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25/01/2013

Se mettre a être fier de notre territoire ! (intervention cérémonie des voeux d'Annemasse Agglo)

 

Bien chers tous,

Vous l’avez vu dans ce petit film, notre territoire a de solides atouts, et l’exposition de photos ci devant démontre si l’en est la beauté des paysages de notre agglo et la qualité de ses espaces naturels et de loisirs. Le lien est tout trouvé avec ce dont je souhaitais vous parler ce soir.

En effet je vous l’ai dit tout à l’heure en préambule, nous allons évoquer ensemble une démarche un peu particulière.

Cette démarche, c’est celle du marketing territorial. Je sais que parmi vous certains vont bondir, imaginant déjà que notre agglomération va se lancer dans une campagne publicitaire outrancière, à la manière dont les poissonniers haranguent le chaland,  à la manière dont on vend, à grands renforts d’études de marché quelques babioles dont personne n’a pourtant besoin.

Moi-même, lorsque j’ai entendu parler pour la première fois de ce type de démarche, j’ai instinctivement pensé qu’il y avait forcément là-dedans quelque chose de putassier, d’un peu bling-bling, comme on dit, qui allait nous forcer à nous travestir et à exagérer nos atouts, pour nous « vendre » à on ne sait qui…

Mais, peut-être comme vous ce soir, je n’avais pressenti que les éternels préjugés dont on affuble le terme de marketing, qui renvoie systématiquement à quelque chose de l’ordre de la guerre économique, de la concurrence excessive, voire de la publicité mensongère.

En effet, au mot marketing est accolé le mot TERRITORIAL. Et du coup, c’est un marketing particulier que voilà. Un marketing au service du territoire. Bref, un marketing dont le but est de promouvoir le territoire.

Et pour faire la promotion de quelque chose, il faut bien entendu en connaître les contours, les forces, les faiblesses, bref, il faut se livrer avec lucidité à un diagnostic, à un constat primordial sur lequel reposent les bases de notre travail à venir. Je le répète, un constat lucide, ce qui veut dire sans angélisme, mais sans cynisme non plus.

Lancé par l’Agglo, L’office du tourisme et la Maison de l’économie et du développement, cette démarche, qui s’inspire des exemples de nombreuses agglomérations telles que LYON, Montpellier, Poitiers, vise en effet à améliorer l’image d’un territoire, tout d’abord par rapport aux perceptions qu’en ont ses propres habitants, ensuite à l’égard de l’extérieur, par rapport à ses voisins, à sa région, à son pays pourquoi pas. Car nous savons tous que de l’image véhiculée dépend l’attractivité et donc la réussite d’un territoire.

A ce moment, on comprend assez rapidement qu’il ne pourrait suffire de décider qu’on est formidables et qu’il n’y aurait qu’à le hurler du matin au soir. A ce moment-là au contraire on comprend qu’il faut s’interroger, en profondeur, sur la réalité de notre territoire, sur ce que nos habitants en pensent, sur ce que l’extérieur en pense, sur les enjeux qui sont les nôtres, sur nos atouts, nos faiblesses, nos projets et leur avenir. Et dès lors on quitte le jargon strictement économique auquel renvoie le terme de marketing. Au contraire, on plonge dans le sentiment, dans l’amour ou le désamour que peut inspirer une région, on se demande, tout simplement d’où l’on vient, qui l’on est et où l’on va, on se pose les fameuses questions existentielles, et en d’autres termes, on quitte le marketing pour embrasser quelque peu la psychanalyse… C’est finalement un peu une sorte de quête identitaire, ce marketing territorial…

Et l’exercice est passionnant. Pour ce faire, une réflexion intense a débuté parmi les services des institutions qui ont lancé la démarche, mais aussi parmi les conseils municipaux que nous avons rencontrés. Nous avons sondé des habitants, nous avons aussi réuni différents collèges de personnalités considérées comme des acteurs majeurs de notre territoire, dans le domaine culturel, dans le domaine économique, touristique, pour entendre ce qu’ils avaient à nous dire de cette région dans laquelle ils travaillent et participent pleinement au développement. Car la démarche a également ceci de particulier qu’elle ne s’encombre pas de savoir si l’on appartient au public ou au privé, au contraire la démarche en effet est largement partenariale, transversale, elle se veut fédératrice et entend réunir toutes les forces vives qui partagent une même vision et une même ambition et s’emploient avec vigueur à rendre plus attractif et plus qualitatif un territoire.

Lors de ces échanges nous avons constaté plusieurs choses tout à fait remarquables. 

La première de toute c’est que notre territoire souffrait d’un déficit d’image, de nombreux clichés ont encore la dent dure, en effet, ce qui bien sûr nous fait du tort. La ville centre n’a certes pas un cœur historique comme Annecy, par exemple, nous n’avons pas non plus de grands lacs, ni de stations thermales ou de montagne, certains de nos habitants mettent peu les pieds en ville abondant les préjugés dont on affuble malheureusement injustement certains quartiers… Nous serions pour certains des cités dortoirs, engorgées par les voitures et peuplées de travailleurs frontaliers qui n’auraient cure de l’endroit où ils vivent… Nous ne serions qu’un vaste supermarché pour nos amis suisses… Nous serions condamnés à survivre dans l’ombre de Genève, mangeant les miettes que celle-ci consentirait à nous abandonner…

Et le paradoxe, bien sûr, dans tout cela, c’est que les mêmes qui tiennent de tels propos disent ne pas vouloir pour autant quitter ce territoire, bien au contraire. 

Parce qu’au-delà de ces clichés, il y a une qualité de vie et des avantages comparatifs indéniables. 

Le premier de tous étant sans doute l’exceptionnel dynamisme économique de la région, dont Genève est la locomotive, qui résiste mieux qu’ailleurs à la crise. Nul doute que cet atout essentiel est la première de nos forces. Même si naturellement ce dynamisme, s’il n’est pas maîtrisé, peut également générer des nuisances voire des difficultés en matière de logement ou de mobilité par exemple. Même si ce dynamisme se fait principalement sur le développement commercial, au détriment parfois de l’économie de production, en d’autres termes l’industrie, qui est en recul malheureusement partout, et qui nécessite beaucoup de volontarisme pour la préserver et essayer de la développer. C’est dans ce sens d’ailleurs qu’une réflexion est menée, avec la Med et le service économie de l’Agglo, démarche qui nourrit pleinement celle du marketing territorial.

L’autre fait marquant, c’est qu’au-delà de ce problème d’image, il y a également un déficit de connaissance quant à ce qui existe et fonctionne pourtant très bien chez nous. Partout sur notre territoire, il y a en effet de nombreuses petites pépites, comme d’excellents lieux de culture par exemple, je pense entres autres à Château rouge, à la villa du parc, à ce que la commune de Lucinges a fait autour du livre d’artistes, au cinéma d’art et d’essai de la MJC centre, il y a un nombre considérables d’événements culturels et populaires, d’activités associatives d’une grande diversité, ainsi également qu’un nombre important de commerces de qualité, comme d’excellents restaurants aussi...  Je ne vais bien sûr pas tout lister mais juste dire que parfois on ne se rend pas compte de la très grande qualité de ce qui existe déjà… et lorsqu’on se livre à ce travail d’inventaire, de diagnostic, on réalise qu’on a pas à rougir, qu’on a pas à se sentir dévalorisé… Il y aura donc au préalable un important travail de faire-savoir… Ce qu’en tant qu’agglo nous faisons via le bulletin intercommunal entres autres, et ce que l’OT fait également, tout au long de l’année en relayant les événements et activités proposées dans notre région. 

Car ce qui nous caractérise aussi malheureusement très bien, et on en revient à la psychanalyse, et vous me pardonnerez pour ces propos un peu personnels, c’est que peut-être nous souffrons d’un certain complexe d’infériorité, par rapport à Genève, en premier lieu, par rapport à Annecy, ensuite, et peut-être par rapport aux autres intercommunalités en général.... Pourtant, bien que l’Agglo ne compte que 80 000 habitants entre guillemets, c’est un territoire qui de par ses spécificités géographiques et donc par la proximité de la Suisse connaît des problématiques qui correspondent plutôt à celles d’agglomération de 500 000… Il faut donc répondre à ces besoins spécifiques. Tout cela n’est pas un luxe, les grands équipements structurants et infrastructures à venir ne sont que ce que la nécessité commande. Il n’y a pas lieu de fanfaronner, cela est clair, mais il n’y a pas lieu non plus de tomber dans une sorte de modestie honteuse. Nous devons assumer nos ambitions, qui ne sont pas de la grandiloquence ou de l’ostentation mal placée, mais la traduction des besoins qui se font jour ici, chez nous, et qui sont conséquents c’est vrai.

De la même manière, nous pouvons transformer ce prétendu lien de vassalité à Genève en force en se positionnant dans sa complémentarité. C’est exactement ainsi que s’inscrit l’action de la Cité de la solidarité internationale, qui profite de l’existence de la Genève internationale en permettant à des ONG de siéger ici, à proximité des OI basés en Suisse. C’est pour cette raison notamment que notre territoire se positionne pour accueillir un événement international majeur, sous l’égide des Nations Unies et plus particulièrement de l’UNITAR, dont la thématique sera axée sur les partenariats publics privés dans le développement durable, et permettra peut-être à notre région de se faire un nom à l’image de DAVOS ou PORTO ALLEGRE, toute proportion gardée…. C’est exactement ainsi aussi que l’office du tourisme nous définit à juste titre comme partie prenante du Grand Genève, pour y développer le tourisme d’affaires, en complémentarité, encore une fois, avec notre grande sœur helvétique. C’est dans cette optique encore que verra le jour, nous l’espérons, une école transfrontalière d’infirmière, sur le site de l’ex-hôpital.

Alors oui, c’est vrai, nous n’avons pas le lac Léman, pas le lac d’Annecy… Mais nous avons tout de même le lac de Machilly…. Au-delà de la plaisanterie, il est tout à fait vrai que notre agglomération offre de superbes paysages, du Salève aux Voirons, comme l’illustrent ces photos… qu’elle compte de nombreux itinéraires de promenade et sites remarquables… Oui, nous n’avons pas les sommets alpins, les stations de ski à la mode, les stations thermales, oui, nous ne sommes pas une grande ville telle que Genève, mais nous sommes à la croisée de tous les chemins qui y mènent ! Et cette situation géographique est un atout stratégique majeur. Car en s’inscrivant dans la complémentarité de ces régions voisines et amies et en y additionnant les spécificités que nous avons à proposer, il y a de quoi faire vivre et se développer un beau projet de territoire.

Et puis peut-être que plus profondément, ce qu’il y a de plus passionnant ici, c’est qu’assez largement nous sommes encore en construction, en devenir. D’autres territoires sont déjà très structurés et déjà presque un peu figés, comme muséifiés… Ce n’est pas notre cas, notre agglomération est jeune, notre territoire regorge de projets d’envergure, et du coup devient un lieu d’expérimentation, une terre d’opportunités et d’avenir.

En effet, comme je vous le disais, notre Agglo est encore jeune et son identité est encore floue, à bien des égards. Mais cette agglomération a de nombreuses compétences, et surtout, elle porte ou participe activement à de très grands projets, comme le CEVA, le tram, BHNS, le projet Etoile gare, le futur centre aquatique, la CSI, et j’en passe… Dans les communes également, les centre bourgs se confortent et se développent… Autant de projets structurants, qui répondront aux enjeux qui sont les nôtres, autant de projets qui vont durablement changer notre visage et notre façon de vivre ce territoire et qui nécessitent donc une abondante pédagogie.

Et le Marketing territorial, face à tout cela, n’est pas qu’une simple campagne de communication. Le marketing territorial est une démarche d’accompagnement de la mutation de notre territoire, du changement de visage de notre agglomération, un vecteur de sens, pour acter que nous sommes passés du subi au maîtrisé, pour montrer que tous ces projets sont en cohérence et s’inscrivent dans une logique d’aménagement du territoire, telles que les principes en ont été posés dans le SCOT et déclinés dans nos 12 PLUS. 

Face à ces enjeux, qui sont énormes, il nous faut donc susciter l’adhésion des habitants. Il faut les embarquer avec nous dans cette vision que nous proposons. Leur montrer que nous ne nous développons pas en saupoudrant de ci de là le territoire de projets qui seraient sortis de je ne sais quel chapeau du fait de quelconque lubie d’élus, mais qu’au contraire, tout cela suit une logique harmonieuse au service d’une meilleure qualité de vie. L’adhésion des habitants, c’est l’indispensable prérequis qui permettra à terme de rayonner au-delà de nos frontières. Car on ne peut pas demander à être aimé sans s’aimer soi-même. Pour cela, il faut avoir la foi en ce que nous faisons, et se mettre à être fier, de ce qui est en train de se passer ici. Et pour cela, il nous faut des outils, et cet outil, ce liant, cet indispensable fil rouge, ce sera le marketing territorial, qui donnera peut-être un nom, un slogan, une signature à notre territoire; une image, en tout cas, en adéquation avec la réalité de nos ambitions, derrière laquelle nous pourrons fédérer notre enthousiasme, dans un même élan.

Merci à tous.

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