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24/10/2014

Le MCG a t'il tué le Grand Genève ?

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Toutes les villes du monde ont des rapports étroits avec leurs périphéries. Toutes les centralités du monde organisent leur développement avec ce qui les entoure, plus ou moins directement. En matière de mobilité, d’aménagement du territoire, il n’est pas une centralité qui ne puisse se projeter dans l’avenir sans réfléchir à ce qui l’entoure. 

A Genève, canton qui a 100 kilomètres de frontière avec la France et 4 seulement avec le reste de son pays, la Suisse, l’idée devrait, plus qu’ailleurs, être comprise. Car ce territoire exsangue ne peut se penser sans prendre en considération ce qui l’environne, en l’occurrence, la France voisine.

Et pourtant, c’est ici même, dans ce lieu si propice que cette idée universelle, simplissime, parvient le moins à gagner ses esprits.

Et pourtant, tout avait bien commencé. Il y a quelques années, la confédération helvétique a lancé un programme de structuration de ses grandes agglomérations, Zurich, Bâle, Genève… Cette politique visait à aider les centralités, justement, à organiser leurs développement avec leurs périphéries, afin que celui-ci soir plus harmonieux, plus équilibré.

Dans notre région, le projet a été porté par des élus particulièrement enthousiastes et moteurs, et on se souvient avec un peu de nostalgie aujourd’hui des grandes heures que nous offrirent les deux Robert, robert CRAMER en suisse et Robert BORREL en France, tous deux convaincus du bienfondé de la chose et œuvrant sans relâche pour corriger les déséquilibres provenant de l’existence de la frontière et surtout de l’insuffisance d’une pensée commune quant à l’avenir de notre région.

C’était l’époque où le Grand Genève ne s’appelait pas encore ainsi et où il répondait au doux vocable de « projet d’agglomération franco valdo genevois », jargon technocratique si l’en est.

De grandes idées en sont sorties, partant de constats unanimement partagés.

Essentiellement, il fallait travailler sur la mobilité, permettre aux flux pendulaires toujours plus importants de bénéficier d’infrastructures de transport à la hauteur des enjeux, afin de réduire les débits incessants de voitures dans les villages et les villes de France et de Suisse avant que d'aller s’embouteiller à Genève.

Il fallait travailler sur le logement, car Genève traversait une crise sans précédent, générant l’exil plus ou moins forcés de milliers de genevois en France voisine, qui pour ce faire, a largement bétonné ses campagnes et accepté de supporter les très lourdes charges afférentes. Ce phénomène a aggravé encore les problématiques de mobilité, les gens habitant de plus en plus loin de leur lieu de travail.

Il fallait questionner l’emploi, l’économie, pour ne pas que les emplois à valeur ajoutée ne se trouvent qu’à Genève, et que la France ne soit pas que le « supermarché » de Genève.

Bref, il fallait tout faire pour rééquilibrer les choses, et pour cela, un programme d’actions ambitieux a été mis en place. Le projet d’agglomération numéro 1, puis le projet d’agglomération numéro 2.

En même temps, bénéficiant d’un contexte économique très favorable, qui est une chance merveilleuse pour toute la région, Genève a créé beaucoup d’emplois, et le nombre de frontaliers a considérablement augmenté (86 000 à ce jour, dont une part importante sont des suisses résidant en France).

Récemment, à l’ « encore bonne époque », assumant l’asymétrie des capacités financières des partenaires, (ce qui est une évidence dans le cadre d'une relation centre/périphérie) Genève a posé le principe de la constitution d’un fonds spécial pour les projets d’intérêts transfrontaliers, la fameuse « contribution spécifique genevoise » 240 millions d’euros sur 10 ans.

Le principe de cette contribution est simple :  (chiffre 2013)

1 Genève collecte par le prélèvement à la source de l’impôt sur les revenus des frontaliers 721 millions de francs , alors que ces frontaliers consomment très peu de services publics en Suisse.

2 Genève reverse, par le mécanisme des fonds genevois 260 millions aux départements français de l’Ain et de la Haute Savoie, afin de compenser les charges générées par l’établissement des frontaliers suisses et français en France et qui ne paient pas l’impôt sur le revenu en France. Reste 460 millions dont il est logique compte tenu de leur provenance qu’ils puissent au moins en partie servir à la création d’infrastructures transfrontalières.

Il est assez normal en effet que Genève participe par exemple au financement des moyens de transport de la main d’œuvre dont elle a impérieusement besoin pour faire tourner son économie.

3 Cette contribution est un cofinancement. En aucun cas il ne s’agit d’ « offrir » des infrastructures aux français. Elle correspond à une prise en charge partielle des coûts, auxquels viennent d’ailleurs s’ajouter des subventions très importantes de la confédération. Pour 24 Millions par an sur 10 ans, Genève pouvait sérieusement se désengorger...

En résumé et en prenant l’exemple de la prolongation du Tram sur Annemasse, Genève aide la France à le financer. En le faisant, puisque la politique d’agglomération suisse est une politique d’effets leviers, elle bénéficie de subventions importantes de Berne (204 millions pour l'ensemble des projets).

Néanmoins, l’ensemble des projets d’agglomération situés sur la partie française sont financés aux deux tiers par la partie française. Genève et la Suisse apportent donc un tiers de ces financements pour bâtir les infrastructures dont la cité de Calvin a tant besoin notamment pour désengorger son centre. Il faut noter à cet égard l'effort considérable des collectivités locales françaises qui ont décidé de "mettre le paquet" sur tous ces investissements structurants.

Ce n’est franchement pas un mauvais calcul pour le canton, dans la mesure où ces 24 millions par an de contribution spécifique ne sont qu’une part infime de ce que Genève garde en caisse sur l’impôt des frontaliers prélevés à la source.  Avec le système particulier de prélèvement de l’impôt à la source qui n’existe qu’à Genève (et au Tessin), le canton s’en tire financièrement très bien.

En matière de mobilité toujours, avec le CEVA, l’extension des lignes de tram, la création et le développement de lignes de bus performantes et des P + R du côté français tout s’organisait pour que les gens enfin laissent leurs voitures dans le garage. Moins de bouchons, moins de pollution à Genève, pour un coût somme toute très raisonnable.

SAUF QUE…

Depuis quelques années, un parti populiste a semé le trouble… Et le 18 mai dernier il a réussi à mettre un coup d’arrêt à l’ensemble de ces projets, au service pourtant de la qualité de vie, de part et d’autre de la frontière. Un parti qui a fait son beurre de la haine du frontalier, décrit comme un colon arrogant qui vient se remplir les poches avec mépris. Un parti largement soutenu par de frais naturalisés qui se veulent plus « suisses que les suisses », sans doute désireux qu’on ne soit pas généreux avec les autres autant qu’on l’a été avec eux-mêmes. Un parti qui représente la deuxième force politique du canton et qui est devenu le surmoi de toute la classe politique genevoise, qui ne sait trop comment le combattre. Ce parti c’est le Mouvement Citoyen Genevois, ni de droite ni de gauche comme tous les mouvements d’extrême droite, et flirtant assez régulièrement avec la xénophobie la plus outrancière.

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En effet, le 25 mai dernier, alors que le grand conseil avait validé le principe du cofinancement en France voisine de plusieurs Parking relais, première étape du versement de cette fameuse contribution spécifique, le MCG a lancé un référendum qui a abouti au résultat malheureusement connu. Au cours de ces votations, seul le MCG ou presque s’est exprimé, laissant le champ libre à toutes les manipulations, contre-vérités voire mensonges éhontés qui se sont étalés sans véritable contradiction.

Depuis, le Grand Genève est à l’arrêt. Les élus genevois ont été surpris par cet échec et dès lors en effet, se demandent comment ce qui devait être une formalité pour une somme relativement modique pourrait se dérouler autrement s’agissant d’investissements beaucoup plus lourds, tel que le cofinancement du Tram d’Annemasse.

Les élus genevois (sauf le MCG et l'UDC bien sûr) s’étaient engagés à verser ces sommes, expression même de la solidarité due par la ville centre à sa périphérie, et condition sine qua none d’une véritable amélioration des problématiques de la région.

Les collectivités locales françaises voient mal dès lors comment réaliser ces projets sans Genève, alors qu’il s’agit tout de même principalement d’organiser et de mieux gérer les flux de transport en direction de Genève…

Néanmoins les votations récentes concernant la traversée de la Rade ont prouvé qu’il était possible d’infliger un cuisant échec au MCG, qui militait pour se payer une rade à 1.2 milliard de francs alors que 6 mois plus tôt, il hurlait à la ruine du canton quand il n’était question que de verser 3 Millions de francs pour 5 P+R !

Sur la Rade, les conseillers d’Etat, les élus en général sont montés au créneau, ont combattu la vision exclusivement centrée sur la voiture du MCG et ont gagné, haut la main, à presque 65 %.

Ce qui prouve que la pédagogie et le courage sont les seuls remèdes. Il va falloir déconstruire tous les clichés et les mensonges véhiculés par le MCG depuis des années, il va falloir se rendre compte que notre avenir est commun, et doit être organisé tous ensemble, sans quoi, cette région va droit dans le mur. Il va falloir, élus suisses et français nous battre pour que cette région ait un avenir.

Sans quoi Genève va perdre de précieux points dans la course mondiale à laquelle elle se livre avec succès depuis des décennies.Car si Genève abandonne son rôle de métropole régionale, compte tenu que son développement n’est possible qu’en lien étroit avec les territoires français voisins, elle rencontrera de grosses difficultés à défendre son statut de capitale mondiale, en d’autres termes, en méprisant le régional, la Genève internationale sera sur le déclin.

L’histoire de la région, pour ceux qui la connaissent est trop belle pour la saborder sur l’autel d’un populisme abêtissant qui flatte ce qui existe de pire en nous.

Ce qui est en jeu, c’est notre destin, qui est forcément commun.

Certains aimeraient tout simplement mettre un mur entre nous.

Je suis le maire d’une commune frontalière, qui jouxte Jussy, commune suisse avec qui nous entretenons des relations exceptionnelles.

Ma commune compte plus de 500 citoyens suisses, qui y vivent bien, qui participent pleinement à la vie du village, qui y sont visiblement bien accueillis et qui se demandent souvent ce que fait Genève de leurs impôts, à l’instar de l’excellente association « Genevois sans frontière ».

Je suis le mari d’une genevoise, et le père d’une petite suisse, et ces questions de relations entre les deux parties de cette magnifique région me bouleversent. Car jamais, elles n’ont été aussi incertaines, alors que la voie était toute tracée pour enfin changer les choses, ici.

Et pourtant, le Grand Genève, c’est nous. C’est d’ores et déjà une réalité pour les dizaines de milliers de personnes, tous les jours, suisses ou français, qui pour une raison ou une autre, traversent cette frontière.

C’est du gagnant-gagnant à l’état pur, mais encore faut-il, apparemment, le prouver, et le bon sens, en une époque où les populismes ne jouent que sur l'émotion et la haine, est une valeur en voie de disparition.