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13/11/2013

Rythmes scolaires : une réforme absurde, dispendieuse... et fatigante !

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Lorsque Vincent PEILLON, ministre de l'éducation nationale à pris la décision de réformer les rythmes scolaires, je crois que tous, unanimement, toute idéologie ou parti confondus ont reconnu la nécessité en effet d'alléger la journée de nos enfants, plus épuisés que la moyenne internationale.

Étonnant modèle français en effet selon lequel nos élèves travaillent moins que les autres sur l'année, (les écoliers français travaillent 144 jours contre 187 jours en moyenne dans les 34 pays de l’OCDE), mais beaucoup plus que les autres quant on établit la comparaison sur la journée, qui est beaucoup plus longue et plus chargée en France que dans la plupart des autres pays du monde. Moins de temps pour digérer un programme dense.


Selon les spécialistes des rythmes de l’enfant, cette organisation du temps scolaire est inadaptée et préjudiciable aux élèves. Elle est de surcroît source de fatigue et de difficultés scolaires.

Jusque là, je pense que tout le monde est d'accord sur le constat.

Or, la réforme des rythmes scolaires ne résout strictement rien, voire aggrave encore l'état de fatigue des enfants (lire à ce sujet les intéressants témoignages des directeurs d'école de Paris, qui ont écrit à leur directeur académique pour dénoncer les aberrations de cette réforme. En imposant 9 demi journées sur la semaine, en passant donc à 4.5 jours, et en rajoutant donc le mercredi matin à la semaine de nos chers enfants, c'est toute la société française, à commencer par la vie dans nos écoles  qui s'en trouve désorganisée, et pour quel bénéfice : ZÉRO.

Le mardi soir offrait une coupure, une sorte de mini-week-end aux enfants. Le Mercredi, jour utilisé par beaucoup pour d'autres activités, sportives et culturelles, s'en trouve totalement chamboulé. Et les enfants se lèvent donc de bonne heure 5 jours sur 5.

Parmi les 20% de communes qui sont passées à la réforme dès la rentrée 2013/2014, les retours d'expérience, les uns après les autres, témoignent de difficultés majeures lézardant l'enthousiasme béat de certains.

D'abord, l’État se défausse totalement sur les municipalités pour la prise en charge de la réforme, et ce n'est certainement pas une obole de 50 euros par élève qui compensera l'accroissement extrêmement important des charges pour les communes. Car en effet, le nouveau temps TAP (temps d'activités périscolaires) est du ressort exclusif de la mairie.

A Saint-Cergues, nous avons fait le choix d'appliquer la réforme en 2014, afin de se donner le temps de la réflexion et surtout afin de voir comment ailleurs la chose se déroulait... Nos estimations relèvent qu'il nous faudra embaucher 6 équivalents temps plein pour répondre à la demande, ce qui grèvera nos charges de fonctionnement de 15 à 20 % environ. Le coût est donc pharaonique pour les petites et moyennes communes, il ne l'est pas moins dans les grandes villes, mais les proportions apparaissent moindres étant donnés les effectifs plus conséquents des personnels de mairie des grandes villes.

Cette réforme produira donc une école à plusieurs vitesses, entre les communes qui feront le choix de rendre payant ou pas ce service, entre celles qui mettront tous les moyens pour en faire un temps de qualité, et celles qui ne feront que de la garderie au rabais... (lire ce très justement cruel article : Réforme des rythmes scolaires : voyage en absurdie, Le Point ) portant délibérément atteinte au principe d'égalité puisque subordonnant la qualité de ce temps TAP au bon vouloir mais surtout aux capacités techniques et financières des communes, à la compétence ou pas des personnels recrutés pour exercer cette mission, à la qualité ou pas des intervenants extérieurs... Sur ce point je m'étonne qu'on puisse à ce point déroger à ce principe de base selon lequel tous les enfants de toute la France doive pouvoir bénéficier d'un enseignement d'une qualité égale.

Ensuite, comme je le disais plus haut, non seulement l'enfant ne voit pas sa journée s'alléger de quelconque façon, puisque le temps qu'il ne passe plus en classe il le passe en temps TAP, mais en plus sa journée est rendue beaucoup plus complexe, à tel point qu'il ne sait plus parfois où il en est : Suis en TAP, suis-je en temps scolaire avec la maîtresse ou le maître, suis-je en périscolaire ?  L'enfant perd la notion d'adulte référent, perd ses repères... Cette confusion génère d'ailleurs de gros problèmes en termes de sécurité, et de nombreux enfants déboussolés ont quitté l'école trop tôt ou trop tard, et les enseignants, les animateurs communaux et les parents sont complètement perdus aussi...

Rarement réforme aura fait une telle unanimité... contre elle ! Et les directeurs académiques nous somment de rendre nos propositions d'organisation de la semaine de nos enfants avant décembre, ne nous laissant pas le temps de la concertation.

Au delà de l'impact puissamment négatif sur nos enfants, cette réforme dérègle toute la vie en société. Beaucoup de parents en effet avaient pris des dispositions le mercredi pour s'occuper de leurs petits, beaucoup de petits vont devoir sacrifier leurs activités sportives ou culturelles, et déjà, de nombreuses associations font les frais de ces bouleversements en voyant leurs effectifs baissés drastiquement. On nous répond que cela n'est pas grave, car les associations pourront intervenir, justement pendant les temps TAP : Mais il va de soi que la qualité des enseignements dispensés lorsqu'en petit groupe vous allez prendre un cours de musique le mercredi matin n'aura rien à voir avec la vague initiation que vous pourrez mettre en place sur 1 heure pendant les temps TAP avec un groupe de 50 gamins !

C'est terrible, le Ministre voulait absolument faire quelque chose : un effet d'annonce à la va vite et cauchemar : une réforme est née.

A Saint-Cergues, sous la contrainte de la loi, et actant la nécessité de repenser, dans l'intérêt de l'enfant l'organisation des rythmes, nous avons concerté avec les parents, les enseignants. Nous avons une proposition mais qui est clairement dérogatoire à la directive du Ministre. Il y a très peu de chance qu'elle soit acceptée par le Directeur académique.

Encore une fois, cette proposition nous la faisons car la loi nous y obligePour l’instant… Cela dit, nous avons voulu en effet que le temps TAP ne soit pas qu'une garderie stérile en offrant aux enfants, comme pour notre périscolaire, des activités pédagogiques de qualité.

A ce stade, et face à l'ampleur de la contestation, face au revirement de certaines communes qui étaient passées un peu vite à la réforme, face au coût insensé d'une mesure qui ne profite à personne et désorganise la société et les familles et surtout épuise un peu plus nos enfants, il va de soi que nous jugeons hautement préférable de ne rien changer à l’organisation qui avait cours jusqu'à aujourd’hui.

Notre démarche est de ne pas avoir voulu refuser brutalement et sans arguments cette réforme, les retours d'expérience catastrophiques qu'on peut lire un peu partout nous interrogent sur la pérennité de cette mesure dont on peut se demander en effet si elle passera l’hiver.

Pour alléger les journées de nos enfants, pourquoi ne pas allonger l'année scolaire ? Une ou deux semaines supplémentaires, prises sur les très longues vacances d'été suffiraient amplement, sans désorganiser un pays tout entier. Mais peut-être que ce serait trop simple ?

Commentaires

Parfaitement d'accord avec l'analyse et surtout la conclusion. Maman de deux ados épuisés avec des journées qui n'en finissent pas si l'on compte le transport (+ les nouveaux bouchons de la 2x2 voies) et le travail à la maison, je propose 1) que le calendrier scolaire soit vraiment appliqué jusqu'à la fin de l'année scolaire (les cours s'interrompent vers le 20 juin au lieu du 5 juillet et les bulletins bouclés le 30 mai) 2) que les collégiens et lycéens, qui ont l'âge de l'autonomie, commencent leur journée à 9 h et la finissent à 16 h avec une pause d'1 h maximum pour le déjeuner. Si l'on pouvait aussi supprimer les devoirs (réviser les cours de 9 matières remplit bien assez les soirées), ce serait le début du secondaire idéal !

Écrit par : N. Lavy | 13/11/2013

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