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18/08/2014

Il y a 70 ans, Saint-Cergues et Machilly étaient libérées...

Monsieur le Maire de Cranves Sales, Bernard Boccard, 

Monsieur le Maire de Machilly, Jacques Bouvard,

Mesdames et messieurs les anciens combattants,

M. Tochon, M. Jacquemard, qui ont participé aux combats des Bois Davaud et qui nous honorent de leur présence, chaque année,

Mesdames et messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

L’émotion est toujours aussi vive, lorsqu’ici, chaque année, au milieu des prés, dans cette belle campagne d’apparence si tranquille, nous nous rappelons ce qu’il en a coûté à quelques braves pour que nous puissions jouir de ce trésor sans nom qu’est la liberté.

Au beau milieu de l’été, dans la verdure, dans ce cadre si beau, de jeunes hommes sont morts pour nous. En 1944, année du basculement, année de dissipation des ténèbres, des hommes, des enfants pourrait-on dire, ont pris les armes, ont refusé la barbarie nazie, ont refusé cette France soumise, ont refusé que les idéaux de notre République aient été ainsi trahis, que les valeurs de tout un continent, de toute une civilisation, aient été ainsi insultés et réduits à néant.

Nous regardons ces hommes avec admiration. Une admiration empreinte d’effroi, car nul ne peut imaginer quels incroyables sacrifices ont été accomplis pour défendre cette idée si belle et si simple qu’est la liberté. Le sacrifice de leur jeunesse. Là où nos générations s’enfoncent dans une certaine futilité, là où nous nous plaignons sans cesse de maux bien anodins, là où nous nous querellons pour bien peu de choses, des jeunes hommes, eux, il y a maintenant 70 ans, sont entrés en résistance, dans la clandestinité, pouvant être tués, blessés, dénoncés, arrêtés à tout moment. 70 ans déjà, mais leur exemplarité est éternelle… Qualifiés de terroristes, traqués comme des bêtes, ils ont fait le choix d’une vie rude, dangereuse, au service d’un idéal toutefois qui était leur lumière et leur guide.

Ces jeunes gens ont libéré nos communes. Ils ont libéré un morceau de la France, un morceau de l’Europe. Car en guerre, toutes les batailles comptent, il n’en est pas une qui soit plus grandiose ou plus glorieuse que d’autres. Il n’y a pas de grande ou de petite histoire, chaque fait de résistance, chaque action menée, chaque mot prononcé de par le monde qui a contribué à faire tomber le fascisme et la dictature est héroïque. Aussi nous rendons hommage à leur détermination et à leur abnégation.

Parce que seuls dans la nuit ils ont osé défier un monde qui avait basculé tout entier, un monde où tout était suspect, où la pensée était contrôlée, surveillée, où l’Etat vous écrasait, où la violence nazie infligeait l’enfer à ceux qui étaient différents, à ceux qui ne rentraient pas dans le rang, à ceux qui osaient dire non, à ceux dont les valeurs ne peuvaient tolérer de telles dérives.

Dans une France alors éteinte, une France qui collaborait, qui se reniait au-delà de toute limite, ces hommes ont sauvé l’âme de notre peuple et redonné honneur, grandeur et espoir à toute notre patrie.

Car l’histoire, comme nos mémoires, se nourrit de faits et doit s’entretenir, perpétuellement, je veux rappeler ce qui s’est passé ici les 15 août et 16 août 1944.

Le 15 août, alors que les troupes alliées et françaises débarquent en Provence, les FFI de Haute-Savoie lance l’ordre d’insurrection générale. Dans la droite ligne de ce plan, les FTP de de la vallée de Boëge sont chargés de prendre le bastion allemand de l’hostellerie savoyarde, à Machilly, afin de couper Thonon et Evian d’Annemasse.

Dans la nuit 3 compagnies, la 93-15 du lieutenant Franquis, la 93-24 à laquelle appartenait le regretté Jean Verbois et nos quatre braves, et la 93-22 se préparent au combat. Les groupes se scindent et alors que va bientôt débuter l’assaut à Machilly, d’autres se postent derrière l’hôtel « bon accueil », rue des Allobroges et aussi au bois Davaud pour couper l’arrivée d’éventuels renforts en provenance d’Annemasse.

A 7h15, le 16 août, de très violents combats s’engagent à l’Hostellerie savoyarde, les FTP assaillent avec vigueur la position ennemie. La garnison allemande du Pax à Annemasse, alertée, envoie des renforts qui sont stoppés nets à l’Hôtel « Bon Accueil », sous le feu nourri des résistants. Contraints au repli, les allemands décident de gagner le poste frontière, mais dans la descente de la gare de saint-Cergues, le groupe de FTP qui stationnait au bois Davaud les prend à partie et parvient à détruire un de leurs deux camions. Durant ces combats, hélas quatre jeunes FTP perdent la vie, à court de munitions et n’ayant pas eu le temps de gagner la Suisse.

Pierre BAULMEL, 20 ans

Louis GROBEL, 23 ans

Roger CROSS, 20 ans

Georges JOLOWIEZ, 16 ans

Nous ne vous oublierons jamais, et nous savons ce que nous vous devons. Grâce à votre ténacité,  à votre vaillance, grâce à votre sacrifice, les allemands durement frappés n’oseront pas rejoindre Machilly, et grâce à vous, les oppresseurs hisseront le drapeau blanc à l’hostellerie, à 12h30. Grâce à vous Saint-Cergues et Machilly furent les deux premières communes libérées du département. Grâce à vous, c’est un vent d’espoir qui souffla à nouveau sur nos terres.

Cette cérémonie est à mon sens la plus émouvante de toute, car nous célébrons ici la mémoire de nos fils, de nos frères, de nos cousins, dans une forme d’intimité qui est belle et précieuse. Nous célébrons leur simplicité, à ces jeunes des environs, nous célébrons leur dévouement, car dans cette folie qu’est une guerre, ils ont gardé le cap, ils ont protégé, défendu leurs valeurs au péril de leurs vies. Une simplicité qui fait écho à leur incroyable courage.

Comme le disait Lucie Aubrac, « résister se conjugue au présent », et en ces temps de vitesse absurde, de raccourcis incessants, notre résistance à nous, c’est de prendre le temps d’honorer la mémoire de ceux qui nous ont précédés et à qui nous devons tant, notre résistance à nous c’est de lutter contre l’oubli, pour que toujours nous nous rappelions sur quelle montagne de sacrifices nous sommes confortablement assis. Notre résistance à nous c’est de tirer les enseignements de l’histoire, pour épargner à nos enfants les terribles erreurs du passé.

 Je voudrai pour conclure ces quelques mots, vous remercier et vous dire avec force combien votre présence à tous est capitale, en ces jours du souvenir.

Car être là, c’est faire vivre à jamais ces hommes qui sont morts pour nous.

 

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