Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30/08/2013

Inauguration du reméandrage du Foron

 

Monsieur le Sénateur, Pierre Hérisson,

Monsieur le conseiller général, Raymond Bardet

Mesdames et Messieurs les élus,

Madame la Présidente du Sifor Renée MAGNIN, représentée par Mesdames et Messieurs les vice-présidents et délégués du SIFOR,

Mesdames et Messieurs, partenaires institutionnels français et suisses des beaux projets portés par ce contrat de rivière, (ADEME, conseil régional, conseil général, DDT, service renaturation de l'Etat de Genève… )

 Mesdames et Messieurs les propriétaires des parcelles concernées par le projet, sans qui rien n’aurait pu se faire,

Mesdames et Messieurs les représentants des associations environnementales et sportives,

Mesdames et Messieurs représentants les entreprises qui ont œuvré sur ce chantier,

Je vous souhaite la bienvenue. C’est une grande joie et un grand honneur de vous accueillir sur ce site, pour inaugurer cette opération que je qualifierai d’exemplaire et qui s’inscrit dans la longue liste désormais des belles réalisations du Syndicat du Foron.

Exemplaire car il s’agit d’un chantier où très clairement, l’homme a en quelque sorte « réparé ses erreurs ». Il y a d’ailleurs quelque chose d’un peu paradoxal là-dedans, dans la mesure où l’HOMME intervient pour RENATURER. La nature en principe n’a pas besoin de la main de l’homme pour rester « Nature », sauf bien sûr quand un site a été dégradé ou négligé. Et en effet, si l’on fait un peu l’historique de l’endroit, on remarquera le chemin parcouru depuis des décennies, et le changement de mentalités fondamental qui a permis aujourd’hui à tout un secteur de notre chère rivière de retrouver sa dimension naturelle.

Je me souviens qu’étant enfant, mon grand-père aimait beaucoup venir ici, dans ce lieu qu’il appelait comme la plupart des villageois de Saint-Cergues et de Machilly « Les ruclons ». Je pense que les connaissances en patois de la plupart d’entre vous sont suffisantes pour comprendre que ce terme désigne une sorte de décharge à ciel ouvert, un dépotoir pour le dire sans fard…

Il venait comme tout le monde y déposer une foultitude d’objets usés, fatigués, en fin de vie, et repartait généralement la voiture plus remplie encore qu’elle n’était arrivée, ayant glaner sur le chemin quelques indispensables babioles en ferraille ou en plastique, qui devaient forcément être utiles, un jour.

Tout cela pour dire que j’ai en mémoire les monceaux d’ordures, les détritus de toutes sortes qui souillaient ce très beau site.

Le cours d’eau, lui, à proximité de cela, souffrait à la fois de la pollution environnante et d’une chenalisation qui l’avait condamné à n’être plus qu’une sorte de conduite d’eaux usées. Je le dis de façon un peu caricaturale, mais on en était franchement pas loin.

Aussi, quand on voit aujourd’hui l’ampleur du travail accompli, quand on mesure ce qui a été redonné à la nature, à ce qui a été mis en œuvre pour la protéger et pérenniser son développement, on peut être fier et heureux de se dire qu’un site ait retrouvé son éclat originel, son état de nature initial, pour le plus grand bien de cette rivière dans sa partie suisse comme française, pour le plus grand bien de la biodiversité des milieux qui la bordent, et pour le plus grand bien également aussi des promeneurs désormais très nombreux qui arpentent les chemins du Foron, de ville la grand à Bons en chablais. 

Aussi, en ce jour particulier, je veux de tout cœur saluer le travail magnifique réalisé par le SIFOR, dans le cadre d’un contrat de rivière qui a redonné vie au  vallon du Foron, qui à une certaine époque était un secteur « honteux de la commune », où l’on venait jeter ses déchets, où l’on venait souiller allègrement la nature, sans éprouver quelconque culpabilité d’ailleurs, puisque tout le monde faisait ainsi.

Les temps ont changé et c’est heureux, et nombreuses sont les erreurs du passé à corriger. On peut dire que le SIFOR a œuvré depuis sa création sans relâche pour redonner un avenir à cette rivière, a œuvré pour protéger les habitants et leurs biens des caprices de ses nombreux affluents qualifiés d’ « enfants terribles des Voirons», a œuvré pour que l’eau qui y coule retrouve sa qualité, a œuvré pour favoriser le retour de la biodiversité en mettant en place toute une série de mesure et d’équipements appropriés, a œuvré enfin et c’est très important pour faire en sorte que nos habitants s’accaparent ces sites, qu’ils comprennent les enjeux très forts qu’ils représentent, et puissent à leur tour se faire les ambassadeurs de la protection de ces milieux sensibles.

De très grands résultats ont été atteints et je veux saluer l’engagement sans faille et l’enthousiasme de la présidente Mme Renée MAGNIN, qui n’est malheureusement pas des nôtres aujourd’hui, le travail de tous les élus du SIFOR, à ses côtés, et bien entendu aussi le travail remarquable d’Anne Marie et puis de Mélanie et Arnaud, techniciens de chocs, qui sont très présents sur le terrain, qui connaissent bien cette terre, cette eau et les hommes qui habitent autour...

C’est grâce à leurs compétences, grâce à leur action de proximité, au plus proche des acteurs, que le SIFOR a pu accomplir un tel travail, il me semble. Et Saint-Cergues, comme je le pense toutes les communes concernées n’a qu’à se féliciter de l’action de ce syndicat. Rare sont les syndicats où il règne d’ailleurs une telle unanimité, un tel consensus, où il règne une telle ambiance de travail,  détendue, constructive, positive, conviviale et cela est le gage évident de sa réussite.

 Saint-Cergues est en effet très gâtée par le contrat de rivière, il faut le reconnaître, et si nous inaugurions il y a deux ans la création des cheminements du Foron, sur les magnifiques pontons créés près de la roselière du marais de Lissoud, si nous inaugurons aujourd’hui cette opération de reméandrage et de renaturation, nous inaugurerons dans quelques temps également la réhabilitation du tènement de l’ancienne Casse Automobile de Saint-Cergues.

Autant d’actions fortes, qui sont au cœur des défis de nos sociétés, à savoir, comment protéger la nature sans la mettre sous cloche, sans la muséifier, mais au contraire,  en lui permettant de croître, de se développer, au plus près des gens, parmi les gens, au plus près de ceux qui ont désormais la responsabilité collective de la préserver.

Je veux donc de tout cœur remercier tous ceux qui de près ou de loin ont contribué à la réussite de ce chantier, élus, partenaires institutionnels et associatifs, propriétaires fonciers, entreprises.

Je terminerai par une citation que j’aime beaucoup de Robert Hainard, un très grand naturaliste, et qui illustre bien ce que nous essayons de faire… Cette citation est la devise de la CERFF (campagne d’éducation respectueuse de la faune et de la flore), une association environnementale basée à saint Cergues, qui me pardonnera de la lui emprunter en cette circonstance :

" Un jour viendra, et plus tôt qu'on ne pense, où le degré de civilisation se mesurera non à l'emprise sur la nature, mais à la quantité et à la qualité, à l'étendue et à la sauvagerie de nature qu'elle laissera subsister. »     

Saluons donc la sauvagerie restaurée de ce site, et souhaitons redevenir quelque peu des « sauvages » nous aussi, de ces sauvages qui savent traiter toute chose avec respect, à commencer par la nature qui les nourrit et qui les fait vivre. 

Merci à tous

DSC_0272.JPG

 

 

DSC_0198.JPG

DSC_0191.JPG

 

16/08/2013

Cérémonie de LIBERATION de SAINT-CERGUES 15 août 2013

Monsieur le Vice Président du Sénat, mon cher Jean-Claude,

Monsieur le Vice Président  du Conseil Général, mon cher Raymond,

Messieurs les Maires,

Mesdames et Messieurs les anciens combattants et victimes de toutes les guerres et leurs porte-drapeaux,

M. Tochon, qui a participé aux combats des Bois Davaud,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs, chers amis,

 

Chaque année, c'est toujours la même émotion qui nous éprend lorsque nous commémorons ce qui s'est passé ici, en août 1944, il y a maintenant 69 ans. Une émotion très vive, car au beau milieu de cette campagne magnifique, au beau milieu de cette verdure ou aujourd'hui nous venons respirer le calme et apaiser nos esprits, de jeunes hommes pour ne pas dire des enfants sont morts pour nous, morts pour que cette terre recouvre sa LIBERTE.

Ils ont fait leur la célèbre devise du maquis des Glières, celle de Tom MOREL, " VIVRE LIBRE OU MOURIR". Quatre mots à la simplicité déconcertante, quatre mots à la résonnance néanmoins terrifiante, car cette devise n'était pas loin s'en faut qu'un effet de style ou qu'un slogan. Elle était au contraire l'expression la plus aboutie de leur détermination et de leur sens du sacrifice, elle était l'expression la plus absolue de leur courage et de ce qu'ils étaient prêts à mettre en œuvre pour combattre la barbarie nazie.

Ceux qui aujourd'hui n'ont de cesse de hurler à la liberté pour les causes ou les motifs les plus futiles devraient se remémorer avec force le prix qui a été payé en ces heures sombres pour cette liberté. Et imaginer quelque peu la vie qu'ont enduré ces hommes traqués par les allemands, par la milice, vivant dans le froid, avec souvent la faim au ventre, en danger de mort permanent.

Dans une Europe écrasée, dans une France exsangue, divisée, déchirée, dans les ténèbres les plus totales, des poignées d'hommes ont osé braver la nuit à la lumière d'une maigre chandelle. Et de cette infime étincelle pourtant est née l'espoir, et cet espoir a irradié le pays, le continent, pour ne pas dire le monde entier.

Et hameau par hameau, village par village, ville par ville, sont tombés les remparts de l'ordre nazi, à la grâce de combats, qui tous, à leurs échelles, de l'escarmouche entre quelques soldats aux débarquements alliés de Normandie  et de Provence, ont contribué à libérer le monde de l'asservissement et de la honte, ont contribué à rendre à notre pays sa dignité et son honneur.

Les hommes dont nous ne racontons pas l'histoire meurent deux fois, tués par les balles d'abord, mais surtout par l'oubli, ensuite. Car un peuple sans mémoire n'a pas d'avenir, il nous faut veiller, inlassablement, à rappeler les faits, à dire ce qui s'est produit. L'oubli est notre adversaire, notre ennemi à nous, qui jouissons d'une vie confortable, qui découle de la somme des combats menés au préalable de nos existences.

Car raconter l'histoire c'est donc faire revivre ceux qui l'ont faite, je veux rappeler ce qui s’est passé ici les 15 août et 16 août 1944.

Le 15 août, alors que les troupes alliées et françaises débarquent en Provence, les FFI de Haute-Savoie lancent l’ordre d’insurrection générale. Dans la droite ligne de ce plan, les FTP de de la vallée de Boëge sont chargés de prendre le bastion allemand de l’hostellerie savoyarde, à Machilly, afin de couper Thonon et Evian d’Annemasse.

Dans la nuit 3 compagnies, la 93-15 du lieutenant Franquis, la 93-24 à laquelle appartenait notre ami Jean Verbois et nos quatre braves, et la 93-22 se préparent au combat. Les groupes se scindent et alors que va bientôt débuter l’assaut à Machilly, d’autres se postent derrière l’hôtel « bon accueil », rue des Allobroges et aussi au bois Davaud pour couper l’arrivée d’éventuels renforts en provenance d’Annemasse.

A 7h15, le 16 août, de très violents combats s’engagent à l’Hostellerie savoyarde, les FTP assaillent avec vigueur la position ennemie. La garnison allemande du Pax à Annemasse, alertée, envoie des renforts qui sont stoppés nets à l’Hôtel « Bon Accueil », sous le feu nourri des résistants. Contraints au repli, les allemands décident de gagner le poste frontière, mais dans la descente de la gare de saint-Cergues, le groupe de FTP qui stationnait au bois Davaud les prend à partie et parvient à détruire un de leurs deux camions. Durant ces combats, hélas, quatre jeunes FTP perdent la vie, à court de munitions et n’ayant pas eu le temps de gagner la Suisse.

Pierre BAULMEL, 20 ans

Louis GROBEL, 23 ans

Roger CROSS, 20 ans

Georges JOLOWIEZ, 16 ans

Nous ne vous oublierons jamais, et nous mesurons avec une infinie gratitude ce que nous vous devons à vous, nos fils, nos frères, nos cousins. Grâce à votre ténacité,  à votre vaillance, grâce à votre sacrifice, les allemands durement frappés n’oseront pas rejoindre Machilly, et grâce à vous, les oppresseurs hisseront le drapeau blanc à l’hostellerie, à 12h30. Grâce à vous Saint-Cergues et Machilly furent les deux premières communes libérées du département. Grâce à vous, c’est un vent d’espoir qui souffla à nouveau sur nos terres.

Notre rôle à nous, qui sommes là, aujourd'hui, sous le soleil et le vent est de nous rappeler l'énorme prix payé par ces jeunes gens pour cette chose désormais évidente, simple et belle mais ô combien fragile qu'est la liberté.

Comme le disait Winston CHURCHILL, "un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre". Pour que ces sacrifices n'aient pas été vains, pour que ses vies disparues aient un sens, nous ne cesserons de dire aux générations qui se suivent qu'un jour, en ce monde dit civilisé, ici même, des enfants sont morts, pour nous.

Merci à tous, de tout cœur, d'être là pour eux.  

01/08/2013

Discours du 1er août à JUSSY (GE)

 

Merci à toi, Monsieur le Maire de Jussy, mon cher Josef.

Chers collègues élus de Jussy et de France voisine, Mrs les maires de Machilly et de Juvigny,

Chers Jusserands, chers amis venus des alentours,

Bien chers tous…

Comme je suis heureux d’être parmi vous ce soir… Nous avons passé en effet un 1er août mémorable l’an dernier, et d’être à nouveau là, aujourd’hui, je vous l'assure, est une grande joie…

Lorsque Josef MEYER, votre maire, m’a proposé d’être votre invité pour prononcer un discours à l’occasion du 1er août, j’ai d’abord pensé qu’il me faisait une blague. Je me suis dit, connaissant son sens de l’humour qu’il voulait faire une petite provocation, qu’il trouvait amusante l’idée qu’un « p’tit  français » vienne dire quelques mots en ce jour pourtant dédié à votre nation. Il semblerait néanmoins que tout cela ne soit pas une plaisanterie puisque je me suis pincé avant de monter sur cette estrade, et qu’il me paraît tout à fait évident que je ne suis pas en train de rêver.

Ainsi, après votre conseiller d’Etat Pierre MAUDET l’an dernier, c'est bien un maire français qui a la chance, le plaisir, et surtout l’immense honneur de s’exprimer devant vous, ce soir, à ce moment certes convivial mais aussi  solennel qu’est la célébration de votre fête nationale.

La chose est pour le moins inhabituelle, je pense même que cela ne s’est jamais produit et je veux croire qu’il y a là comme un symbole. Un symbole extrêmement fort de notre amitié, mais aussi et au-delà un symbole plus fort encore de ce qui nous lie, suisses et français, genevois et hauts-savoyards, jusserands et saint-cerguois, proches voisins que nous sommes, dans cette magnifique région dont nous partageons l’histoire et  la destinée et qui s’appelle désormais le Grand Genève.

C’est donc soyez en sûrs une très grande émotion et une très grande fierté pour moi, pour mes collègues élus et pour mon village d’être vos invités ce soir. J’espère que nous saurons nous en montrer dignes.

A l’heure effectivement où s’invectivent les plus radicaux, de part et d’autre de la frontière, où certains fustigent le frontalier « paresseux et arrogant » comme d’autres voudraient traquer les suisses « éternellement profiteurs », comme le dénonçait d’ailleurs hier soir votre Président Ueli MAURER, il est essentiel de réaffirmer les liens profonds qui nous unissent, et de refuser ces clichés idiots dont on nous gratifie, suisses comme français.

Ce soir vous fêtez les 722 ans de votre pacte fédéral, qui fonde la confédération helvétique, ce soir est un  temps particulier où vous vous retournez, où vous vous recueillez sur la patrie, c’est un temps de communion où la nation toute entière interroge ses valeurs, et, forte de son passé, se projette dans l’avenir.

C’est une magnifique occasion pour le français que je suis de modestement, vous dire ce qu’évoquent pour moi la Suisse et plus particulièrement Genève, et bien sûr Jussy.

Tout d’abord je suis né à quelques centaines de mètres d’ici, à vol d’oiseau, de l’autre côté de votre très belle forêt, à deux pas de la frontière. Autant dire qu’enfant, je ne me suis jamais trop posé la question de savoir si j’étais en suisse ou en France lorsque j’allais rejoindre des petits copains dont je ne savais franchement pas non plus s’ils étaient suisses ou français. En l’occurrence je me rendais souvent à Moniaz, à la ferme COMTE, et nous jouions des après-midi entières à travers champ, à travers bois. Nous devions sans doute passer une dizaine de fois la frontière par jour, sans le savoir. Nous venions à la vogue de Jussy, et j’étais charmé par les courses de cochon et par les spectacles de lutte suisse… Et mes amis suisses venaient également à nos fêtes du côté français…

Mon grand–père était douanier, à Moniaz justement, dans cette douane que nous venons d’ailleurs de rénover pour y faire deux logements.  Il y a fait toute sa carrière, et définitivement, en disant cela, je me dis que la frontière est un particularisme inscrit dans les gênes de la famille.

Un particularisme qui est une richesse. Car plus qu’à se déclarer suisse ou français, j’ai parfois l’impression qu’il serait plus juste, si je devais définir mon identité, de me revendiquer « citoyen de la frontière », tellement j’éprouve cet attachement aux deux côtés de celle-ci et tellement j’aime vivre en ce lieu où les cultures échangent et vivent ensemble.

Certains considèrent la frontière comme un mur, un obstacle visant à empêcher le passage. J’aurai plutôt tendance à la voir comme une porte, comme une fenêtre, comme quelque chose en tout cas qui invite au voyage, à la rencontre, en bref, qui donne envie d’aller voir ce qui se trouve derrière.

Et les échanges, dans notre région, ont toujours été extrêmement nourris. Les limites de nos territoires n’ont cessé d’évoluer au fil du temps, et c’est vrai que Genève n’est membre de la confédération que depuis 1815, et que la Savoie n’a été rattachée à la France qu’en 1860.

Les paysans suisses et français ont toujours beaucoup échangé de part et d’autre de la frontière, et cela perdure encore, en effet, ce sont des vaches suisses qui paissent à l’alpage de la LETTAZ, à Saint-Cergues, dans les Voirons, cette belle montagne dont nous partageons la réconfortante silhouette.

Nos arrières grands parents, du côté français, allaient vendre leurs fruits à Genève, à Carouge…. Tout cela pour dire que nous avons toujours eu, par ici, une logique de région plutôt qu’une logique de pays. Car il y a ici des spécificités qui sont parfois mal comprises par Berne ou par Paris.

En grandissant, ma mère m’emmenait à la MIGROS où à la COOP, et j’éprouvais une sorte d’excitation pour ces produits made in SUISSE qui différaient des produits français, comme j’entends d’ailleurs souvent mes amis suisses me dire leur fascination devant le choix invraisemblable proposé par nos immenses supermarchés français.

Ce que nous ressentons mutuellement, c’est presque une sorte de petit exotisme, à notre échelle, lorsque l’on se rend les uns chez les autres, parce que des petites expressions différent, parce que les lois ne sont pas les mêmes, parce que les cultures tout en étant proches, sont tout de même différentes, et c’est je crois ce qui fait tout l’intérêt, toute la richesse de la région. Et c’est ce qui fait que la frontière est quelque part si précieuse. Car une fois encore, au lieu de nous séparer, elle garantit nos particularismes et nous permet, car elle est souple, de nous rencontrer, de confronter nos points de vue, de nous chamailler un peu parfois, en tout cas de nous enrichir de la spécificité de l’autre.

L’adolescent et le jeune que j’ai été est beaucoup sorti en suisse, à Genève. Pour nombre de français, Genève est perçue comme LA grande ville, comme LE centre culturel et de loisirs de toute la région. J’avoue éprouver un amour immodéré pour vos petits bistrots, qui ont pour beaucoup garder leur charme d’antan, j'ai un amour immodéré pour vos auberges communales, pour tous ces lieux que vous avez su préserver et qui malheureusement ont un peu disparu du côté français.

Nous partageons également un merveilleux patrimoine naturel, et depuis ma plus tendre enfance, j’ai parcouru en long, en large et en travers les bois de JUSSY, et votre très belle campagne. Nombreux sont d’ailleurs les français à venir s’y détendre, et s’y promener, comme de nombreux genevois, également, viennent se dégourdir les jambes dans les Voirons ou sur le Salève.

Même lorsque je suis parti à Paris faire mes études de droit, la Suisse s’est immédiatement rappelée à moi. En effet, en droit constitutionnel comparé, la Suisse est le modèle confédéral par excellence, et sa démocratie est étudiée en détail par tous les aspirants juristes, qui ayant en tête le modèle jacobin et centralisateur français regardent avec étonnement la souplesse de votre organisation politique.

Le modèle politique suisse tout en étant ancien est particulièrement moderne, et ce qui choque presque le français quand il s’y intéresse, c’est la façon que vous avez de refuser le pouvoir d’un seul au profit d’une collégialité, d’un consensus, ce mot étrange qui fait bourdonner les oreilles des politiciens français, qui malgré la République sont restés un peu des rois.

En bref, en résumé, je veux clamer ce soir mon amour pour cette région. Il était donc presque évident que ma vie affective s'inscrive dans cette logique... Et donc, bien entendu, je suis tombé amoureux d’une genevoise… Ma femme m’a fait découvrir la Suisse, moi qui ne connaissais guère que Genève et ses alentours, et j’ai été émerveillé par la pureté de ces paysages, par la diversité des cultures, des langues, et j’ai apprécié le lien qui réunissait tous ces êtres si différents qui se sont fédérés, au-delà de leurs particularités derrière un même drapeau.

Tout cela pour vous dire, mes chers amis, que je suis heureux, ce soir, d’avoir l’occasion de dire aussi mon amour pour votre pays, qui est aussi je pense un peu le mien. Ma femme est suisse, ma fille est suisse, la moitié désormais de ma famille est suisse et plus que jamais je me sens lié à votre pays.

Et dans ma mission de maire, j’ai pu mesurer également combien nos liens sont à renforcer, combien nous devons travailler toujours plus, encore et encore, ensemble, pour cette région. Je veux remercier chaleureusement Joseph, votre maire, qui a de nombreux talents et en particulier celui de savoir réunir, de savoir fédérer. Nous nous sommes beaucoup rapprochés entre Saint-Cergues et Jussy, ces dernières années, c’est largement grâce à lui, et nous avons pu réaliser que nous partagions beaucoup de problématiques communes. Nous sommes deux poumons verts dans le Grand Genève. Nous sommes deux villages où il fait bon vivre, ou la population aime se réunir… Nous sommes deux villages qui entendent le rester, tout en participant au nécessaire développement de la région. Nous sommes quotidiennement traversés par des hordes de véhicules qui se rendent à Genève et avons les mêmes inquiétudes pour la tranquillité et la sécurité de nos habitants. Nous attendons avec la même impatience l’arrivée du CEVA qui viendra nous l’espérons limiter ces flux incessants de voitures, et les jusserands iront peut-être comme les saint-cerguois prendre le train à Machilly pour se rendre à Genève…

Nous participons activement aux réunions transfrontalières dont l’ambition est de régler les grands déséquilibres qui affectent cette région, en matière d’emploi et en matière de logement notamment. Car il est vrai que la France voisine ne crée pas assez d’emplois, tout comme le canton de Genève ne produit pas assez de logement. Votre conseiller d’état François LONGCHAMP a reconnu que le nombre de logements produits à Genève, quoique supérieur à ceux des années précédentes était encore trop faible. Et là encore, c’est un problème COMMUN, car ce sont nos classes moyennes respectives qui sont condamnées à l’exil. Les classes moyennes genevoises ne peuvent plus se loger sur le canton, dès lors se délocalisent en France voisine, et par la même participent avec les frontaliers à renchérir le prix des logements chez nous. Face à cela, nos classes moyennes à nous, salariées en euros, sont elles mêmes renvoyées plus loin, à une cinquantaine de kilomètres, là où les prix sont plus accessibles. Ces mouvements importants de population qui habitent toujours plus loin de leurs lieux de travail créent des embouteillages, des bouchons, dont nous subissons tous les conséquences.

Et si Genève sans doute ne construit pas assez, la France, elle, est beaucoup trop permissive, et a déjà relativement bien abîmée sa campagne, là où c’est vrai, vous avez su magnifiquement la préserver.

A Saint-Cergues, nous avons fait le choix de nous inspirer quelque peu des genevois et des suisses en général en arrêtant de miter notre territoire, en construisant moins et surtout mieux, pour protéger également nos espaces naturels et agricoles, comme vous avez si bien su le faire à Jussy, par exemple, tout en densifiant également votre centre de village.

 Nous avons développé une politique environnementale forte, en recourant à la gestion différenciée des espaces verts, c’est d’ailleurs la ville de Lausanne qui nous a formé sur la question. Nous avons replanté et repris des vergers à l’abandon, nous avons créé un rucher communal, nous avons mis en place tout un train de mesure pour favoriser la biodiversité et essayer de redonner à la nature son écrin originel.

Et nous avons construit, aussi, pour prendre notre part des besoins de la région, mais nous le ferons donc désormais de façon maitrisée, en révisant et en revoyant à la baisse notre plan directeur communal.

Dans ce cadre, je dois dire que nous accueillons à l'heure actuelle plus de 400 citoyens genevois et suisses dans notre village.

Des suisses qui s’intègrent très bien dans la vie de la commune, qui participent activement aux événements festifs, qui sont bénévoles dans nos associations, bref, des citoyens au sens noble du terme, à part entière, qui aiment l’endroit où ils vivent, et qui certes, même s’ils ont été contraints à  quitter leur canton pour la plupart d'entre eux, trouvent malgré tout une bien belle vie en nos communes frontalières. Je suis fier de cela, fier que nous vivions vraiment ensemble, fier que nous bâtissions à notre échelle ce grand Genève, qui fait peur à certains et qui pourtant est notre seul salut, qui est la seule façon de mieux organiser cette région pour que la qualité de vie, de part et d’autres de la frontière soit préservée.

Au-delà des tensions qui agitent parfois les débats dans la région, au-delà des invectives, des reproches, il faut se demander ce que serait Genève sans les frontaliers, et ce que serait la France voisine sans le dynamisme de Genève. Il faut cesser de part et d'autre, de cracher dans la soupe.  Malgré les tentations de repli, de tous côtés, notre avenir ne s’accomplira qu’ensemble parce que nous sommes les deux indissociables parties d’une même région, parce que ce grand Genève n’est pas qu’une terre d’opportunité économique, parce que le grand Genève n’est pas qu’une place financière ou qu’une villégiature de diplomate, parce ce que la région genevoise a une âme, un esprit, une culture qui lui est propre, qui découle d’une histoire riche et que cela est précieux à nos yeux, et que cet héritage mérite âprement d’être défendu.

Face à un monde qui se globalise, où tout finit par se ressembler quelle que soit la latitude, je veux rendre hommage à la façon dont vous, suisses, avez su préserver vos particularités, et c’est au nom de ces mêmes particularités, plus locales, que je veux rendre hommage ce soir à ce qui fait que nous sommes amis, à ce qui fait que nous aimons tant nous voir, nous rencontrer entre élus de la frontière, à ce qui fait que nous avons fondé, de façon plus ou moins consciente une sorte de Grand Jussy ou de Grand Saint-Cergues, comme vous préférez, dans lequel nous savons nous retrouver, loin des politiques politiciennes, entre gens simples qui aiment leur région, leur terroir, leur patrimoine, et qui savent que nos problèmes et leurs solutions sont communs, entres gens simples qui savent vivre, partager la table et surtout le verre.

De tout cœur je veux te remercier Josef de m’avoir invité, et vous remercier tous de m’avoir écouté, en espérant que je ne vous aurai pas paru un français trop « arrogant », mais plutôt un français qui aime la Suisse, ce « grand petit pays », un français qui aime Genève, et qui aime JUSSY. 

Bonne soirée à tous et bonne fête du 1er août.