit long. Les gens ne veulent plus de religieux, mais demande à ce que leur mariage civil revête le caractère sacré, solennel d’un mariage face à un prêtre.
Encore une fois, le Code Civil ne parle pas d’amour. Le droit n’en a rien à faire de l’amour et heureusement. Imaginons un instant une société qui légiférerait sur l’amour…. Il vise à protéger, à donner des droits, à garantir une situation, et là je te rejoins pleinement.

Je n’ai jamais dit non plus que les enfants de couples non mariés manquaient de repères et évidemment je ne le pense absolument pas. Je connais bon nombre de couples non mariés qui éduquent bien mieux leurs enfants que des couples mariés. Cette extrapolation est totalement infondée. Il n’y a pas dans mon texte une phrase ou un mot qui justifie que tu me fasses passer à ce point pour un intégriste religieux.
Plus grave encore quand tu écris que je confonds amour et relation sexuelle. Je n’ai absolument jamais laissé entendre de telles balivernes. Les gens font ce qu’ils veulent, couchent avec qui ils veulent, qu’ils s’aiment ou pas, je m’en moque. Mais Laisser penser ensuite et je ne vois pas ce que cela vient faire là que je n’aurai aucune considération pour les victimes de viol… est pardonne –moi Stéphane, tout simplement navrant.

Je suis pour l’avortement et le droit des femmes à disposer de leurs corps. En ayant dit cela, j’espère avoir dissipé les intentions que tu me prêtes fort injustement.

On en arrive à la définition de l’altérité. Si je te lis bien, l’altérité, pour toi, c’est l’autre individu. Tu as raison, chacun est un autre. J’évoque pour ma part une altérité plus profonde, celle qui a fondé le monde depuis qu’il est monde, c’est-à-dire l’homme et la femme. Qui sont parfaitement égaux dans leurs différences. Cette altérité primordiale est à mon sens essentielle dans la construction de l’identité d’un enfant. Beaucoup de psys, pas forcément catholiques ou religieux le pensent.

Tu évoques ensuite la notion de genre, et tu m’accuses de défendre une vision encore une fois traditionnaliste de la famille, qui passerait donc par un conditionnement des enfants selon qu’ils sont une fille ou un garçon. Décidément me voilà vraiment réduit à la figure d’un rétrograde sans nom. Je sais qu’il y a une part de féminin et de masculin en chaque être, et là encore, cela n’est pas un sujet pour moi. Si certains hommes se sentent plus femme qu’homme, si certaines femmes se sentent plus masculines que féminines, c’est bien leur droit ! A te lire j’ai l’impression d’être le promoteur d’un modèle machiste ce qui est faux et injurieux car je ne pense sincèrement pas défendre cette vision là des rapports hommes-femmes. J’adore cuisiner et je le fais plus souvent que ma femme car effectivement elle ne passe pas sa journée à attendre que son homme providentiel rentre du travail, je fais les courses au supermarché plus souvent qu’elle, je fais la vaisselle, je passe l’aspirateur, je repasse mes chemises… Et cela me convient parfaitement, mais passons.

Tu dis ensuite que le mariage gay est soutenu par les femmes, les CSP+ et les jeunes, car ceux-ci trouveraient désuet le mariage. Et bien qu’ils ne se marient pas ! Et qu’ils laissent ceux qui y croient le faire encore. Encore une fois je m’étonne de cet argument qui revient à dire que parce que le mariage en général serait un archaïsme honteux, on peut bien le donner aux homosexuels !

Enfin tu termines sur un profond malentendu. Je n’ai jamais dit que la PMA était une commande d’usine pour les couples hétéros qui malheureusement ont des difficultés pour avoir des enfants. Je me suis peut-être mal exprimé et alors je m’en excuse sincèrement ou tu m’as mal compris, mais je considère pour le coup que lorsque les technologies médicales peuvent aider un couple à avoir un enfant, c’est une chose merveilleuse et très heureuse, mais évidemment je le confesse je le dis pour un couple hétéro exclusivement.
Relis-moi bien s’il te plaît. Je réécrirais ce passage s’il prête à confusion sur ce point.
Car ce que j’ai voulu dire, c’est que dans le cadre d’une union homosexuelle, la technologie n’a pas la même finalité : elle n’intervient pas pour remédier à un problème physiologique, mais elle intervient ici pour artificiellement se passer de la reproduction sexuée, c’est-à-dire pour faire un enfant malgré qu’il soit impossible d’en obtenir un entre deux êtres du même sexe. Ce serait le début pour moi d’une forme d’inquiétude quant aux dérives potentielles d’une science qui permettra peut-être un jour de s’affranchir totalement de l’autre, qu’il soit homme ou femme, pour se reproduire. J’ai peur en effet d’un monde qui aura coupé tout lien à sa nature, à sa biologie, qui se sera affranchit de tout pour faire ressembler l’humanité à une espèce de société de robots, qui n’auront plus besoin de l’autre, quel qu’il soit, pour vivre. Ce qui me fait peur, c’est l’eugénisme et les épouvantables dérives qu’on peut imaginer à ce propos, dont on commence à voir les prémices aux Etats-Unis par exemple, ou des banques de sperme proposent de choisir des donneurs sur catalogue parce qu’ils sont blonds aux yeux bleus et cadres dans une grande banque. Oui je l’avoue, ces choses-là m’inquiètent terriblement.

De façon générale, ce que tu contestes, c’est la part de l’héritage judéo-chrétien que je porte, et que plus que cela, que je semble revendiquer. Ton discours voudrait laisser croire que certains vivent en dehors de cet héritage. Tu vis pourtant bien avec une femme, et tu viens d’avoir un heureux événement avec l’arrivée de votre enfant, cela est un modèle bien ancien ! Tu vis sans vouloir le reconnaître tout à fait conformément aux prescriptions religieuses, ton modèle de couple est hétérosexuel, et de votre union est né un enfant ! Serais tu un archaïque qui s’ignore ?
Ce discours est connu, toutefois. Il voudrait faire fi en totalité de notre passé. Je dis simplement, moi, que tout n’est pas à foutre à la poubelle, et que notre morale, notre philosophie toute entière est le fruit de siècles de réflexion, et par là même le fruit aussi de ce que la religion a apporté au débat public, de bon comme de mauvais.
Nous ne nous construisons pas tout seul. Nous sommes le fruit de tout ce qui nous précède et les parents de tout ce qui vient. Vouloir couper ce lien aux choses me paraît être un fantasme dangereux.

Pour conclure, je voudrai simplement dire que je m’attendais à ce genre de critique. Je savais que prendre position sur la question me vaudrait quelques remontrances. Et que je serai caricaturé et réduit à ce que je dénonçais en début d’article, c’est-à-dire à un rétrograde fascisant. Epouvantable terrorisme intellectuel par lequel dès lors qu’on conteste une mesure qui a les apparences de la tolérance, on est d’emblée discrédité.

Merci malgré tout Stéphane d’avoir contribué à ce débat, qui comme tu le dis n’est pas facile. Pour ma part j’aime le débat, raison pour laquelle je souhaite qu’il soit porté par un référendum devant l’ensemble des français. Et j’aime la démocratie, qui est l’expression de la majorité, ce qui signifie que je me plierai au résultat de ce vote, quel qu’il soit. Sache que je ne garde jamais la moindre rancune de désaccords de pensées, car cela est tout à fait vrai, chacun est libre de penser comme il veut. J’espère qu’il en ira de même pour toi.
Je te souhaite plein de bonheur et une excellente continuation.

Écrit par : Gabriel Doublet | 25/10/2012

Bonjour,

Je trouve toujours louable une argumentation réfléchie, posée et non destructrice comme on peut en entendre (trop) souvent de la part des élus UMP et des catholiques fervents défenseurs des "traditions familiales", se reposant sur "le véritable amour" ou sur "la nature" (la nature est pourtant une affaire de science et non de foi religieuse... cette nature qui pourtant entretient l'homosexualité depuis des millénaires, à travers le globe entier et les différentes civilisations).

J'ai bien lu votre texte et je pense bien avoir saisi votre utilisation du mot altérité. Pourtant je ne vois qu'une nuance d'effet assez faiblarde entre l'adoption d'un enfant par un couple hétérosexuel et l'adoption par un couple homosexuel (trop faiblarde, sans doute, pour aller jusqu'à interdire la parentalité à presque 10% de la population). Les deux doivent justifier à un moment ou un autre, des origines de l'enfant, devant lui. Il n'est nul question de "cacher" certaines informations, comme le sous-entend votre texte ().

Vous dites : "J’ai peur en effet d’un monde qui aura coupé tout lien à sa nature, à sa biologie, qui se sera affranchit de tout pour faire ressembler l’humanité à une espèce de société de robots, qui n’auront plus besoin de l’autre"... N'ayez pas si peur, car on a toujours besoin d'être deux pour aimer. Je ne peux pas me dispenser d'autrui pour cela.

Or, vous le dites vous même : l'amour entre deux êtres ne peut pas être jugé qualitativement par autrui, encore moins sur des critères de préférences sexuelles. La passion qui anime deux garçons ou deux filles qui s'aiment peut être aussi forte, aussi grande, aussi sincère que l'amour hétérosexuel.

Or ce qui fait la qualité d'une éducation, c'est d'une part cet amour, partagé au sein d'une famille, et d'autre part la communication : il n'est pas plus question, dans un cas comme dans l'autre, de mentir à l'enfant, de nier son origine, que ce soit sur des aspects régionaux, sociaux ou hétérosexuels, de l'enfermer dans sa chambre, de l'empêcher de voir ses ami(e)s, et les parents de ses ami(e)s, les ami(e)s de ses parents, sa maitresse ou son instituteur, bref toutes ces références qui construisent l'enfant de son plus jeune âge jusqu'à la fin de l'adolescence... Il n'est pas non plus question de l'empêcher de regarder TITANIC ou LES CHANSONS D'AMOUR... que ses parents d'adoption soient deux hommes, deux femmes ou un homme et une femme.

Si l'enfant est choyé et éduqué normalement, dans l'amour véritable, il y a peu de chances qu'il passe 18 ans de sa vie à se poser d'interminables questions existentielles sur le fait qu'il ait été conçu grâce à telles techniques médicales ou par un géniteur qui l'a confié à un couple aimant... en tout cas pas plus dans un foyer composé de parents du même sexe que dans un autre.

Encore une fois, la qualité d'une éducation c'est l'amour partagé et la quantité de clefs qui seront données à l'enfant pour se construire et s'assumer en tant qu'individu une fois la majorité atteinte. Refuser cette capacité à un couple homosexuel relève, malgré toutes vos précautions introductives, d'un a priori plutôt mesquin et prétentieux envers une partie de la population mondiale. Vous seriez plus apte à élever un enfant que moi. Ah bon.

Vous dites : "Il faut en effet penser au devenir de ces enfants, à ce qu'ils pourront raconter de leur filiation, de leur "histoire originelle" comme disent les psys, de ce qui les a fondés en tant qu'individus."... Il y a pourtant de nombreux témoignages d'enfants qui n'ont absolument pas été traumatisés par cet aveu incroyable d'être élevé par deux hommes ou deux femmes. Si cela est si terrible, c'est probablement qu'il n'a pas été confronté, comme il le faudrait, à ce que la nature promet et permet sur cette Terre. Différentes religions, différentes couleurs de peau, différentes préférences sexuelles... tout cela peut s'apprendre dès le plus jeune âge. Et si l'enfant élevé par un couple homo entend des injures, ce n'est pas les parents homos qu'il faut punir mais les parents hétéros qui n'ont pas eu la présence d'esprit d'éduquer leur enfant sur ce sujet.

Comme je crois que vous n'avez pas passé votre enfance à imaginer ce que faisait votre mère avec votre père au lit, que vous aussi vous avez été amoureux de votre maitresse ou de votre prof de biologie au collège, vous avez été capable de trouver vos modèles dans la vie de tous les jours... pas uniquement à l'intérieur de votre chambre. Non, les névroses et les dangers viennent d'ailleurs : de l'amour dissous et éprouvé devant l'enfant, de la violence conjugale, du bain d'ignorance dans lequel l'enfant peut être plongé tout au long de son éducation... Tout cela n'est pas lié à la forme des sexes des deux parents.

"Ils ont le droit de vivre leur différence" : je crois qu'on veut surtout vivre notre égalité.

Bien à vous.

Écrit par : Julien L. | 06/11/2012

A réécouter à 11'30" dans le journal de 7h aujourd'hui: Olivier Douville, psychanalyste et anthropologue à l'Université de Paris Ouest nous dit l'absence de troubles spécifiques observés chez les enfants élevés dans des familles homoparentales, et commente sur cette étrange anthropologie (religieuse) qui refuse de constater qu'il y a une façon plurielle d'organiser la famille. http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4531153

Écrit par : Julien L. | 07/11/2012

Merci Julien L. pour votre contribution au débat.

En effet, je m'oppose moi aussi aux scandaleuses déclarations homophobes de certains comme je m’oppose également à ceux qui traitent d’homophobes tout adversaire du mariage gay car je pense que le débat, fût-il complexe et passionné, est possible.
Je vous réponds sur quelques points :
Vous dîtes : "la nature entretient l'homosexualité". Je vous rejoins sur le fait qu'en effet, dans la nature, certains animaux adoptent des comportements homosexuels. Chez les êtres humains l’homosexualité a existé de tout temps et existera de tout temps. Elle a donc un caractère naturel, elle aussi. Néanmoins, c'est bien l'hétérosexualité même cantonnée à ses pures fonctions reproductrices qui au niveau de la nature permet le renouvellement des générations.
Autrement dit, si toutes les formes d’amour et d’union sont bien entendu possibles, libres et reconnues, la reproduction n’est possible qu’avec la rencontre de deux sexes différents. Il y a donc à faire un distingo entre le vivre en couple qui est multiforme et la procréation qui nécessite un homme et une femme, ou plus exactement la rencontre de gamètes mâles et femelles.
La nouveauté pour le genre humain (qui appartient à cette nature) c'est que l'évolution des mœurs et la technologie le mettent en capacité de s'affranchir du modèle de couple hétérosexuel pour concevoir des enfants, via les PMA, les dons de sperme et les mères porteuses. Il s’agit donc d’une certaine façon d’un artifice, je veux dire par là que pour concevoir un enfant, les homosexuels peuvent recourir à un homme ou à une femme extérieurs au couple qui vont apporter l’altérité sexuelle nécessaire à la reproduction.
Cela se pratique déjà, y compris chez les hétéros qui ne peuvent pas avoir d’enfants. Mais je le répète, dans ce cadre hétéro, la technologie est au service du modèle de couple hétérosexuel pour remédier à une problématique d’ordre physiologique. La technologie ici donne « un coup de pouce ». Dans le cadre homosexuel, la technologie sert à remédier à une problématique d’un autre ordre, puisqu’il n’est pas techniquement possible de concevoir un enfant entre deux hommes ou deux femmes. Il ne s’agit plus d’un coup de pouce, mais plutôt d’un moyen de contourner ce que la nature ne permet pas. Or et c’est là le cœur du débat, après tout, pourquoi ne pas accepter cela ? La technologie dans bien d’autres domaines permet de contourner la nature et ses lois qui sont parfois impitoyables.
C’est là je pense que vient la question de l’altérité. Vous évoquez l’avis d’un psy qui ne trouve rien à redire à l’homoparentalité, on pourra trouver sans souci une étude qui dira le contraire. A la vérité, je pense effectivement que tous les experts du monde pourront en dire ce qu’ils veulent, c’est un choix de société, de civilisation, même, que nous avons à faire. Autrement dit, cela en appelle à la conscience de chacun, et il n’y a pas je pense ou très peu de vérités scientifiques en cette matière. Certains au nom de la morale hurleront CONTREle mariage pour tous, d’autres, au nom de la morale aussi hurleront POUR le mariage pour tous….
Concernant l’adoption, la nuance que vous estimez faiblarde et qui ne l’est pas du tout à mon sens, c’est que précisément, des adoptants hétérosexuels constituent, même si ils n’ont pas de liens biologiques avec l’enfant, un cadre et un modèle basé sur l’altérité fondamentale représentée par une femme et un homme. C’est la question de l’altérité homme femme qui fonde cette nuance entre des adoptants hétéros et homos.
Vous parlez également beaucoup d’amour. Je sais très bien que les hétéros comme les homos sont capables d’amour, d'ailleurs de haine, aussi, la question n’est pas là… L’amour évidemment est essentiel mais l’amour ne résout pas l’absence d’altérité et l’éducation ce n’est pas que de l’amour. Comptent aussi les modèles anthropologiques et psychologiques avec lesquels ou contre lesquels se construisent les enfants.
Je déduis de ce que vous dîtes ensuite que le modèle hétérosexuel n’est pas utile, dans la mesure où la confrontation dans la vie de tous les jours à des femmes ou des hommes remédierait à l’absence d’altérité fondamentale dans le couple homosexuel. Ce que vous affirmez revient ni plus ni moins à dire que l’enfant n’a donc pas besoin d’un père et d’une mère pour se construire.
Vous utilisez la formule étrange d’ « amour véritable » qui résoudrait tout… Je ne sais pas que répondre à cette affirmation bardée de bonnes intentions et néanmoins on ne peut plus vague.
Je n’ai pas dit que je suis plus apte que vous à être parent. Je dis que les couples hétéros, fussent-ils les pires abrutis que la terre ait portée, offrent malgré tout à l’enfant le cadre de l’altérité fondamentale, ce qui ne pourra jamais être le cas chez les homos. Et cette première chose offerte aux enfants est pour moi essentielle. C’est le cœur de ce qui nous sépare en effet, car pour vous Julien cette altérité première est inutile. Pour vous probablement la notion de genre est absurde et pour moi elle ne l’est pas.
Peut-être avez-vous raison, je ne prétends pas détenir la vérité. Mais l’inquiétude qui est la mienne à ce sujet ne me permet pas en l’état de soutenir l’initiative du mariage pour tous.
Je prône donc un PACS renforcé, mais je reste hautement dubitatif quant à l’homoparentalité, sans la condamner définitivement, puisque je connais des homosexuels, homme ou femme, qui visiblement éduquent très bien leurs enfants. Je ne sais pas en effet ce qui éventuellement pourrait leur manquer. Mais si ce manque existe où tant qu’il n’est pas prouvé que ce manque n’existe pas, alors je réclame le droit de m’interroger.

Bien à vous,

Gabriel

Écrit par : Gabriel Doublet | 07/11/2012

Cher Gabriel,

Une petite nuance à l'interprétation de mes propos : je n'ai jamais dit (en tout cas voulu dire) que cette "altérité" (qui est pour vous s'avère plus importante que des parents qui ne se frappent pas devant leur enfant, car "condition première") était totalement inutile. Oui le modèle hétérosexuel est important au sens où l'enfant apprend ce qui fait la particularité d'un homme et celle d'une femme, il a le choix entre deux modèles de la nature qui proposent des versions différentes de sexualité et, dit-on, de pensée. Mais comme je l'ai précisé, ce modèle est partout ! Il n'est absolument pas question d'enfermer un enfant dans sa maison et de l'élever en autarcie : les hommes et les femmes sont dans la rue, dans les écoles, dans les familles (pour peu que l'enfant puisse en faire partie grâce à cette loi)... à tous les âges et de tous les âges. Surtout que l'enfant passe plus de temps, de nos jours, avec ses camarades, ses instituteurs/trices et ses babysitters que ses propres parents. Sans exagérer, simplement, un enfant n'est depuis très longtemps plus élevé uniquement par ses propres parents. Si j'adoptais un enfant un jour, je veillerai évidemment à ce que ces modèles ne disparaissent pas de sa vie, qu'il ne soit pas entourés uniquement d'hommes !

Mais, j'ai envie de dire, l'ouverture en général, à tous les sexes et toutes les sexualités (lorsque l'enfant est en âge de l'assimiler), à toutes les couleurs de peau, à toutes les fois et les religions différentes, ... tout cela est à mes yeux tout aussi important, et suppose que l'enfant n'est pas élevé en autarcie, dans la peur d'autrui, dans la haine de la "différence". Cela s'applique aussi dans le cadre d'un couple hétéro !

J'ai passé l'été sur un tournage de film, le rôle principal était tenu par un enfant de 9 ans dont le père a tenté de tuer la mère devant ses yeux. La mère élève (très mal) ses deux enfants seule, érigés au rang de futurs stars. Elle leur fait l'école à la maison. L'enfant nous a dit ne pas avoir d'amis. Ce fut une nouveauté pour lui (mal vécue au début) de fréquenter ses doublures, c'est-à-dire des enfants de son âge.

Ce qui est très contestable dans votre conclusion (même si j'entends vos arguments et vos craintes), c'est que moi (et je ne parle même pas de PMA, technique effectivement à discuter, et qui n'est pas dans le projet de loi de C. Taubira) je n'ai pas le DROIT républicain d'adopter un enfant orphelin même si, probablement, je l'élèverai mieux que cette femme, dans une liberté, une paix, une stabilité bien plus grande. Vous allez me dire que ce que cette mère fait est contestable, c'est évident, mais ce qui est moins évident c'est qu'elle ait le DROIT, la liberté de pouvoir le faire, de pouvoir détruire l'avenir de ses enfants bien qu'ils proviennent de son utérus et qu'ils aient pu être des témoins (fâcheux) de votre chère "altérité".

Ce qui me titille, pour finir, sur votre "altérité", c'est que cet "équilibre" et cette "normalité"... c'est concrètement encore un peu l'image de 'maman au foyer' et 'papa travaille'. En d'autres termes, une vision un peu vieillotte et machiste, héritée inconsciemment de nos grands-parents et venant tout droit d'une époque où il était choquant et inconvenant que la femme puisse voter. Parmi ces clichés, la femme serait douce, calme et tendre, l'homme serait fort, protecteur et autoritaire. Le "parfait cocktail". Or c'est un cocktail de tempéraments complémentaires qui existe par nature au coeur de chaque couple (hétéro ou homo). Aucun enfant ne trouve ses repères entre le vagin de sa mère et le pénis de son père... mais entre deux pôles de tempéraments différents. Sauf que la société suppose que l'homme n'est pas doux sinon c'est une chochotte et la femme n'est pas autoritaire sinon c'est une camioneuse... donc deux chochottes ou deux camioneuses, ce n'est pas un bon équilibre. Voilà le fond des pensées. Je ne vous accuse pas d'être macho, j'imagine réellement que non, mais notre société l'est intrinsèquement, nous avons été éduqués, nos parents l'ont été, dans ce schéma, même inconsciemment. C'est ce schéma que, très probablement, ont du mal à remettre en question.

Oui je crois à l'altérité car elle existe. On ne mentira pas aux enfants en leur disant que l'homme et la femme sont pareils. Un enfant est intelligent : il nous regardera en écarquillant les yeux, voire en nous riant au nez et il aura raison. Je veux simplement vous faire réfléchir à l'idée que, non, cette altérité pleine de nuances et de contre-vérités, ne serait absolument pas annihilée : elle passerait par d'autres vecteurs, mais elle existerait très largement, dans toute sa naturelle pluralité.

Bien à vous.

Écrit par : Julien L. | 08/11/2012

Avec les mots de Virginie Despentes...

http://www.tetu.com/actualites/france/virginie-despentes-repond-a-lionel-jospin-et-aux-anti-mariage-pour-tous-22503

Écrit par : Julien L. | 13/11/2012

Avec les mots de Elisabeth Roudinesco (Audition de la Commission des lois à propos du mariage pour tous)...

http://jlecat.free.fr/auditionmariage.html
(une vidéo facebook que je tente d'obtenir sur d'autres supports)

Écrit par : Julien L. | 19/11/2012

Et enfin, avec les mots des intéressés eux-mêmes, les premiers qui devraient avoir la parole !

http://enfantsdhomos.tumblr.com/post/36346577664/contre-lutilisation-de-lenfant-comme-argument

Écrit par : Julien L. | 23/11/2012

Bonjour Gabriel,

A l'heure où le gouvernement modifie les scrutins (scrutin cantonal par exemple) où des lois sont votées pour amener l'équilibre homme-femme dans les conseils (politique ou privé) de façon à ce que cet équilibre permette un meilleur fonctionnement des institutions ou des entreprises.
L'apologie de la mixité pour mieux fonctionner en tout, oui j'y crois, je pense que ce sera efficace, mais...

En tout non, le mariage lui fait le chemin inverse, ce qui est prôné pour tout (l'équilibre des sexes) ne l'est pas pour lui, il n'aura plus forcement droit à la parité!

Écrit par : Grégoire | 04/12/2012

Le mariage (bien qu'il ait trop longtemps, et par tradition, été forcé et violé !) est avant tout, fondé sur l'amour et non sur le sexe. LA question qui est posée à la fois au cours d'un mariage civil et d'un mariage religieux est celle de l'opposition : y a-t-il quelqu'un qui s'y oppose ? Le sens de cette question est simple : l'amour entre ces deux êtres vivants est-il véritable et partagé ? C'est le fondement, la base, le principe immuable du mariage. Que le couple porte un pénis d'un côté et un vagin de l'autre n'a jamais garanti ni aucun réciprocité, ni aucun engagement passionnel. Je ne dis pas que les hétérosexuels ont depuis belle lurette "ruiné" le mariage, ce serait stupide de le prétendre, mais il faut reconnaître que l'amour n'est effectivement pas toujours, hélas, le critère numéro un : argent, pouvoir, sexisme, nationalité... les enjeux peuvent être, hélas, tout autres. Or dans un couple homosexuel qui désire construire une vie ensemble, partager un foyer avec les mêmes droits et les mêmes devoirs, rien ne dit que l'amour soit plus accessoire que dans un couple hétérosexuel. Par pitié, sauvez le mariage en permettant à tous les amoureux de s'unir devant témoins, devant un Maire, devant la République, devant la vie. Merci.

Écrit par : Julien L. | 05/12/2012

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