Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/11/2012

discours du 11 novembre 2012

 

Monsieur le Curé,

Mesdames et Messieurs les anciens combattants,

Mesdames et Messieurs les victimes de toutes les guerres et leurs portes drapeaux,

Mesdames et messieurs les membres du conseil municipal,

Mesdames et Messieurs les professeurs des écoles,

Mesdames et messieurs, 

Chers enfants, chers amis,

Merci infiniment à tous d’être là.

En ce jour je souhaite que notre première pensée aille à notre ami Georges Favre, Président de la section des anciens combattants de Saint-Cergues, qui nous a quitté il y a peu. Il aimait ces cérémonies, il y tenait comme à la prunelle de ses yeux parce qu’elles permettent de faire vivre ceux que la guerre a emporté, parce qu’elles rendent hommage à ceux qui ont combattu, qui ont tout donné à leurs pays, parce qu’elles permettent de comprendre, d’analyser, et d’apprendre des drames, des erreurs et des réussites de notre passé. Georges fût un grand Président des anciens combattants, un homme de parole, de cœur, généreux et bienveillant, qui mettait le devoir de mémoire au-dessus de tout, en témoignent les voyages qu’il a organisé dans certains hauts lieux du souvenir. Il nous manque à tous, et nous disons toute notre amitié à son épouse et à sa famille.

Je souhaite lui dédier ces quelques mots, et lui dire un immense merci, pour son action, qu’il a menée avec enthousiasme. Nous lui rendrons le meilleur des hommages en perpétuant sans relâche cette flamme du souvenir à laquelle il tenait tant.

Je veux saluer également le nouveau Président des anciens combattants, Louis Vuilloud, notre ancien maire, qui a repris le flambeau après cette bien douloureuse disparition, et je le remercie chaleureusement lui aussi d’avoir accepté cette fonction, dans un moment pourtant difficile pour toute la section et pour tout le village.

Vous savez tous combien ces journées du souvenir sont en effet importantes, à plus forte raison dans une société sans doute trop confortable qui ne veut plus s’embarrasser avec son passé, qui a tendance à oublier quels sacrifices ont été nécessaires pour que la paix s’installe durablement en nos contrées, pour que tous nous puissions jouir de ce bien précieux qu’est la liberté, pour que nous n’ayons plus, nous, les générations suivantes, à connaître les horreurs de la guerre.

La guerre de 14 -18 résonne d’une intensité particulière parmi nos commémorations, car elle a en effet marqué un épouvantable tournant dans ce que l’homme a pu imaginer et concevoir pour s’autodétruire. Jamais jusqu’alors on n’avait vu à ce point la technologie, l’industrie, la science se mettre au service de l’extermination des hommes.

L’acier, le feu, les gaz mortels, la mitraille, un peu comme si tous les éléments de la terre furent convoqués pour anéantir la chair. Jamais le monde n’avait encore vu de telles atrocités, une telle quantité de tués, de blessés, de mutilés, de « gueules cassées ».

Pas une ville ni un village de France ne furent épargnés, en atteste ces monuments aux morts, disséminés sur l’ensemble de notre territoire, vibrants témoignages des souffrances et du sacrifice de tout un peuple. Ici même nous pouvons lire les noms des malheureux tombés au combat, et ces noms sont gravés dans la pierre pour que nous n’oubliions jamais ce qu’ils ont enduré.

Et parce que comme l’écrit  Peter Diener, « La mémoire pour moi c'est comme l'oxygène pour les poumons. C'est la vie. La vie présente n'existe pas sans le passé. », notre rôle à nous c’est de proclamer cette histoire pour que leurs souvenirs éclairent nos existences. Cette histoire il faut la rendre vivante.

Je veux donc donner la parole aujourd’hui à des hommes qui ne sont plus, qui ont vécu la grande guerre et ont laissé des témoignages écrits qui en disent beaucoup plus que n’importe quel discours.

 

Ecoutons d’abord celui d’Etienne Tanty :

17 mars 1915. "Tout, tout est fait pour décourager. La terre est semée de trous de percutants, les arbustes sont déchiquetés de balles de shrapnels; des morceaux de marmite traînent ça et là; un vieux bonnet de police en lambeaux, du fumier, des bouts de pain, un gros os de boeuf encore plein de viande et rouge, ça traîne pêle-mêle dans les trous. Là, 3 ou 4 poilus lisent un journal, où il n'est que de bombardements, de charges à la baïonnette, de cadavres boches, de tranchées sautant par l'effet du miraculeux 75, que sais-je? Toujours la boucherie, enfin! Toujours la mort, le charcutage, la viande humaine. D'autres regardent un journal illustré: un boche mort de froid dans une tranchée; une tête d'officier cité à l'ordre du jour, des cadavres qu'on jette en tas dans une fosse; le tout accompagné d'une prose de journaliste qui insiste sur ces choses avec admiration. Ailleurs, ce sont des poilus qui conversent, et leurs conversations, leurs plaisanteries, toujours les mêmes sont écœurantes; on se croirait au milieu de malades d'un coin de clinique très spécial de Sainte-Anne.

Je ne vois pas en effet comment on peut mieux souligner la violence des combats et les terribles conditions de vie des soldats, ni comment on peut mieux dire l’absurdité et la folie d’un tel conflit qui a littéralement dévoré les hommes de toutes nations.

Ecoutons maintenant celui d’Eugène Poézévara qui avait dix-huit ans en 1914 :

 

Chers parents (…)

Le 9, à 10 heures du matin on faisait une attaque terrible dans la plaine de Woëvre. Nous y laissons trois quarts de la compagnie, il nous est impossible de nous replier sur nos lignes ; nous restons dans l’eau trente-six heures sans pouvoir lever la tête ; dans la nuit du 10, nous reculons à 1 km de Dieppe ; nous passons la dernière nuit de guerre le matin au petit jour puisque le reste de nous autres est évacué ; on ne peut plus se tenir sur nos jambes ; j’ai le pied gauche noir comme du charbon et tout le corps tout violet ; il est grand temps qu’il vienne une décision, où tout le monde reste dans les marais, les brancardiers ne pouvant plus marcher car le Boche tire toujours ; la plaine est plate comme un billard.

A 9 heures du matin, le 11, on vient nous avertir que tout est signé et que cela finit à 11 heures, deux heures qui parurent durer des jours entiers.

Enfin, 11 heures arrivent ; d’un seul coup, tout s’arrête, c’est incroyable.

Nous attendons 2 heures ; tout est bien fini…

 

Ce que ces hommes ont vécu est tellement incroyable qu’eux-mêmes ont du mal à réaliser la fin d’une guerre qui a duré quatre interminables années et a couté la vie à 18 millions d’êtres humains de par le monde et en a mutilé plus de 20 millions d’autres. Parce que l’homme d’une certaine façon s’habitue à tout, même au pire, et qu’il faut du temps pour réapprendre la vie, l’amour, la joie, après pareilles épreuves.

Tellement incroyable que tout le monde, après ce carnage a pu clamer le cœur bien haut que « c’était la der des ders ». L’histoire nous le savons ne donnera malheureusement pas raison à cette noble espérance. Et le second conflit mondial qui s’en est suivi sera malheureusement plus dévastateur encore, assassinant les rêves d’une Europe qui avait pourtant retrouvé à bien des égards ses lumières pendant l’entre-deux guerres.

Alors sans angélisme, sans cynisme non plus, soyons lucides et vigilants et comprenons bien sur quelles braises encore chaudes nous sommes assis. Car la guerre est potentiellement en nous, en chaque instant, il faut en dénoncer les atrocités pour que vous les enfants, qui êtes là avec nous aujourd’hui n’ayez jamais à connaître tels drames.

Commentaires

Bonjour,

Et cette année, de nouveau le 11 novembre; et je rêve qu'un Maire ose parler de la Guerre autrement...
Qu'un Maire parle des mères... du dernier cri du soldat : Maman !

Extrait du roman La main coupée, de Blaise Cendrars qui concerne cet autre regard sur la guerre, est accessible sur ce lien :
http://www.conseilmunicipal.org/article-discours-du-maire-11-novembre-idee-de-87560047.html

Écrit par : Elue Opposition | 30/10/2013

Bonsoir j'ai évoqué les appels désespères des poilus à leurs mères avant leurs derniers souffles dans un ancien discours. Vous avez raison c'est très émouvant et nous rappelle combien la guerre écrase, détruit tout jusqu'à transformer les vigoureux soldats en petits enfants terrasses de peur, que l étreinte d'une mère seul pourrait apaiser.

Écrit par : Gabriel DOublet | 30/10/2013

Les commentaires sont fermés.