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17/08/2015

Il y a 71 ans, Saint-Cergues et Machilly, premières communes libérées de Haute-Savoie

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Monsieur le conseiller départemental,

Messieurs les maires,

Mesdames et Messieurs les anciens combattants et leurs porte-drapeaux,

Monsieur le président départemental de l’ANACR,

M et Mme Néplaz,

Monsieur Tochon, qui a participé aux combats qui se sont déroulés ici même il y a 71 ans, et qui chaque année nous honore de sa présence,

Monsieur Jacquemard, résistant lui aussi, dernier rescapé de la tuerie d’habère Lullin, ayant participé aux combats de Machilly, que nous sommes heureux également de compter avec nous aujourd’hui,

Mesdames et messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,         

Aujourd’hui nous sommes réunis pour honorer la mémoire de quatre jeunes gens. Quatre enfants pourrait-on dire. Quatre résistants qui sont morts ici, pour nous. Pour la France et pour la Liberté.

Aujourd’hui nous saluons leur mémoire, leur immense courage, et leur terrible sacrifice.

Il y a exactement 71 ans, Le 15 août 1944, alors que les troupes alliées et françaises débarquent en Provence, les FFI de Haute-Savoie lance l’ordre d’insurrection générale. Dans la droite ligne de ce plan, les FTP de de la vallée de Boëge sont chargés de prendre le bastion allemand de l’hostellerie savoyarde, à Machilly, afin de couper Thonon et Evian d’Annemasse.

Dans la nuit 3 compagnies, la 93-15 du lieutenant Franquis, la 93-24 à laquelle appartenait le regretté Jean Verbois et nos quatre braves ainsi que Monsieur Tochon, et la 93-22 se préparent au combat. Les groupes se scindent et alors que va bientôt débuter l’assaut à Machilly, d’autres se postent derrière l’hôtel « bon accueil », rue des Allobroges et aussi au bois Davaud pour couper l’arrivée d’éventuels renforts en provenance d’Annemasse.

A 7h15, le 16 août, de très violents combats s’engagent à l’Hostellerie savoyarde, les FTP assaillent avec vigueur la position ennemie. La garnison allemande du Pax à Annemasse, alertée, envoie des renforts qui sont stoppés nets à l’Hôtel « Bon Accueil », sous le feu nourri des résistants. Contraints au repli, les allemands décident de gagner le poste frontière, mais dans la descente de la gare de saint-Cergues, le groupe de FTP qui stationnait au bois Davaud les prend à partie et parvient à détruire un de leurs deux camions. Durant ces combats, hélas, quatre jeunes FTP perdent la vie, à court de munitions et n’ayant pas eu le temps de gagner la Suisse.

Pierre BAULMEL, 20 ans

Louis GROBEL, 23 ans

Roger CROSS, 20 ans

Georges JOLOWIEZ, 16 ans

Quatre braves pris dans la tourmente de leurs temps, et qui ont rassemblé avec d’autres leur courage et leur abnégation pour sacrifier tout ce qu’ils avaient pour une cause plus grande.

Grâce à leur ténacité, à leur vaillance, les allemands durement frappés n’oseront pas rejoindre Machilly, et ainsi, les oppresseurs hisseront le drapeau blanc à l’hostellerie, à 12h30. Grâce à eux, Saint-Cergues et Machilly furent les deux premières communes libérées de la Haute Savoie.

Ils ont participé, comme tant d’autres à libérer morceau par morceau le monde, à faire ressurgir la civilisation, la morale, la justice partout d’où elles en avaient été odieusement chassées.

La Liberté, l’espoir renaissaient enfin, en cet été 1944, année du basculement de la guerre.

Dans un monde en feu, en péril. Dans un monde où se déchainaient les pires idéologies, celle du nazisme, des fascismes de toute nature, dans un monde où les lâchetés les plus coupables sont allées jusqu’au comble du reniement, dans un monde où tout semblait sans espoir, eux, les résistants, se sont levés.

Dans un monde où certains ont collaboré avec l’ennemi, dans un monde où beaucoup ont préféré baisser les yeux, où beaucoup se sont dit que les choses finiraient par s’arranger d’elles-mêmes et qu’il n’y avait qu’à patienter, eux, les résistants, ce changement, ils se sont battus pour qu’il arrive.

Alors que sur le continent des lumières les ténèbres se sont répandues, alors que dans le pays des libertés il n’en existait plus une, alors que dans le pays de l’égalité il n’y avait plus rien de juste, que dans le pays de la fraternité il n’y avait plus de frères, plus de solidarité, qu’au contraire on s’acharnait à diviser, à dresser les uns contre les autres, eux, les résistants se sont fédérés et ont défendu au péril de leurs vies les idéaux que l’histoire avait bâti et que le nationalisme et le nazisme étaient en train d’exterminer.

Traqués comme des bêtes, poursuivis comme du gibier, les résistants ont quitté leur famille, leur foyer, pour une vie extrêmement risquée, mais une vie d’homme libre. VIVRE LIBRE OU MOURIR disait-on aux Glières.

Jamais je ne pense, dans le confort de nos vies actuelles, où le moindre souci, même le plus dérisoire nous semble insurmontable, nous ne pourrons imaginer ce qu’ils ont vécu, enduré, ressenti. Quand la peur au ventre, les balles sifflent autour de soi, quand un camarade tombe, atteint par l’ennemi, quand chaque instant est un combat pour la vie, pour la survie.

Aujourd’hui tout le monde s’accorde à dire, cela n’arrivera jamais plus. Cela est faux. Les démons de l’histoire ne sont pas morts. Ces fléaux sont en nous. Comme le bien l’est aussi.

En chacun de nous coexiste le meilleur et le pire, en chacun de nous, il y a potentiellement un héros ou un salaud qui sommeille.

Tout le rôle d’une société réside essentiellement en cela. A nous prémunir de telles dérives, à ne jamais céder aux idéologies liberticides, à ne pas céder à la terreur, aux fanatismes de tout poil, et surtout à cultiver l’exemple de ceux qui ont choisi la lumière, à mettre en valeur ce qu’il y a eu de beau et de grand en l’homme, même dans les moments les plus sombres du monde. A cultiver la mémoire, l’éducation, l’effort, l’abnégation, le sens du sacrifice, le caractère inébranlable et inaliénable de nos valeurs.

Je voudrai pour conclure ces quelques mots, vous remercier et vous dire avec force combien votre présence à tous est capitale, en ces jours du souvenir.

Car être là, c’est faire vivre à jamais ces hommes qui sont morts pour nous.

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