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28/02/2014

Médecin à Saint-Cergues : quelques précisions !

Une pétition circule actuellement dans les commerces de Saint-Cergues, alertant la mairie sur le départ imminent du docteur Sonnet, qui prendra sa retraite à la fin du mois de mai. Cette « lettre ouverte à la mairie », dont on ne sait pas qui sont les initiateurs, puisqu’elle n’a pas été signée, veut attirer en effet l’attention des élus sur cet enjeu crucial pour la commune. Elle explique également que les élus n’ont rien fait pour remédier à cela, ce qui est "un peu" injuste. Il me semble que cela nécessite quelques précisions.

Il est absolument légitime et totalement compréhensible que la population soit inquiète, mais il faut savoir que nous le sommes aussi, et depuis longtemps.

Au cours du mandat, j’ai rencontré deux cabinets de recrutement de médecins européens, deux rendez-vous qui m’ont laissé très perplexe dans la mesure où il était demandé à la commune des sommes astronomiques sans garantie aucune du niveau de compétence des praticiens recrutés et surtout sans garantie aucune quant à la stabilité de ces médecins une fois installés. Nombreuses sont en effet les communes à avoir investi des sommes considérables et à s’être retrouvée au point de départ, les médecins ayant quitté les lieux pourtant bâtis pour eux.

Depuis quelques mois, nous étions en discussion avec un docteur très intéressée pour s’implanter, avec qui nous avons eu de nombreux échanges et rendez-vous. Cette praticienne avait d’ailleurs pu rencontrer le docteur Sonnet et passer du temps avec lui dans son cabinet.

Elle souhaitait s’implanter très vite, avec un éventuel collègue, au 1er avril. Le cabinet du Docteur Sonnet ne répondant pas aux normes qui doivent s’appliquer à tous les établissements recevant du public à compter de 2015, elle devait donc chercher un autre endroit. Nous avons donc fait l’inventaire des propriétés de la commune qui auraient pu, au moins de façon provisoire, l’accueillir.  La seule étant l’appartement de la poste. Or cela ne convenait pas au médecin, de plus il est vrai, ces locaux n’étaient pas conformes non plus en terme d’accessibilité.

Nous avons donc proposé l’installation dans un bâtiment préfabriqué de deux cabinets médicaux, de grande qualité, qui auraient permis de démarrer le travail, pendant quelques mois, avant de déménager ces cabinets dans une opération immobilière en centralité dont le permis de construire est imminent, ou sur un terrain de la commune que nous aurions pu mettre à disposition à prix imbattable.

C’est dans cet état d’esprit que les négociations ont avancé. La commune a proposé de prendre en charge l’installation du bâtiment modulaire, sur la place de l’ancienne fruitière (en face de la fleuriste), le raccordement à tous les réseaux (Eau potable, eaux usées, EDF, France Telecom), et de ne facturer au médecin que la moitié du loyer demandé par la société qui nous loue ce bâtiment.

La facture s’élevait pour la commune à 25 000 euros. L’effort était considérable et à la mesure des enjeux. Sauf qu’après toutes ces démarches, le médecin s’est finalement ravisée et à mis brutalement fin aux discussions, nous laissant en plan avec nos devis, nos démarches administratives pour bonne part accomplies.

La déception est immense, naturellement. Dans le bilan/proposition envoyé à la population, nous avions évoqué avec enthousiasme ces négociations prometteuses, mais effectivement, le sort en a décidé autrement.

Néanmoins, j’avais mis en relation avec ce médecin un autre médecin qui m’avait contacté également il y a plusieurs mois.

J’ai rappelé ce praticien exerçant actuellement sur Annemasse qui m’a dit son grand étonnement de n’avoir jamais été rappelé par la médecin qui nous a quitté. Celui-ci est toujours très intéressé pour s’installer à Saint-Cergues, et viendra nous rencontrer très prochainement. Il se dit prêt à travailler dans les locaux provisoires.

L’affaire n’est donc pas terminée, et a toutes les chances de réussir. D’autant plus que depuis quelques jours, vous avez appris que l’échéance de 2015 pour la mise aux normes en termes d’accessibilité des lieux publics venait d’être repoussée. Concrètement cela veut dire que le cabinet du Docteur Sonnet reste utilisable encore pour quelques années au moins.

Ainsi nous ferons tout pour que le docteur originaire d’Annemasse s’installe le plus rapidement possible à Saint-Cergues.

Cette problématique n’est pas simple, elle est même extrêmement compliquée, car les facultés de médecine ne « produisent » actuellement que deux médecins généralistes par an et par département… L’augmentation du numerus clausus ne produira ses effets que dans une dizaine d’année. La concurrence est donc rude.

Et encore, nous ne sommes pas les plus mal lotis, si l’on compare avec d’autres territoires français. Nous avons un hôpital public flambant neuf à 8 kilomètres, un hôpital privé flambant neuf aussi à 7 kilomètres, il y a les urgences du Léman, et bien entendu aussi le cabinet des 3 médecins à Machilly, qui certes est saturé.

Certaines communes font des ponts d’or aux docteurs parfois avec pertes et fracas. Je pense à quelques communes du département qui ont construit des cabinets, aux frais du contribuable, cabinets désespérément vides depuis. Je pense qu’il est préférable de construire le projet avec des médecins dont on est sûr, et qui ont la volonté d’investir eux aussi. Car le revenu moyen des médecins tourne quand même autour de 5 à 6000 euros par mois, ce qui est mérité bien sûr vu le nombre d'années d'études et leurs responsabilités mais ce qui laisse aussi la faculté de prendre en charge tout de même quelques frais.

Tout cela pour dire que c’est activement que nous recherchons une solution. Une fois le médecin installé, nous travaillerons à la création d’un pôle de santé, regroupé dans le rez-de-chaussée d’une opération immobilière imminente (la chose a déjà été discutée avec le promoteur) ou sur un terrain de la mairie. Car l’idéal serait d’avoir plusieurs généralistes et plusieurs infirmiers pour être en paix avec cette problématique.

Je tenais à donner toutes ces précisions, car il est un peu facile, parce que la mairie traverse un coup dur suite au désistement d'un médecin, de dire « ils n’ont rien fait ». S’il y avait une solution miracle à cette problématique, cela se saurait. Néanmoins, cette expression traduit une inquiétude qui est une priorité évidente pour la commune.

24/02/2014

Droit de Réponse suite à l'article du Messager : "Fast Food,un permis de construire qui agace"

   ce droit de réponse paraîtra dans l'édition du Messager du 27.02 prochain

Dans la dernière édition du Messager, un article faisait mention d'un permis de construire refusé par la mairie de Saint-Cergues le 26 décembre dernier à Mac Donalds dans le projet d'extension de la zone des Vouards.

Il n'en fallait pas moins pour que se bâtisse une théorie du complot fumeuse, qui a d'ailleurs pu s'étaler sans forme de contradiction aucune puisque Le Messager n'a pas interviewé sur ce point ni la mairie, ni l'Etat, ni Mac Donalds, ce qui est bien regrettable. Seuls se sont exprimés, de façon anonyme, un ou plusieurs "commerçants", la seule personne assumant son identité étant Maître Vincent LACROIX, avocat du restaurant la Ferme à Elise (établissement de la zone des Vouards).

Ainsi donc la semaine dernière, par l'intermédiaire de son conseil et si on lit bien, le restaurateur de la Ferme à Elise et donc "des commerçants" ont avancé quelques lourdes insinuations selon lesquelles l'Etat, la Mairie et Mac Donalds se seraient entendus à l'époque pour faire correspondre les tracés du nouvel échangeur aux seuls besoins du géant de la restauration rapide !

Il faudrait donc imaginer qu'en 2006, date de clôture de l'enquête publique, tout aurait été fait pour favoriser l'implantation et les accès du géant de la restauration rapide au détriment des restaurateurs déjà présents. Ces affirmations absurdes seraient risibles si elles ne portaient pas autant atteinte à l'honneur de l'Etat et à celui des élus de Saint-Cergues de l'époque.

Il convient donc de rappeler quelques faits : l'enquête publique de mise à 2 x 2 voies de la RD 1206 est close depuis 2006, le tracé du projet est donc définitif depuis cette date. D'ailleurs il n'y a eu aucune remarque des commerçants du secteur dans le registre d'enquête. Mac Donalds n'est venu rencontrer la mairie de Saint-Cergues qu'en 2013, soit 7 ans après ! Ce sont d'ailleurs les élus de Saint-Cergues qui ont donné l’information aux restaurants de la zone des Vouards.

Nous comprenons l'inquiétude de la Ferme à Elise et des commerçants face aux travaux gigantesques menés par l'Etat. Le restaurateur en question annonce des baisses de chiffre d'affaire de l'ordre de 30 % et avait demandé avec d'autres à l'Etat la création d'une deuxième entrée, aux droits de son établissement.

Même si dans le village, beaucoup ont parlé d'exagération à ce sujet, en nous disant que le parking de ce restaurant était souvent plein, les élus de Saint-Cergues se sont attachés à essayer d'accompagner ce restaurateur dans sa discussion avec l'Etat. Des réunions ont été faites, afin de trouver des solutions, elles n'ont pas abouti dans la mesure où l'Etat a estimé qu'à ce stade du projet et compte tenu des contraintes du secteur, il n'était pas possible de créer une deuxième entrée, à 600 mètres de celle qui existe aujourd'hui. Le Préfet de la Haute-Savoie, représentant du gouvernement, a donc mis un terme aux discussions, après analyse du dossier, il y a quelques mois.

Le restaurateur de la Ferme à Elise, car l'Etat n'a pas fait droit à sa demande, est révolté. Il y a une grande difficulté à comprendre qu'il faut faire le deuil de cette deuxième entrée et qu'au lieu de se tourner vers le passé, il faut maintenant se battre pour l'avenir de la zone des Vouards.

Car l'extension de la zone des Vouards comprendra outre de nouvelles activités artisanales un hôtel de 60 chambres dont les flux profiteront certainement aux restaurateurs en place.

Le permis de Mac Donalds a été refusé il est vrai, cela n'empêche pas certains de penser qu'une telle enseigne serait une tête de gondole formidable pour toute la zone, car chacun sait quelle est l'attractivité d'un tel commerce.

Aussi les insinuations douteuses de l'article de la semaine dernière sont désolantes. Car encore une fois c'est la zone des Vouards qui voit son image se ternir un peu plus. Alors que nous essayons de la développer, de faire en sorte qu’une fois les travaux de mise à 2 x 2 voies seront terminés elle retrouve son dynamisme, certains malheureusement semblent préférer se tirer des balles dans le pied. 

Nous aimerions, pour clore et dépasser cette polémique ridicule, appeler tous les habitants du territoire à venir soutenir la zone des Vouards, à venir profiter de ses restaurants, commerces et artisans, qui sont de qualité et restent bien évidemment ouverts pendant la durée du chantier. Chantier qui avance bien, dont les deux tiers sont accomplis, qui ne connaît pas de retard pour l'heure et qui se terminera l'année prochaine.

Et au-delà, quand bien même ces travaux génèrent d’inévitables nuisances, il faut rappeler que ce projet offrira à Saint-Cergues des accès et des franchissements enfin totalement sécurisés ! En effet l'ancien et tristement célèbre carrefour en face du stade a vu malheureusement 180 personnes perdre la vie depuis les années 60. 

13/02/2014

Quand La Suisse ébranle l'Europe

 

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La votation du 09 février 2014, par laquelle les suisses ont, à une courte majorité, approuvé l’initiative de l’UDC (Union des démocrates du Centre) « contre l’immigration de masse » fait l’effet d’un coup de tonnerre à l’échelle de tout le continent européen.  Le débat en Suisse a été extrêmement passionné et s’il a fait réapparaître les divisions historiques bien connues entre la partie alémanique (germanophone) et romande (francophone) du pays, plus encore sont apparues des différences fondamentales de perception entre les centres urbains et la campagne, plus encore entre les élites, les milieux politiques et économiques et le « pays réel » (à l’instar de ces petits villages de France où il n’y a pas un immigré et qui vote massivement pour le Front National).

Si en effet les secteurs frontaliers de la Suisse comme Bâle et Genève ont rejeté assez nettement l’initiative (à l’exception notable du Tessin, bordant l’Italie) là même où seraient censés se poser le plus de « problèmes » liés à une forte présence d’étrangers, les parties rurales du pays où il est plus question de ressentis et qui donc à fortiori ne connaissent que peu ou pas cette « immigration de masse » ont fait basculer le pays tout entier dans une nouvelle ère, au demeurant très incertaine.

Une nouvelle ère parce que la Suisse, déjà, entretenait avec l’Europe des rapports on ne peut plus particuliers, comme le confie le Président de la confédération Didier Burkhalter : « déjà tortueux aujourd'hui, le chemin sera encore plus difficile désormais».

Depuis 1992 et le refus du peuple suisse d’adhérer à l’Espace Economique Européen, c’est la voie des accords bilatéraux qui avait été choisie par Berne pour conserver pleinement sa souveraineté et son indépendance et malgré tout continuer à avoir des relations très fortes avec le continent européen.

Au prix d’intenses négociations, la Suisse avait réussi ce prodige, par cette voie, de faire partie de l’Europe sans en faire partie. Les Suisses ont approuvé le principe de la libre circulation, dogme intangible de la philosophie européenne et ont validé à plusieurs reprises les extensions de celle-ci aux peuples ayant successivement rejoint l’ensemble européen. Or c’est ce principe, justement, qui se trouve remis en cause.

Depuis lors, il est vrai que la Suisse a accueilli plus de 80 000 étrangers par an sur son territoire, ce qui en fait le pays d’Europe le plus « ouvert », puisque les étrangers représentent 23.3 % de la population totale du pays (un peu plus de 8 Millions d’habitants). Il est donc totalement erroné et infondé, comme on peut le lire de ci de là, de dire que la Suisse est un pays xénophobe et fermé.

Dans un canton tel que celui de Genève, cette proportion d’étrangers monte d’ailleurs à près de 40%, s’expliquant par le nombre très important des représentations diplomatiques, des organisations internationales et ONG, ainsi que des sièges de firmes multinationales.

A côté de l’immigration classique s’ajoute un autre phénomène, celui des travailleurs frontaliers, dont le nombre atteint le chiffre record d’environ 280 000 dont 90 000 pour la région lémanique, et qui a sans doute peser lourd dans le scrutin. La Suisse a besoin de ces travailleurs frontaliers, puisqu’elle n’a pas assez de main d’œuvre en interne pour faire tourner son économie mais de plus en plus, ceux-ci font l’objet de stigmatisations particulièrement virulentes.

En effet, dans une Europe en crise, la Suisse fait figure d’eldorado, avec un taux de chômage de 3.5 % et une croissance de 1.7 %. Les salaires y sont comparativement très élevés, de 2.5 à 3 fois le salaire médian français. Son attractivité est donc considérable, et les milieux économiques suisses voient dans ces excellents chiffres la preuve indéniable que l’ouverture à l’Europe et les bilatérales ont amené une prospérité très importante.

Dès lors semble naître un paradoxe, celui d’un pays qui donne l’impression de se fermer alors que son économie est à priori florissante parce qu’elle est ouverte, et que ce pays ne semble pas connaître non plus de problèmes majeurs d’intégration de ses populations étrangères.

Il semble en effet que le vote de dimanche dernier relève plus du ressenti et de la question identitaire.

Certes il n’est pas illégitime qu’une nation s’interroge sur le nombre d’étrangers qu’elle est en capacité d’intégrer si le but poursuivi est effectivement le souci du bien vivre ensemble. Il y a là quelque chose qui relèverait du simple bon sens. Cela dit et évidemment le débat est hautement glissant.  

En ce sens l’initiative si on la lit à la lettre ne vise pas à bouter tous les étrangers hors de Suisse, tout eu plus vise-t-elle à instaurer des quotas, afin de contrôler les flux migratoires. Autrement dit, même du point de vue des auteurs de l’initiative, il s’agit de choisir l’immigration, de la faire correspondre aux besoins de son économie, comme le font les Etats-Unis et le Canada par exemple. Encore une fois, le texte voté est très bref et ce sont ces modalités d’application qui seront déterminantes. Le gouvernement fédéral a d’ailleurs trois ans pour les définir.

Il faudrait néanmoins être de mauvaise foi pour ne pas voir également, dans l’expression de ce vote, quelques relents beaucoup moins avouables, qui ne sont toutefois et de loin pas l’apanage du peuple suisse.

Tout d’abord, il existe de réelles difficultés de cohabitation entre les travailleurs frontaliers et une partie des suisses. A Genève (qui est le cas que je connais le mieux puisqu’étant maire de la commune de Saint-Cergues, en Haute-Savoie, sise sur la frontière), un parti populiste s’est même crée sur ce rejet des frontaliers, considérés comme des pilleurs d’emplois. Ce parti, le « Mouvement des citoyens genevois » dénoncent fréquemment et sans pincettes ces travailleurs qui feraient baisser les salaires genevois (dumping salarial) et qui occuperaient les meilleurs emplois. De nombreuses campagnes particulièrement stigmatisantes ont pointé du doigt « l’arrogance » et la « fainéantise » de ces « privilégiés » (définition même du français pour certains), en demandant aux autorités cantonales de faire drastiquement baisser leur nombre, oubliant que parmi ceux-ci, il y a de nombreux citoyens suisses roulant à Genève avec des plaques françaises puisqu’établis en France et oubliant surtout que tous contribuent largement à la réussite de Genève. Pour information, ma commune de 3300 habitants compte près de 500 résidents helvétiques qui travaillent à Genève et dans le canton de Vaud ! Genève connaît en effet une crise immobilière sans précédents et de nombreux citoyens genevois se retrouvent de fait expulsés de leur canton, face à la rareté et à la cherté des logements, créant en France voisine un renchérissement très important des loyers et des prix de l’immobilier, facteurs de tension parfois aussi dans nos populations du côté français.

A n’en pas douter, il y a dans l’expression de ce vote un rejet très net des frontaliers. Cela se remarque particulièrement au Tessin, canton italophone qui emploie beaucoup d’italiens. Et qui a approuvé à plus de 60% l’initiative.  

Ensuite, ces dernières années, la Suisse a subi de nombreux assauts venant de toutes parts contre son secret bancaire, contre sa fiscalité très avantageuse. Ces vexations, qu’on les trouve légitimes ou non ont trouvé un exutoire dans le vote de dimanche dernier, comme une sorte de revanche identitaire sur cette communauté internationale qui aimerait leur donner des leçons.

A côté de ces enjeux nationaux, il existe des enjeux locaux, dont il n’est pas possible de savoir s’ils seront impactés par le vote des suisses.

En effet notre région lémanique franco-suisse construit ce que l’on appelle le « Grand Genève » sorte de pôle métropolitain transfrontalier. De toutes parts, élus suisses comme français mettaient leur bonne volonté en commun pour structurer cette région et travailler ensemble à la correction des déséquilibres importants qui nous affligent, en matière de mobilité, de logement notamment. Cela ne se fait pas sans mal et il y a de fortes résistances, de part et d’autres contre ce nouveau territoire qui se dessine. Néanmoins Il y avait une belle dynamique qui visait à faire quelque peu « fi  de la frontière », et voilà que le peuple suisse semble la remettre en place, cette frontière !

A Genève il est vrai cette initiative n’a pas emporté le soutien de la population, qui l’a rejeté à plus de 60 %, malgré les vives polémiques provoquées par le Mouvement des Citoyens Genevois entres autres. Néanmoins, cette initiative ouvre une ère nouvelle, génératrice d’inquiétudes.

Premièrement on ne sait pas si les travailleurs frontaliers feront partie des fameux quotas qu’établira le gouvernement suisse. C’est un vrai souci pour ma commune qui compte près de 900 travailleurs frontaliers.

Deuxièmement, on ne sait pas non plus s’il sera fait une interprétation restrictive ou extensive de cette initiative. Aucun chiffre n’est pour l’heure articulé, aucune procédure n’est établie pour dire qui et comment sera décidé l’établissement de ces chiffres annuels. Aussi bien le gouvernement fédéral pourrait édulcorer le texte pour aboutir au final à une situation guère différente de l’existant, ou alors les autorités pourraient respecter l’esprit de ce vote, et alors il faudra souhaiter un immense courage aux diplomates suisses pour aller renégocier tout cela.

Sauf que, par ce vote, et c’est là le nœud du problème, c’est la liberté de circulation qui est remise en cause, et que ce principe étant une sorte de règle absolue pour l’Union Européenne, il est possible que celle-ci réponde de façon très agressive à la Suisse, ce qui je pense n’est pas à souhaiter, sauf si l’on a envie que les suisses et les autres peuples européens, très attentifs à ce qui vient de se passer soient encore plus europhobes. Cela dit les suisses doivent aussi comprendre qu’on ne peut pas avoir que les bons côtés de l’Europe sans consentir quelques efforts en retour. L’Union européenne pourrait en effet légitimement s’agacer de ce partenaire qui réalise une très large part de son « beurre » avec l’Europe et qui refuserait de remplir les obligations qui sont le corollaire des accords de libre échange qui lui ont tant bénéficié. Pour l’heure l’Europe a gelé toutes les négociations en cours et le ton est résolument sévère. En vertu de la « clause guillotine », c’est l’ensemble des bilatérales et de nombreux autres traités qui pourraient tomber et isoler de fait considérablement la Suisse.

Soyons clairs, si ce type d’initiative était soumis aux autres peuples européens, ils voteraient tous quasi certainement et de façon encore plus nette comme les suisses. Alors gardons-nous bien de donner quelconque leçon. La Suisse encore une fois nous donne un bel exemple de démocratie, on l’a applaudi souvenez-vous quand elle a, par vote référendaire, approuvé l’encadrement des hauts salaires, mais un tel niveau de démocratie comporte inévitablement sa part de populisme et de démagogie. Et ce scrutin du 09 février, contre lequel s’étaient engagés le gouvernement fédéral, la plupart des gouvernements cantonaux et la plupart des partis politiques suisses ainsi que les milieux économiques est révélateur de la fracture qui existe entre les tenants d’un certain libéralisme mondialisé qui veut imposer son modèle partout et la réalité du ressenti du peuple, aux antipodes.

Ce vote a une dimension hautement symbolique, traduisant l’irrépressible amour des suisses pour leur souveraineté, traduisant également aussi ce sentiment qu’on peut trouver légitime ou non de perte d’identité de nos sociétés face à l’immigration d’abord, mais aussi face à un modèle économique ensuite qui avant d’être européen est surtout anglo-saxon et transforme assez profondément nos sociétés, en standardisant et en gommant tous les particularismes nationaux et régionaux. 

Car dans le fond, c’est surtout un « grand merde à l’Europe » que viennent de voter les suisses. Une Europe vécue comme une dictature de hauts fonctionnaires, travaillant au nom d’États fantoches qui ne disposent plus d’aucune souveraineté. Un grand bras d’honneur dont les conséquences risquent de les dépasser toutefois.

Ce vote des Suisses interpelle le continent tout entier. Car dans le fond, n’ont-ils pas dit tout haut ce que la plupart des européens pensent tout bas ? Au-delà des relents xénophobes, de la peur de l’autre, du sentiment d’envahissement, de la perte d’identité, se pose la question du destin de cet ensemble-continent, qui ne cesse de s’élargir. Un géant économique, un nain politique, une avalanche de normes, qui touchent aux traditions, aux pratiques nationales ou régionales, une pensée largement unique et insipide, corollaire du libéralisme le plus décomplexé. Concurrence effrénée, libéralisation des marchés…

La paix, certes, depuis 60 ans, c’est magnifique, mais quel ennui !

Les Suisses ont donc jeté un pavé dans la mare et il ne serait pas étonnant que ce premier coup de semonce dégénère en pugilat général sur tout le continent en juin prochain, pour les élections européennes. 

L’Europe sans doute devrait-elle comprendre qu’elle est en face d’un très gros problème : elle ne peut plus se faire sans les peuples.