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30/05/2015

Discours de la fête des mères

 

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Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue pour ce moment précieux de l’année, ou traditionnellement, nous rendons hommage aux mamans de la commune.

Il est beau ce moment où nous nous arrêtons un instant, pour remercier, un tant soit peu, celles qui ne demandent rien, celles qui aiment sans condition, dans la gratuité la plus absolue.

Il est beau que nous sachions encore prendre le temps, pour nous demander ce qu’aurait été notre monde et notre vie, sans l’amour d’une mère.

Depuis la nuit des temps, les mères enfantent le monde, c’est par elles que passent les individus, les peuples, les civilisations, et toute l’histoire des siècles. Depuis la nuit des temps, elles souffrent, elles aiment et se démènent pour donner un avenir à toute chose.

Depuis la nuit des temps, le mystère de la vie, celui de l’enfantement, qui fait d’une femme une mère, est considéré comme une sorte de miracle. Aussi nombreuses sont les représentations de divinités femmes, d’allégories de la mère, dans les civilisations antiques, grecques et romaines. Grecs et romains qui déjà avaient instauré une cérémonie chaque année au printemps en l’honneur de Rhéa et de Cybèle, déesses considérées comme mères des Dieux.

Ce que nous célébrons aujourd’hui vient donc du fond des âges, et ces cérémonies, ces fêtes sont une façon de rendre grâce à ce mystère à la fois si simple, parce que tout le monde le connait, tout le monde sait que les mères accouchent et élèvent leurs enfants, c’est si simple et à la fois si merveilleusement complexe, parce que mettre au monde un enfant et avoir la charge d’en faire un être autonome, heureux et plein d’avenir est sans doute l’alchimie la plus hasardeuse qui soit et que donner la vie restera sans doute en tout cas il faut l’espérer, ce qu’il y a de plus essentiel et de plus beau en nous.

Depuis les années 20, en France a été instauré « une journée des mères » nationale, il s’agissait alors d’honorer les mères de famille nombreuse, c'est-à-dire les mères très productives, puisque la France avait en ces temps là une politique nataliste très volontariste. Inutile de préciser que la vision de la femme qui prévalait à l’époque n’était pas franchement libérale. Un genre de « mérite agricole » en somme, où la meilleure génitrice recevait une médaille…

C’est pendant la seconde guerre mondiale que cette fête fût vraiment développée, et qu’elle se transforma en ce que nous connaissons aujourd’hui encore. Les enfants furent sommés par décret d’État, avec l’aide de leurs institutrices et instituteurs, de concevoir, pour vous les mères, quelque cadeau destiné à vous rendre hommage.

Et c’est depuis lors que vinrent ces moments délicieux ou pour remerciement de votre dévotion infinie de mère, pour vous assurer de notre profonde reconnaissance, nous, vos enfants, développons des trésors d’attention, de minutie et de savoir-faire, plein d’amour, pour vous gratifier de ces splendides colliers de nouille, des petites babioles dérisoires, des petits objets, bricolés, parfois flirtant avec la limite du bon goût, mais qui sont pour vous un monument de reconnaissance, un chef d’œuvre dédié à votre amour et le plus beau et le plus abouti des témoignages qu’il vous soit possible de recevoir, parce que ces petites babioles, ce sont vos enfants qui les ont fait pour vous, vos enfants… Ceux-là même que vous jetteriez bien par la fenêtre de temps en temps, vos enfants… Ceux-là même qui vous épuisent, qui piaillent sans cesse, qui chougnent, qui se bagarrent, qui se salissent tout le temps et qui vous réveillent la nuit, et ceux-là même aussi, pour qui vous feriez tout et n’importe quoi, ceux là même pour qui vous donneriez votre vie, sans la moindre hésitation, parce qu’ils sont les vôtres, parce qu’ils sont votre sang, parce qu’ils sont votre éternité.

Ces colliers de nouilles qui sont comme la plus belle parure de bijoux qu’on puisse vous offrir, car ce sont les mains de vos petits qui les ont fait avec leur amour pour vous et rien que pour vous.

Alors on l’a vu, cette fête des mères fût instaurée essentiellement pour assoir la notion de famille, et dans ce cadre, le rôle de la femme était clairement celui d’être une mère, et de n’être qu’une mère… Au foyer, obéissante, ah, quel temps béni ou le patriarche contemplait sa progéniture en dégustant son pâté, les pieds sous la table !

Mais les temps ont changé, la femme s’est libérée, et aujourd’hui, la femme est sur tous les fronts...

La femme, depuis lors, doit être non seulement pleinement une femme, c'est-à-dire une épouse aimante qui sait aussi se muer en maitresse pour son mari, une fée du logis, une mère bienveillante et dévouée envers ses enfants, pleinement une femme donc mais aussi pleinement un homme, c'est-à-dire engagée socialement, dans mille associations, et bien évidemment se devant d’être une travailleuse acharnée qui doit réussir sa carrière…

Parallèlement mais c’est moins vrai dans ce sens, les hommes, certains en tout cas, sont devenus plus papa-poule, participent plus aux tâches ménagères, même si souvent encore, quand ils font la vaisselle, vous les femmes êtes sommés de saluer cet acte d’incroyable héroïsme et de les remercier matin midi et soir d’avoir bien voulu lever leur viril popotin pour accomplir le quart du dixième de ce que vous faites pourtant tous les jours.

Pas simple donc d’être une femme aujourd’hui. Pas évident de tout concilier, de courir en tous lieux, à droite et à gauche, pour faire les courses, prendre les gosses chez la nounou tout en assurant au travail et en vous occupant de vos adorables maris qui vous disent de mieux vous organiser car il est déjà 20h30 et ils ont faim …

 

Pas simple, et raison de plus de vous rendre hommage aujourd’hui. Car même débordée, sommée de tout réussir, de tout porter, même si les rôles de chacun évoluent, même si les hommes aussi se féminisent, on vous en demande beaucoup et vous tenez bon...

Beaucoup, et jamais vous ne renoncez. Jamais vous ne baissez les bras, car en vous réside cette force surnaturelle de mère, celle qui régente et administre, avec l’amour pour seul carburant.

Car depuis l’aube jusqu’à la fin des temps, c’est vous qui gardez le mystère de la vie, c’est vous qui accomplissez des miracles, et rien ne pourra jamais y changer. En chacun d’entre nous le souvenir de la mère nous poursuivra jusqu’à la fin. Et s’il ne faut garder qu’un amour, ce sera celui là. Inconditionnel, total, absolu, sans trahison, qui va jusqu’à l’oubli de soi.

Et quand vous vacillez parfois, quand la fatigue vous étreint, il suffit d’un seul sourire de vos enfants pour trouver une consolation à tous vos malheurs.

Soyez remerciées, mesdames les mères, de tout ce que vous êtes, de tout ce que vous nous avez donné.

 Très bonne fête à toutes !

08/05/2015

Discours de la commémoration des 70 ans de la capitulation de l'Allemagne nazie

 

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Merci à vous d’être venus nombreux pour commémorer ce 70ème anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale.

70 ans déjà et seulement, d’une certaine façon, que sur l’Europe et le monde se sont répandues les ténèbres,  incarnées par les fascismes les plus radicaux, l’Allemagne nazie, l’Italie mussolinienne, le Japon, et tant d’autres dictatures, états fantoches à la solde des fous, états collaborationnistes qui se sont reniés jusqu’à la lie, s’enflammant les uns et les autres dans une spirale de la violence la plus infinie, dans la haine la plus absolue de l’autre, dans le mépris le plus total de ce qu’il pouvait rester d’humain encore dans ce monde aux abois.

Ces ténèbres se sont répandues à la vitesse de l’éclair, et la « blietz krieg » a fait tomber nos démocraties les unes après les autres, malgré les résistances héroïques de quelques nations, qui ont succombé à ces vagues d’assaut que rien ne semblait pouvoir contenir.

La France hélas est tombée bien vite. Toute l’Europe bientôt est passée sous le joug de la barbarie nazie, qui a pu déployer toute sa haine envers celles et ceux qu’elle avait déclaré « différents ». Les handicapés, les tsiganes, les opposants politiques, les résistants, les homosexuels, et surtout les juifs, qui ont été traqués, assassinés, exterminés dans des proportions inconcevables.

Toute une industrie de la mort, servie par la science et le sens de l’organisation nazi pour détruire des hommes, des femmes, des enfants.

Toute une hiérarchie, ou chacun n’est qu’un maillon, mais participe pleinement à ces meurtres de masse, ou chacun joue, à son petit niveau un rôle qui conduit inéluctablement à la mort.

Des pays qui s’agenouillent devant la puissance nazie, qui collaborent, qui fond du zèle parfois, qui se déshonorent, et qui contribuent un peu plus à faire s’affaisser la civilisation européenne, qui en éteignent les lumières et laissent s’étaler sur le monde un ordre nouveau, sans libertés, sans tolérance, sans la moindre humanité.

Dans les pays occupés, d’abord on se résigne, on souffre en silence, on regarde par terre, c’est l’humiliation, le sentiment que tout est perdu.

Dans les camps on affame, on épuise, on harcèle, on frappe, puis on tue, tout simplement, on trie les êtres humains comme du bétail, on les dénude, on les dépouille de leurs derniers effets, on leur rase le crâne, on les déshumanise pour n’en faire plus que des corps, des objets, on les extermine.

A Auschwitz, un million et demi d’âme s’envolent. Partout en Europe on organise des déportations de masse.

Mais du fond de l’abîme, quand la civilisation semblait avoir poussé son dernier cri, des voix se sont levés. Des mouvements de résistance se constituent, des pays, dont l’Angleterre, tiennent tête, et bientôt, une coalition internationale voit le jour pour tenter de mettre fin à cet apocalypse.

Pour la France, le général de Gaulle appelle depuis Londres à ne pas baisser les bras, et se faisant, redonne de l’espoir à tout un peuple. Les opposants politiques, les réfractaires au STO organisent la Résistance, des maquis fleurissent, les sabotages commencent, les opérations de guérilla se répandent avec le renfort des parachutages alliés.

Car dans ces ténèbres en effet il y eu des lumières. Des lumières qui ont sauvé l’honneur et la dignité de l’homme, des lumières comme celles de ces justes qui au péril de leur vie ont sauvé des juifs, des innocents, des lumières comme ces hommes qui ont pris les armes et ont refusé de s’agenouiller, des lumières comme ces femmes qui ravitaillaient les maquis, des lumières comme toutes celles et ceux qui ont pris un risque, pour contrecarrer, à leur niveau, les plans de la barbarie nazie. Des lumières comme ces soldats alliés qui sont venus au nom de la liberté mourir sur les plages du débarquement.

Il aura fallu un peu plus de 5 années de guerre pour arriver à bout de ces dictatures épouvantables, 5 années qui auront couté la vie à 55 millions d’êtres humains, 5 années qui auront détruit le monde, des pays et des peuples. 5 années pour reconquérir la liberté chérie de Paul Éluard.  […]

Vous le savez sans doute, nous revenons avec Evelyne Février d’un voyage en Israël. Un voyage qui nous a profondément marqués. Nous y avons été invités par le maire de la ville de Rehovot en remerciement de ce que notre commune avait fait pour M. Herbert Horowitz.

Herbert Horowitz à 80 ans aujourd’hui. Il est né à Vienne, en 1935. Sa famille à fuit les persécutions de pays en pays et s’est retrouvé à Rivesaltes en France, ou contraints et désespérés, ses parents ont dû l’abandonner avec sa sœur à la croix rouge suisse pour qu’ils survivent. C’est ainsi qu’ils furent tous deux transférés à Saint-Cergues. Et qu’ils survécurent, à la colonie italienne, pendant toute la guerre, cachés, comme 16 autres enfants juifs.

Ils survécurent parce que 4 personnes, Germaine HOMMEL, directrice des Feux Follets, son adjointe, Renée FARNY, Marthe BOUVARD, lingère de l’établissement, et Léon BALLAND un jeune saint-cerguois de 19 ans ont pris tous les risques, au mépris des consignes de la croix rouge, et ont fait des Feux Follets un îlot de lumière parmi les ténèbres.

Le plus beau moment de ce voyage en Israël fut quand vendredi soir dernier, alors que nous partagions le Shabat chez Herbert Horowitz, il a simplement dit, en regardant toute sa famille, ses  4 enfants et ses 10 petits-enfants : «  tout ça, ça vient de Saint-Cergues ».

Du courage de quelques-uns, Herbert a pu survivre, vivre, et fonder une famille. Mais de par la haine des autres, combien n’ont pas eu ce bonheur ? Combien se sont effacés, ont disparu, n’ont pas pu se projeter dans l’avenir et espérer un jour des enfants…

A Jérusalem, nous avons visité Yad Vashem, lieu extrêmement émouvant qui raconte toute l’histoire de la haine des juifs, de l’antisémitisme et de leur massacre, du génocide, de la Shoah. On sort forcément ébranlés, bouleversés, de cet endroit.

Comment, aujourd’hui encore, certains peuvent-ils contester, nier la réalité épouvantable de ce qui s’est produit pendant ce conflit ? Comment certains peuvent-ils parler de « détail de l’histoire » pour évoquer cette extermination sans précédents ?

Il n’y a qu’une seule façon de lutter contre cela. Témoigner, raconter, commémorer, redire inlassablement les choses, transmettre aux nouvelles générations cette histoire épouvantable pour que jamais nous n’ayons à la revivre.

Méfions-nous des discours de haine, des discours d’intolérance, méfions-nous de ceux qui stigmatisent, de ceux qui désignent les boucs émissaires, ce sont toujours les mêmes démons qui les habitent, et l’histoire, le devoir de mémoire, sert précisément à nous en prémunir.

En ce jour, pensons à tous ceux qui ont sacrifié leurs vies, à tous ceux qui l’on risqué, pour que nous puissions être libres.

Merci à tous     

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