Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

21/10/2013

Herbert Horowitz, le retour d'un enfant juif, 70 ans après, aux Feux Follets à Saint-Cergues

  DSC_0110.JPG

 

Bonjour à toutes et à tous, et merci à vous d’avoir répondu si nombreux à notre appel.

Je voudrai en premier lieu excuser M. Le sous-préfet de Saint-Julien en genevois, qui m’a demandé de saluer toutes les personnalités présentes en son nom et de vous assurer de ses regrets de n’avoir pu assister à cette cérémonie.

Je voudrai également excuser M. le sénateur Jean-Claude CARLE, ainsi que M. Raymond BARDET, notre conseiller général, retenus malheureusement ailleurs, ainsi que mes collègues les maires de Gaillard, Mme Renée MAGNIN, Guilhem BEDOIAN, maire de Juvigny, et Jacques BOUVARD, maire de Machilly.

Monsieur Horowitz, et son épouse Rina,

Mme Le député Virginie Duby Muller,

Mesdames et messieurs les maires,

Mesdames et messieurs les anciens combattants,

Mesdames et messieurs les élus,

Mesdames et messieurs, habitants, riverains des Feux Follets,

Merci à vous tous d’être là.

C’est un grand jour pour nous aujourd’hui, car nous rendons hommage à un homme dont la vie est une illustration des ténèbres qui se sont répandues sur l’Europe pendant la seconde guerre mondiale mais une illustration aussi des lumières, qui de ci de là, ont permis de croire encore en l’humanité, en une certaine noblesse d’âme, en une certaine capacité de trop rares quelques-uns, qui au péril de leurs existences ont sauvé des vies, et plus particulièrement des vies d’enfants, que la barbarie nazie aurait condamné s’ils n’avaient été là.

Cette histoire-là, faite de peur et d’espérance, Herbert HOROWITZ l’a vécu. Et il l’a vécu ici même, à Saint-Cergues, dans ces bâtiments qui abritaient alors un centre de la croix rouge suisse « secours aux enfants », les « Feux Follets ». 

Ce lieu, où habitent paisiblement nos concitoyens aujourd’hui est en effet un lieu chargé d’histoire, et tout en les remerciant de nous accueillir aujourd’hui, je veux leur dire que la bâtisse dans laquelle ils vivent à toujours été marquée par de belles ondes, qu’elle a toujours été une sorte de refuge pour les plus démunis, les plus fragiles, pour ceux qui ont été chassés, traqués. En effet, si l’on remonte aux origines, c’est à la fin des années 20 qu’émerge l’idée, au sein de la communauté italienne de Genève, de créer un centre de vacances pour les enfants, afin de leur faire respirer le bon air de la campagne pendant l’été.

Cette communauté des italiens de Genève était composée de très nombreux émigrés politiques, ayant fuit le régime mussolinien, qui se sont immensément activé pour lutter contre le fascisme qui s’installait partout en Europe, et c’est grâce à des fonds en provenance de diverses organisations antifascistes de Genève et d’Annemasse que cette « colonie estive italienne » de Saint-Cergues a vu le jour, après 3 ans de construction en 1933.

Dès le début donc, le lieu fût marqué par un esprit de tolérance, par un esprit de résistance aux forces qui embrasèrent bientôt le continent et le monde.

Depuis lors et jusqu’en 1941, le bâtiment accueillit des myriades d’enfants, des italo-genevois, des italo-annemassiens, des réfugiés espagnols, également, de 1938 à 1939.

En août 1941, en pleine guerre, le bâtiment est confié à la « croix rouge suisse, secours aux enfants », qui rebaptisa les lieux sous le nom de « feux follets ». Là commença l’accueil de nombreux enfants fuyant les persécutions nazies, là commença l’histoire la plus noble de ce lieu.

Et c’est ici, précisément, que notre ami Herbert HOROWITZ a passé quelques temps durant la guerre, quelques temps précieux où il fut à l’abri des folies du monde, à l’abri du nazisme.

Herbert Horowitz est né à Vienne, le 20 décembre 1935. En 1938, au moment de l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie, sa famille fuit en Belgique, puis arrive en France, en 1940, les Etats s’effondrant comme des châteaux de cartes sous les coups de boutoirs hitlériens. Après avoir été déplacé de camps en camps, les persécutions devenant légion, la famille Horowitz se retrouve à RIVESALTES. Là,  les parents d’HERBERT décident de le confier avec sa sœur à la croix rouge suisse. On ne peut pas imaginer je pense quel insupportable déchirement ces malheureux ont dû ressentir à l’idée de se séparer de leurs progénitures. Mais c’était la meilleure chance aussi qu’ils pouvaient leur donner de survivre à cette épouvantable époque, où l’on déportait, où l’on assassinait  tous ceux qu’on considérait comme différents.

herbert-et-sa-soeur-renee-en-1941.jpg

 

 

Herbert et sa soeur aux Feux Follets

 

 

Herbert et sa sœur sont donc arrivés ici, aux Feux follets, à Saint-Cergues, comme bien d’autres enfants juifs, et ont été protégé par d’exceptionnelles âmes qui leur ont tout donné, à ce point que M. HOROWITZ m’a confié que pendant leur séjour à Saint-Cergues, ils ne s’étaient pas rendu compte que le pays était en guerre, qu’ils n’avaient eu ni faim ni soif, qu’ils n’avaient manqué de rien hormis et bien entendu le fait qu’ils avaient été privés de l’affection de leurs parents.

Ils y restèrent jusqu’à l’été 1944, à la libération, où leur mère vint les rechercher, mais où elle vint seule, puisque leur père avait été arrêté en 1943 par les forces d’occupation et avait été déporté à Majdanek et Auschwitz, où malheureusement comme tant d’autres hélas il périt.

M. HOROWITZ gagna ensuite ISRAEL, où il épousa RINA, sa femme, et eu 4 enfants et compte aujourd’hui 10 petits enfants. Comme quoi sauver un enfant, c’est sauver une famille, et c’est en fait sauver tout un peuple.

Ce n’est qu’il y a deux ans qu’il revint à Saint-Cergues, avec sa famille, pour lui montrer cet endroit qui le protégea durant ces années noires, terribles, et pour lui dire sans doute que d’une certaine façon, toute sa famille, toute sa descendance venait d’ici, car que serait-il advenu de lui s’il n’avait pu se réfugier aux « Feux Follets » ?

Au cours de cette visite privée, M. HOROWITZ décida de venir en mairie, car il espérait y trouver des documents évoquant cette époque et ce lieu, témoignant de son passage ici. Il s’annonça donc tout simplement à l’accueil, et ce fût alors notre première rencontre. La discussion s’engagea très vite car c’était extrêmement émouvant de voir ce Monsieur, avec toute sa famille, venir depuis ISRAEL pour leur faire partager son histoire si singulière, si rare et si belle, dans l’histoire dramatique de la seconde guerre mondiale. Herbert HOROWITZ a également été scolarisé à l’école de Saint-Cergues, quelques temps, et me demanda si nous disposions d’archives où l’on puisse trouver son nom et celui de sa sœur. Par bonheur, Isabelle BRUNO, agent de la commune, qui se trouvait là fortuitement, à côté de nous, se rappela de vieux papiers, de vieux cahiers, rangés dans une armoire dans les caves de l’école… Nous nous y rendîmes de suite, et après quelques recherches, nous vîmes son nom apparaître, et celui de sa sœur, sur un registre, mentionnant qu’ils furent scolarisés à Saint-Cergues jusqu’en octobre 1944, avec cette mention terrible, dans la rubrique observations : « secours suisse aux enfants, parents dans un camp de concentration. » A cette occasion il rencontra également notre regretté ami Georges FAVRE, président des Anciens combattants, qui se rappela avoir été sur les bancs de l’école avec lui.

Ainsi Herbert pu reconstituer son histoire personnelle, lui qui n’avait que neuf ans aux moments des faits, et cette magnifique rencontre, si chaleureuse, si pleine de lumière, rendit évident qu’il fallait aller plus loin, aller jusqu’à commémorer tous ensemble cette histoire autour de lui, de cet enfant devenu grand-père, qui est le symbole de vie qui a surpassé une époque de mort.

La commune avait déjà organisé une belle cérémonie, il y a quelques années, au moment où une plaque commémorative fût apposée sur ce bâtiment par notre ancien maire louis VUILLOUD et notre ancien député Claude BIRRAUX, entouré d’anciens résistants et d’anciens déportés, pour qu’on n’oublie jamais qu’ici, au moment le plus noir de notre histoire, de petits miracles se sont produits, de petits miracles qui ont permis de sauver tant d’enfants.

De petits miracles comme celui par lequel le secrétaire de mairie de Saint-Cergues de l’époque, «  oublia » entre guillemets de remettre aux autorités préfectorales la liste des enfants juifs hébergés aux Feux Follets et sur laquelle figurait Herbert et sa sœur…

Saint-Cergues en effet fût un lieu stratégique, à proximité de la frontière suisse. Dans le réseau des dirigeants du secours suisse aux enfants, certaines personnalités exceptionnelles ont pris tous les risques, aidées sur le terrain par quelques braves pour sauver des enfants juifs. Il en va ainsi de Germaine HOMMEL directrice des Feux Follets, de son adjointe Renée FARNY, et de Marthe BOUVARD, lingère de l’établissement, qui ensemble et au mépris des consignes de leur organisation ont fait des Feux Follets une étape charnière sur le chemin du salut pour nombre d’enfants.

Ainsi, de nombreux petits arrivèrent aux Feux Follets, et « partaient se promener » entre guillemets, le long de la frontière, avec leurs encadrants et les autres enfants de la colonie, et là, avec l’aide de Léon BALLAND notamment, un jeune saint-cerguois de 19 ans qui connaissait l’endroit précis de la forêt où l’on pouvait rejoindre sans heurts la Suisse, on « perdait » entre guillemets aussi les enfants aux abords des bois, pris en charge ensuite par des passeurs connus ou méconnus aujourd’hui, pour qu’ils gagnent la Suisse.

On ne doit pas oublier en effet que Saint-Cergues fût le théâtre de bien d’actions courageuses, racontées merveilleusement dans l’ouvrage de Jean-claude CROQUET, « les chemins de passage », qui retrace l’histoire simple et merveilleuse de ces centaines de fugitifs, de juifs, de résistants, de réfractaires au STO qui franchirent les barbelés sur la frontière…

Ainsi, pendant les heures les plus tristes que connurent notre continent, il y eut de petits îlots où la violence ni la folie n’avaient cours, où des filières de passage clandestins s’organisèrent, où des caches durables furent trouvées pour protéger les innocents.

Alors qu’en certains endroits on avait fait venir l’enfer sur terre, dans les camps, dans les prisons, sur les champs de bataille, il subsista de ci de là quelques infimes morceaux de paradis où s’arrêtaient les barbaries.

Mais à quel prix… N’oublions pas, n’oublions jamais que la directrice des feux follets fut renvoyée, puis déportée. N’oublions pas que Léon Balland, le passeur, fût déporté lui aussi. Ces deux justes parmi les nations auront tout risqué pour quelques enfants et ils nous auront donné la plus belle leçon d’humanité qui soit.

 

Telle fût l’histoire d’Herbert HOROWITZ, de sa sœur, et de tant d’autres. Il était donc important, fondamental même, qu’aujourd’hui nous lui rendions cet hommage, qu’aujourd’hui, par sa présence, il nous ramène à cette période et nous fasse mieux comprendre cette histoire, parce qu’il l’incarne, parce qu’il l’a vécu.

Nous voulons lui dire qu’ici il est chez lui, et que nous rappellerons encore et encore le courage de cette poignée d’hommes et de femmes, de ces anonymes qui par leurs actes discrets ont sauvé rien de moins que ce que nous appelons notre humanité la plus profonde.

Je veux remercier ici tout particulièrement Evelyne FEVRIER qui a, avec beaucoup d’enthousiasme et de ferveur organisé cette journée, et qui depuis sa rencontre avec M. HOROWITZ n’a cessé de penser au jour où nous pourrions avec lui, avec sa femme, tous ensemble se rappeler ce qui s’est passé ici.

M. Et Mme HOROWITZ, ce jour est arrivé, c’est un immense honneur de vous avoir à nos côtés, merci d’avoir fait le voyage, depuis ISRAEL, pour revenir ici, pour revenir chez vous.

Merci à tous.

 

 feux follets.jpgphoto des enfants aux Feux Follets

 

 

DSC_0117.JPGM. et Mme HOROWITZ (3ème et 4ème place depuis la gauche)

 

 

 

DSC_0137.JPGdiscours de Mme le Député, Virginie DUBY-MULLER

 

DSC_0164.JPGM. HOROWITZ se fait remettre deux ouvrages évoquant le passé des FEUX FOLLETS par MMe Evelyne FEVRIER, conseillère déléguée

 

pour en savoir plus :                  

            Les communes de France durant la  Seconde Guerre mondiale