Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/11/2013

Discours du 11 novembre 2013

Monsieur le Maire de Machilly,

Monsieur le Curé,

Monsieur le président des anciens combattants et maire honoraire,

Mesdames et Messieurs les anciens combattants,

Mesdames et Messieurs les victimes de toutes les guerres et leurs portes drapeaux,

Mesdames et messieurs les membres du conseil municipal,

Mesdames et Messieurs les professeurs des écoles,

Mesdames et messieurs,

Chers enfants,

Chers amis,

Merci infiniment à tous d’être là.

Je tiens à saluer également la présence d'une équipe de la télévision suisse romande qui a choisit notre commune pour évoquer les problématiques transfrontalières du moment et a trouvé intéressant d'assister à cette commémoration. Bienvenue à vous Messieurs.

La commémoration de la fin de la première guerre mondiale résonne en effet d'une intensité particulière dans le cœur et l'inconscient collectif français. Aussi loin de nous que paraisse ce conflit - nous célébrons en effet les 95 ans de son armistice et célébrerons l'an prochain le centenaire de son commencement -  il y a dans notre souvenir, dans notre imagerie nationale quelque chose qui lui confère une dimension inégalée, qui va au delà des raisons qui ont provoqué cette guerre, qui va au delà même de savoir qui l'a gagné ou qui l'a perdu.

Et cette chose, c'est incontestablement l'horreur vécu par les soldats, la boue des champs de bataille, la survie dans les tranchées, sous le déluge de feu, c'est le premier conflit d'envergure mondiale, ou l'homme, quel qu'il soit, et qu'elle que soit sa nationalité, s'est retrouvé mué en chair à canon, expression qui traduit bien la fragilité des corps face à une industrie de mort qui ne savait plus qu'inventer pour détruire, pulvériser et anéantir.

 

La première guerre mondiale c'est en effet l'irruption brutale et insensée de la machine au service de la mort. Aux idéaux de la chevalerie, ou le corps à corps et le maniement de l'épée pouvait encore conférer quelque noblesse au combat, s'est substituée une vision et une logique de masse ou les généraux depuis leurs QG, comme on joue aux échecs, lançaient des attaques de milliers d'hommes que quelques minutes de bombardements furieux faisaient disparaître. 

 

Vous me permettrez de citer Blaise Cendrars pour illustrer mes propos, célèbre écrivain de nationalité suisse, d'ailleurs, qui s'est engagé dans les volontaires étrangers puis dans la légion pour défendre ce qui deviendra sa patrie d'adoption, la France : "Je m'empresse de dire que la guerre ce n'est pas beau et que, surtout ce qu'on en voit quand on y est mêlé comme exécutant, un homme perdu dans le rang, un matricule parmi des millions d'autres, est par trop bête et ne semble obéir à aucun plan d'ensemble mais au hasard.  Et c'est bien ça, on va, on pousse, on tombe, on crève, on se relève, on marche et on recommence. De tous les tableaux des batailles auxquelles j'ai assisté je n'ai rapporté qu'une image de pagaille. Quand on en est là, ça n'est plus un problème d'art, de science, de préparation, de force, de logique, ou de génie, ça n'est plus qu'une question d'heure. L'heure du destin. Et quand l'heure sonne tout s'écroule. Dévastations et ruines. C'est tout ce qui reste des civilisations. Le fléau de Dieu les visite toutes, les unes après les autres. Pas une qui ne succombe à la guerre. Question du génie humain. Perversité. Phénomène de la nature de l'homme. L'homme poursuit sa propre destruction. C'est automatique. Avec des pieux, des pierres, des frondes, avec des lance-flammes et des robots électriques, cette dernière incarnation du dernier des conquérants."

 

La première guerre mondiale c'est en effet le symbole le plus absolu de la souffrance du soldat, qui ne sait même plus pourquoi il se bat, qui essaie de survivre dans des conditions épouvantables, inhumaines, ou l'insalubrité dans les tranchées le dispute à l'acier qui sous toutes ses formes tente de le dissoudre, de le broyer, dans sa chair et son âme. C'est ce qui fera dire à Maurice GENEVOIX, un écrivain mobilisé dès 1914 : "ce que nous avons fait… En vérité, c'est plus qu'on ne pouvait demander à des hommes. Et nous l'avons fait."

La première guerre mondiale c'est le symbole de l'absurdité de la guerre, qui a mangé 1.4 millions d'hommes en France et 18 millions de par le monde, pour des raisons obscures, par le jeu des alliances qui mécaniquement ont précipité les uns contre les autres. Pas une ville, pas un village, pas une famille qui n'ait perdu un père, un fils, un frère, un cousin.

L'ampleur des atrocités vécues a été telle qu'il parut inconcevable, lorsque l'armistice fût signé, qu'un jour pareille horreur puisse ressurgir. La "der des der" disait-on… Or vous savez tous ce qui est advenu de ce pacifisme bienveillant des années 20, la fin de la première guerre mondiale contenait en ses germes la tragédie de 39-45, dont l'inhumanité a été encore plus abjecte.

Et puis la première guerre mondiale, il faut le dire aussi, c'est la première fois que les champs de bataille sont filmés, photographiés, racontés par le détail par les écrivains, les poètes qui l'ont vécu. Tout à chacun, dés lors, fut en mesure de voir au plus prés cette horreur, tout à chacun désormais pu recevoir, en pleine figure, les images d'une brutalité sans égale de ce qu'est la réalité de la guerre.

La guerre n'était dés lors plus l'intimité irracontable des soldats qu'ils emmenaient dans le secret de leurs tombes, elle apparaissait à la face du monde, et plus personne ne pouvait, face à de telles images invoquer quelconque grandeur ou quelconque vertu à ce prétendu Art de la guerre, personne ne pouvait plus imaginer qu'on sacrifie à ce point les vies humaines, réduites à un matricule, à un numéro parmi des millions d'autres qu'on envoyait en enfer en un claquement de doigts.

Cette guerre a donc marqué un profond sillon dans notre inconscient collectif national, elle est devenue le symbole de toutes les guerres, de toutes les souffrances, en témoignent ces monuments peuplant la France, gravés des noms de ceux qui n'en sont pas revenus. Mais plus encore en témoignent ceux qui ont survécu, qui ont raconté leurs calvaires, ces gueules cassées, ces mutilés, et tous ceux qui ont échappé aux blessures du corps mais pas à celles de l'âme. Jean Giono, un autre célèbre écrivain dit ceci : " Vingt ans ont passé. Et depuis vingt ans, malgré la vie, les douleurs et les bonheurs, je ne me suis pas lavé de la guerre. L'horreur de ces quatre ans est toujours en moi. Je porte la marque. Tous les survivants portent la marque."

Les morts, les blessés, les invalides, les gueules cassées, symboles innommables de la brutalité de l’acier, de l’explosif, se dressent aujourd’hui devant nous, se rappelant à notre souvenir, pour que nous n’oublions jamais ce qui s’est produit, car notre terre et notre histoire sont faites et pleines de leur souffrance.

Le Maréchal Foch a dit : "Parce qu'un homme sans mémoire est un homme sans vie, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir".

Alors je vous invite, ensemble, à nous rappeler ce que fût le sacrifice et l’abnégation de ces hommes, qui ont donné leur vie, prêts à tous les sacrifices, parce que leur pays le leur avait demandé. 

C’est l’histoire universelle et éternelle des petites gens pris dans les bouleversements de la grande Histoire, c’est l’histoire de nos arrière-grands-pères, de nos grands-pères, de nos pères, de nos frères, de nos aïeux.

Il est fondamental que cette mémoire perdure, qu’elle traverse les âges. Et c’est là que votre présence, celles des enfants, surtout, prend tout son sens. Notre devoir est de transmettre le cri, la douleur de ces hommes. Notre mission est de dire ce qui est arrivé, pour que cela n’arrive plus.

Ayons une pensée pour tous ceux qui ont connu la guerre, pour tous ceux qui la connaissent encore en ce jour, quelle qu’elle soit, pour tous ceux qui ont combattu, au péril de leurs vies, pour tous ceux qui savent ce qui se cache derrière ce mot.

Votre rôle, les enfants, est de faire perdurer ce souvenir, comme nous essayons de la faire. C’est vous qui bientôt construirez et dirigerez le monde, n’oubliez jamais que l’Europe, qui n’a plus connu de conflits majeurs depuis 68 ans, est pleine de ces vieux démons qu’il faut combattre chaque jour, partout et surtout en nous-mêmes.

En ces temps de doute, en ces temps de division, en ces temps difficiles que traverse notre nation, il est bon et heureux que nous sachions tous ensemble nous réunir pour se remémorer les périodes tragiques de notre histoire, des périodes qui ont mis à l'épreuve notre pays tout entier, des périodes dont nous avons su, néanmoins, nous relever.

Merci à tous 

Commentaires

Cher Gabriel,

l'esprit de la guerre a commencé avec la cupidité et semble se perpétuer sous l'emblème de la stupidité...
Aussi ai-je apprécié l'idée de lutter contre l'ignorance tel que le préconisait le Maréchal Foch en t'adressant en fin de discours directement aux enfants!
L'esprit de la Paix est loin de planer sur tous les territoires conquis par l'homme. Aussi dur que cela paraît, deux perspectives s'offraient à nous tous: soit le silence, si ce dernier permettait de soigner le maux de la guerre, soit l'action directe et, alors comme toi et avec toi, je soutiens le flambeau de la parole de raison! m*

Écrit par : Evéquoz Mariastella | 17/11/2013

Les commentaires sont fermés.