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26/11/2013

Construire moins, construire mieux ! réunion publique révision générale du PLU de Saint-Cergues

  

Bonsoir et bienvenue à toutes et à tous pour cette deuxième réunion publique de la révision générale N° 3 de notre PLU. La dernière fois nous avions dressé le portrait du territoire (le diagnostic territorial), en listant les enjeux qui sont les nôtres et les défis que nous avions à relever. Ce soir nous allons vous présenter notre projet d’Aménagement et de Développement durables (PADD) dont l’objectif est de fixer les grands orientations de notre projet de vie pour les 10/15 ans à venir, et de servir de référence pour tous les éléments réglementaires du futur PLU.

Je ne reviendrai que très brièvement sur le contexte que je vous avais déjà un peu exposé la dernière fois : 

·         le PLU actuel a été validé en 2008. Nous devons le mettre en compatibilité avec les documents d’urbanisme qui s’imposent à lui tels que le SCOT, ainsi qu’avec les nouvelles législations nationales comme le Grenelle.

·         On a beaucoup construit à Saint-Cergues ces dernières années, comme dans toute la région, du fait de la très grande pression immobilière qui règne dans le secteur. Cette pression est le fruit de l’attractivité et du dynamisme économique genevois qui fait que notre région résiste mieux à la crise, mais qui fait aussi que parce que Genève ne construit pas de logements qu'un nombre très important de citoyens genevois viennent habiter chez nous n’ayant pas de solution sur le territoire cantonal, ce qui a pour effet de renchérir considérablement les prix du logement  et qui rend la situation très difficile pour ceux qui sont salariés en euros.

·         Mais il ne faut pas rendre Genève responsable de tout, et c’est bien parce que du côté français nous avons laissé trop construire, que nous avons laissé notre territoire se miter, laisser s’implanter des villas au milieu des champs générant un étalement urbain anarchique, que Genève a pu se défausser sur nous.

·         Il est donc urgent de réagir, sur le territoire d’une agglomération annemassienne où il ne reste plus que 10 % de terres agricoles. La réaction est en marche, et c’est ainsi que depuis 2008 aussi un Schéma de Cohérence Territoriale est en vigueur sur la région annemassienne, un SCOT, qui est une sorte de super PLU s’imposant à nous, et qui ambitionne de maîtriser notre développement.

·          Dans la cadre du grand Genève comme dans le cadre du SCOT, nous disposons de nouveaux outils qui permettront, nous l’espérons, de passer du subi au maîtrisé, de corriger ces déséquilibres.

·         Ce SCOT nous identifie clairement comme un poumon vert. L’enjeu c’est effectivement de rester un village même si nous nous développons.

·         Une étude menée en 2009 sur la compatibilité de notre PLU avec le SCOT d’Annemasse Agglo a démontré que notre Plu était à bien des égards trop permissif, en permettant des extensions de constructibilité trop importantes, dans des zones trop éloignées de la centralité. Le potentiel de notre PLU est donc démesuré, puisqu’il permettrait, si toutes les zones à bâtir étaient bâties, en l’état, de produire 1200 nouveaux logements. Cela est excessif, bien évidemment, et cela mettrait en péril le fonctionnement de nos services publics, ainsi que le caractère encore rural de la commune.

·         Il faut donc agir vous l’avez compris, non pas pour devenir une sorte de réserve d’indiens où plus rien ne se passerait, mais au contraire pour se développer harmonieusement en proscrivant le mitage, en densifiant les centralités, en bouchant les dents creuses des hameaux, en favorisant la mixité sociale, près des commerces, des futurs transports publics, des écoles et administrations, comme nous avons déjà commencé à le faire, et ce seront autant de zones agricoles et naturelles qui seront épargnées.

·         C’est ainsi que par des procédures de modification ou de révisions simplifiée nous avons pu parer au plus urgent et c’est ainsi que par cette révision générale N° 3 nous entendons mieux protéger cette commune et lui permettre de conserver un cadre de vie agréable, à rebours d’autres collectivités qui bétonnent à tout va et se transforment à toute vitesse en cité dortoir, avec des lotissements à l’américaine qui se succèdent, sans connexion les uns avec les autres, sans aucune forme de vivre ensemble, sans aucune forme de considération pour le paysage. Sur ce point d’ailleurs, il faut noter que l’État intervient de plus en plus fermement contre les communes qui se développent de façon irraisonnée.

·         Ce soir constitue donc une seconde étape importante, au cours de laquelle le cabinet LEMAIRE qui nous accompagne depuis le début de la procédure va vous présenter Notre PADD, et va dresser les premières pistes d’élaboration de notre futur PLU.  Je profite donc de l’occasion pour saluer son dirigeant, M. LEMAIRE, et pour le remercier lui et ses collaborateurs pour leur excellent travail.

·         Réviser un PLU est un travail énorme, qui nécessite un nombre considérable de réunions, et je veux saluer également ce soir l’action de Danielle COTTET, première adjointe en charge de l’urbanisme et de toute la commission PLU. Je veux les féliciter, car la tâche est très sensible. En effet, on ne révise pas un Plu par simple opportunité, on ne change pas les zonages pour faire plaisir à tel ou untel ou au contraire pour nuire à tel ou tel. On doit prendre des décisions avec le seul et unique souci de l’intérêt général, et cet intérêt général n’est pas la somme des intérêts particuliers. Il est la vision que nous avons pour ce village, la vision que nous avons pour préserver notre cadre de vie, pour participer au développement de la région, mais en maîtrisant les choses, en arrêtant de consommer inutilement de l’espace.

Dans cette procédure je vous rappelle que La concertation est large, avec l’État, avec l’Agglo, qui porte notre SCOT, avec les chambres d’agriculture, de commerce et d’industrie, actant cette évidence que notre commune est imbriquée dans des ensembles et des problématiques plus vastes avec lesquels il nous faut être en cohérence. Et cette concertation, bien sûr vous est largement ouverte, par ces réunions publiques qui se tiennent et surtout par l’enquête publique enfin au cours de laquelle vous pourrez naturellement vous exprimer.

Le but dans le fond c'est que Saint-Cergues ne devienne pas une cité dortoir, que nous restions un poumon vert, tout en se développant, tout en restant une commune dynamique, jeune, mais en conservant notre âme.

 

 

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13/11/2013

Rythmes scolaires : une réforme absurde, dispendieuse... et fatigante !

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Lorsque Vincent PEILLON, ministre de l'éducation nationale à pris la décision de réformer les rythmes scolaires, je crois que tous, unanimement, toute idéologie ou parti confondus ont reconnu la nécessité en effet d'alléger la journée de nos enfants, plus épuisés que la moyenne internationale.

Étonnant modèle français en effet selon lequel nos élèves travaillent moins que les autres sur l'année, (les écoliers français travaillent 144 jours contre 187 jours en moyenne dans les 34 pays de l’OCDE), mais beaucoup plus que les autres quant on établit la comparaison sur la journée, qui est beaucoup plus longue et plus chargée en France que dans la plupart des autres pays du monde. Moins de temps pour digérer un programme dense.


Selon les spécialistes des rythmes de l’enfant, cette organisation du temps scolaire est inadaptée et préjudiciable aux élèves. Elle est de surcroît source de fatigue et de difficultés scolaires.

Jusque là, je pense que tout le monde est d'accord sur le constat.

Or, la réforme des rythmes scolaires ne résout strictement rien, voire aggrave encore l'état de fatigue des enfants (lire à ce sujet les intéressants témoignages des directeurs d'école de Paris, qui ont écrit à leur directeur académique pour dénoncer les aberrations de cette réforme. En imposant 9 demi journées sur la semaine, en passant donc à 4.5 jours, et en rajoutant donc le mercredi matin à la semaine de nos chers enfants, c'est toute la société française, à commencer par la vie dans nos écoles  qui s'en trouve désorganisée, et pour quel bénéfice : ZÉRO.

Le mardi soir offrait une coupure, une sorte de mini-week-end aux enfants. Le Mercredi, jour utilisé par beaucoup pour d'autres activités, sportives et culturelles, s'en trouve totalement chamboulé. Et les enfants se lèvent donc de bonne heure 5 jours sur 5.

Parmi les 20% de communes qui sont passées à la réforme dès la rentrée 2013/2014, les retours d'expérience, les uns après les autres, témoignent de difficultés majeures lézardant l'enthousiasme béat de certains.

D'abord, l’État se défausse totalement sur les municipalités pour la prise en charge de la réforme, et ce n'est certainement pas une obole de 50 euros par élève qui compensera l'accroissement extrêmement important des charges pour les communes. Car en effet, le nouveau temps TAP (temps d'activités périscolaires) est du ressort exclusif de la mairie.

A Saint-Cergues, nous avons fait le choix d'appliquer la réforme en 2014, afin de se donner le temps de la réflexion et surtout afin de voir comment ailleurs la chose se déroulait... Nos estimations relèvent qu'il nous faudra embaucher 6 équivalents temps plein pour répondre à la demande, ce qui grèvera nos charges de fonctionnement de 15 à 20 % environ. Le coût est donc pharaonique pour les petites et moyennes communes, il ne l'est pas moins dans les grandes villes, mais les proportions apparaissent moindres étant donnés les effectifs plus conséquents des personnels de mairie des grandes villes.

Cette réforme produira donc une école à plusieurs vitesses, entre les communes qui feront le choix de rendre payant ou pas ce service, entre celles qui mettront tous les moyens pour en faire un temps de qualité, et celles qui ne feront que de la garderie au rabais... (lire ce très justement cruel article : Réforme des rythmes scolaires : voyage en absurdie, Le Point ) portant délibérément atteinte au principe d'égalité puisque subordonnant la qualité de ce temps TAP au bon vouloir mais surtout aux capacités techniques et financières des communes, à la compétence ou pas des personnels recrutés pour exercer cette mission, à la qualité ou pas des intervenants extérieurs... Sur ce point je m'étonne qu'on puisse à ce point déroger à ce principe de base selon lequel tous les enfants de toute la France doive pouvoir bénéficier d'un enseignement d'une qualité égale.

Ensuite, comme je le disais plus haut, non seulement l'enfant ne voit pas sa journée s'alléger de quelconque façon, puisque le temps qu'il ne passe plus en classe il le passe en temps TAP, mais en plus sa journée est rendue beaucoup plus complexe, à tel point qu'il ne sait plus parfois où il en est : Suis en TAP, suis-je en temps scolaire avec la maîtresse ou le maître, suis-je en périscolaire ?  L'enfant perd la notion d'adulte référent, perd ses repères... Cette confusion génère d'ailleurs de gros problèmes en termes de sécurité, et de nombreux enfants déboussolés ont quitté l'école trop tôt ou trop tard, et les enseignants, les animateurs communaux et les parents sont complètement perdus aussi...

Rarement réforme aura fait une telle unanimité... contre elle ! Et les directeurs académiques nous somment de rendre nos propositions d'organisation de la semaine de nos enfants avant décembre, ne nous laissant pas le temps de la concertation.

Au delà de l'impact puissamment négatif sur nos enfants, cette réforme dérègle toute la vie en société. Beaucoup de parents en effet avaient pris des dispositions le mercredi pour s'occuper de leurs petits, beaucoup de petits vont devoir sacrifier leurs activités sportives ou culturelles, et déjà, de nombreuses associations font les frais de ces bouleversements en voyant leurs effectifs baissés drastiquement. On nous répond que cela n'est pas grave, car les associations pourront intervenir, justement pendant les temps TAP : Mais il va de soi que la qualité des enseignements dispensés lorsqu'en petit groupe vous allez prendre un cours de musique le mercredi matin n'aura rien à voir avec la vague initiation que vous pourrez mettre en place sur 1 heure pendant les temps TAP avec un groupe de 50 gamins !

C'est terrible, le Ministre voulait absolument faire quelque chose : un effet d'annonce à la va vite et cauchemar : une réforme est née.

A Saint-Cergues, sous la contrainte de la loi, et actant la nécessité de repenser, dans l'intérêt de l'enfant l'organisation des rythmes, nous avons concerté avec les parents, les enseignants. Nous avons une proposition mais qui est clairement dérogatoire à la directive du Ministre. Il y a très peu de chance qu'elle soit acceptée par le Directeur académique.

Encore une fois, cette proposition nous la faisons car la loi nous y obligePour l’instant… Cela dit, nous avons voulu en effet que le temps TAP ne soit pas qu'une garderie stérile en offrant aux enfants, comme pour notre périscolaire, des activités pédagogiques de qualité.

A ce stade, et face à l'ampleur de la contestation, face au revirement de certaines communes qui étaient passées un peu vite à la réforme, face au coût insensé d'une mesure qui ne profite à personne et désorganise la société et les familles et surtout épuise un peu plus nos enfants, il va de soi que nous jugeons hautement préférable de ne rien changer à l’organisation qui avait cours jusqu'à aujourd’hui.

Notre démarche est de ne pas avoir voulu refuser brutalement et sans arguments cette réforme, les retours d'expérience catastrophiques qu'on peut lire un peu partout nous interrogent sur la pérennité de cette mesure dont on peut se demander en effet si elle passera l’hiver.

Pour alléger les journées de nos enfants, pourquoi ne pas allonger l'année scolaire ? Une ou deux semaines supplémentaires, prises sur les très longues vacances d'été suffiraient amplement, sans désorganiser un pays tout entier. Mais peut-être que ce serait trop simple ?

12/11/2013

Discours du 11 novembre 2013

Monsieur le Maire de Machilly,

Monsieur le Curé,

Monsieur le président des anciens combattants et maire honoraire,

Mesdames et Messieurs les anciens combattants,

Mesdames et Messieurs les victimes de toutes les guerres et leurs portes drapeaux,

Mesdames et messieurs les membres du conseil municipal,

Mesdames et Messieurs les professeurs des écoles,

Mesdames et messieurs,

Chers enfants,

Chers amis,

Merci infiniment à tous d’être là.

Je tiens à saluer également la présence d'une équipe de la télévision suisse romande qui a choisit notre commune pour évoquer les problématiques transfrontalières du moment et a trouvé intéressant d'assister à cette commémoration. Bienvenue à vous Messieurs.

La commémoration de la fin de la première guerre mondiale résonne en effet d'une intensité particulière dans le cœur et l'inconscient collectif français. Aussi loin de nous que paraisse ce conflit - nous célébrons en effet les 95 ans de son armistice et célébrerons l'an prochain le centenaire de son commencement -  il y a dans notre souvenir, dans notre imagerie nationale quelque chose qui lui confère une dimension inégalée, qui va au delà des raisons qui ont provoqué cette guerre, qui va au delà même de savoir qui l'a gagné ou qui l'a perdu.

Et cette chose, c'est incontestablement l'horreur vécu par les soldats, la boue des champs de bataille, la survie dans les tranchées, sous le déluge de feu, c'est le premier conflit d'envergure mondiale, ou l'homme, quel qu'il soit, et qu'elle que soit sa nationalité, s'est retrouvé mué en chair à canon, expression qui traduit bien la fragilité des corps face à une industrie de mort qui ne savait plus qu'inventer pour détruire, pulvériser et anéantir.

 

La première guerre mondiale c'est en effet l'irruption brutale et insensée de la machine au service de la mort. Aux idéaux de la chevalerie, ou le corps à corps et le maniement de l'épée pouvait encore conférer quelque noblesse au combat, s'est substituée une vision et une logique de masse ou les généraux depuis leurs QG, comme on joue aux échecs, lançaient des attaques de milliers d'hommes que quelques minutes de bombardements furieux faisaient disparaître. 

 

Vous me permettrez de citer Blaise Cendrars pour illustrer mes propos, célèbre écrivain de nationalité suisse, d'ailleurs, qui s'est engagé dans les volontaires étrangers puis dans la légion pour défendre ce qui deviendra sa patrie d'adoption, la France : "Je m'empresse de dire que la guerre ce n'est pas beau et que, surtout ce qu'on en voit quand on y est mêlé comme exécutant, un homme perdu dans le rang, un matricule parmi des millions d'autres, est par trop bête et ne semble obéir à aucun plan d'ensemble mais au hasard.  Et c'est bien ça, on va, on pousse, on tombe, on crève, on se relève, on marche et on recommence. De tous les tableaux des batailles auxquelles j'ai assisté je n'ai rapporté qu'une image de pagaille. Quand on en est là, ça n'est plus un problème d'art, de science, de préparation, de force, de logique, ou de génie, ça n'est plus qu'une question d'heure. L'heure du destin. Et quand l'heure sonne tout s'écroule. Dévastations et ruines. C'est tout ce qui reste des civilisations. Le fléau de Dieu les visite toutes, les unes après les autres. Pas une qui ne succombe à la guerre. Question du génie humain. Perversité. Phénomène de la nature de l'homme. L'homme poursuit sa propre destruction. C'est automatique. Avec des pieux, des pierres, des frondes, avec des lance-flammes et des robots électriques, cette dernière incarnation du dernier des conquérants."

 

La première guerre mondiale c'est en effet le symbole le plus absolu de la souffrance du soldat, qui ne sait même plus pourquoi il se bat, qui essaie de survivre dans des conditions épouvantables, inhumaines, ou l'insalubrité dans les tranchées le dispute à l'acier qui sous toutes ses formes tente de le dissoudre, de le broyer, dans sa chair et son âme. C'est ce qui fera dire à Maurice GENEVOIX, un écrivain mobilisé dès 1914 : "ce que nous avons fait… En vérité, c'est plus qu'on ne pouvait demander à des hommes. Et nous l'avons fait."

La première guerre mondiale c'est le symbole de l'absurdité de la guerre, qui a mangé 1.4 millions d'hommes en France et 18 millions de par le monde, pour des raisons obscures, par le jeu des alliances qui mécaniquement ont précipité les uns contre les autres. Pas une ville, pas un village, pas une famille qui n'ait perdu un père, un fils, un frère, un cousin.

L'ampleur des atrocités vécues a été telle qu'il parut inconcevable, lorsque l'armistice fût signé, qu'un jour pareille horreur puisse ressurgir. La "der des der" disait-on… Or vous savez tous ce qui est advenu de ce pacifisme bienveillant des années 20, la fin de la première guerre mondiale contenait en ses germes la tragédie de 39-45, dont l'inhumanité a été encore plus abjecte.

Et puis la première guerre mondiale, il faut le dire aussi, c'est la première fois que les champs de bataille sont filmés, photographiés, racontés par le détail par les écrivains, les poètes qui l'ont vécu. Tout à chacun, dés lors, fut en mesure de voir au plus prés cette horreur, tout à chacun désormais pu recevoir, en pleine figure, les images d'une brutalité sans égale de ce qu'est la réalité de la guerre.

La guerre n'était dés lors plus l'intimité irracontable des soldats qu'ils emmenaient dans le secret de leurs tombes, elle apparaissait à la face du monde, et plus personne ne pouvait, face à de telles images invoquer quelconque grandeur ou quelconque vertu à ce prétendu Art de la guerre, personne ne pouvait plus imaginer qu'on sacrifie à ce point les vies humaines, réduites à un matricule, à un numéro parmi des millions d'autres qu'on envoyait en enfer en un claquement de doigts.

Cette guerre a donc marqué un profond sillon dans notre inconscient collectif national, elle est devenue le symbole de toutes les guerres, de toutes les souffrances, en témoignent ces monuments peuplant la France, gravés des noms de ceux qui n'en sont pas revenus. Mais plus encore en témoignent ceux qui ont survécu, qui ont raconté leurs calvaires, ces gueules cassées, ces mutilés, et tous ceux qui ont échappé aux blessures du corps mais pas à celles de l'âme. Jean Giono, un autre célèbre écrivain dit ceci : " Vingt ans ont passé. Et depuis vingt ans, malgré la vie, les douleurs et les bonheurs, je ne me suis pas lavé de la guerre. L'horreur de ces quatre ans est toujours en moi. Je porte la marque. Tous les survivants portent la marque."

Les morts, les blessés, les invalides, les gueules cassées, symboles innommables de la brutalité de l’acier, de l’explosif, se dressent aujourd’hui devant nous, se rappelant à notre souvenir, pour que nous n’oublions jamais ce qui s’est produit, car notre terre et notre histoire sont faites et pleines de leur souffrance.

Le Maréchal Foch a dit : "Parce qu'un homme sans mémoire est un homme sans vie, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir".

Alors je vous invite, ensemble, à nous rappeler ce que fût le sacrifice et l’abnégation de ces hommes, qui ont donné leur vie, prêts à tous les sacrifices, parce que leur pays le leur avait demandé. 

C’est l’histoire universelle et éternelle des petites gens pris dans les bouleversements de la grande Histoire, c’est l’histoire de nos arrière-grands-pères, de nos grands-pères, de nos pères, de nos frères, de nos aïeux.

Il est fondamental que cette mémoire perdure, qu’elle traverse les âges. Et c’est là que votre présence, celles des enfants, surtout, prend tout son sens. Notre devoir est de transmettre le cri, la douleur de ces hommes. Notre mission est de dire ce qui est arrivé, pour que cela n’arrive plus.

Ayons une pensée pour tous ceux qui ont connu la guerre, pour tous ceux qui la connaissent encore en ce jour, quelle qu’elle soit, pour tous ceux qui ont combattu, au péril de leurs vies, pour tous ceux qui savent ce qui se cache derrière ce mot.

Votre rôle, les enfants, est de faire perdurer ce souvenir, comme nous essayons de la faire. C’est vous qui bientôt construirez et dirigerez le monde, n’oubliez jamais que l’Europe, qui n’a plus connu de conflits majeurs depuis 68 ans, est pleine de ces vieux démons qu’il faut combattre chaque jour, partout et surtout en nous-mêmes.

En ces temps de doute, en ces temps de division, en ces temps difficiles que traverse notre nation, il est bon et heureux que nous sachions tous ensemble nous réunir pour se remémorer les périodes tragiques de notre histoire, des périodes qui ont mis à l'épreuve notre pays tout entier, des périodes dont nous avons su, néanmoins, nous relever.

Merci à tous