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02/08/2016

Discours fête nationale suisse du 1er août 2016 à ANIERES

Monsieur le Maire et Député du grand Conseil, Cher Antoine,

Monsieur le sénateur, cher Loïc,

Madame le consul de France,

Madame le sautier du Grand Conseil,

Mesdames et messieurs les adjoints,

Mesdames et messieurs les membres du conseil municipal,

Mesdames et messieurs chers habitants d’Anières et des environs,

Je veux vous dire en premier lieu quel honneur je ressens, à venir m’exprimer ici en ce jour si particulier pour vous, pour votre pays, qu’est la fête du 1er août.

Je veux adresser mes remerciements les plus sincères à votre maire, Antoine BARDE, qui me fait ce privilège, un privilège qui me va droit au cœur car en ces temps où la coopération transfrontalière n’est pas toujours l’expression d’un fleuve tranquille, Il était audacieux de sa part pour ne pas dire presque un peu fou, d’inviter un maire français à prononcer un discours dans un moment d’unité nationale tel que celui-ci. J’y vois un merveilleux symbole d’amitié et de fraternité entre nos habitants, entre nos communes, entre nous tous.

C’est un immense plaisir pour moi d’être là face à vous, dans cette magnifique commune et je vous remercie déjà d’endurer avec bienveillance les quelques mots forcément trop franchouillards que je vais vous servir pour l’occasion.

Je suis avant tout un élu de la région, un élu local, et c’est dans un moment comme celui-là que mon engagement prend tout son sens. Car les élus des communes suisses et françaises du secteur rencontrent la plupart du temps les mêmes difficultés, les mêmes problématiques : problème de mobilité, de bouchons, de logement, de protection de nos zones agricoles et naturelles, toute une série de défis communs que nous ne pouvons relever qu’ensemble.  Il est donc très heureux que nous sachions partager, échanger, nous rassembler au-delà des réunions trop souvent techniques pour créer ce lien qui fait le ciment du vivre ensemble. Car dans le fond, qu'on vive à Anières ou à Saint-Cergues, on travaille pour le destin d'une même communauté de vie.

Ce n’est qu’ensemble en effet que nous pourrons tenter de corriger les déséquilibres qui affectent cette région, ce n’est qu’ensemble que nous pourrons mener à bien les grands projets indispensables à la qualité de vie, des deux côtés de la frontière, ce n’est qu’ensemble en effet que nous pourrons continuer à vivre et si possible mieux dans ce beau territoire.

Depuis ma plus tendre enfance, en effet, c’est une logique de région qui a supplanté la logique de pays ou d’Etat. J’ai grandi dans le hameau de Moniaz, situé à la frontière entre ma commune, Saint-Cergues et celle de Jussy, passant sans arrêt cette ligne administrative pour aller jouer avec des amis dont personne ne s’inquiétait de savoir s’ils étaient suisses ou français, tant nos hameaux étaient proches, tant la frontière était plus perçue comme un point de rencontre plutôt qu’un point de séparation.

Mon grand-père était douanier, cela a sans doute plus ou moins consciemment influencé mon rapport à la frontière, que je trouve belle, en effet, quand elle n’est non pas un mur mais plutôt une porte, une porte qu’on traverse avec respect, avec désir de connaître l’autre qui se trouve derrière, avec humilité et tolérance pour la culture et les traditions qu’on y découvrira.

Ma femme est genevoise, mes filles sont suisses, ma famille, mes amis aussi, je les vis des deux côtés comme tant d’autres ici, le grand Genève je le vis donc aussi dans mon cœur et de fait, il nous faut perpétrer ce qui a toujours existé, du temps du comté de Genève, qui s’étendait au-delà de ce que l’on appelle aujourd’hui le Grand Genève, du temps des molardiers qui se rassemblaient sur la place qui leur a donné leur nom pour offrir leur travail, du temps des petits paysans venus de Savoie vendre leurs productions en ville. L'histoire a toujours démontré que Genève ne pouvait pas composer sans sa périphérie et que sa périphérie ne pouvait rien sans Genève,  dans ce contexte ou les frontières n’ont cessé de bouger au fil des siècles, preuve s'il en est que nos passés et donc nos futurs sont profondément liés. Comment pourrait-il en être autrement quand on sait que le canton de Genève compte 100 kilomètres de frontière avec la France et seulement 4 avec la Suisse !

Nous avons une chance infinie dans cette région. Elle est belle, d’abord, tellement belle, ce lac, ces campagnes, ces paysages, ces vignobles aussi bien sûr, elle est dynamique ensuite, emmenée par cette locomotive économique qu’est Genève et qui fait pâlir d’envie bien des régions d’Europe et du monde. Il faut reconnaître cette chance-là, et en tant que maire d’une commune française qui compte près d’un millier de frontaliers, dont la moitié est suisse, je veux dire ici combien nous sommes gâtés de vivre en un lieu où les tourments du monde se font moins virulents qu’ailleurs.

Pour autant la profonde interdépendance qui lie nos territoires et nos habitants ne se limite pas aux seuls échanges économiques.  Genève est un peu aussi la « capitale » de la France voisine...

Par ses lieux culturels, ses lieux de sortie, de divertissement qui permettent au-delà des simples rapports de travail de se forger une identité commune, une conscience d’appartenance à un ensemble plus vaste. C'est d'ailleurs dans cet esprit l'an dernier que nous avons créé une fête de la frontière à Monniaz, 3 communes françaises et 2 communes suisses, pour permettre à nos citoyens de partager autre chose que des regards pensifs, d'une voiture à l'autre dans les bouchons. Ces initiatives se multiplient et c'est un bien pour tous.

Alors cet ensemble plus vaste, vous le savez, c’est le grand Genève. Ce territoire qui réunit le canton de Genève, la région Nyon et la France voisine. Je sais que pour certains c’est un gros mot mais je dérogerais trop à la tradition d'arrogance française si je ne me permettais pas ici en ce lieu et en cette occasion de vous en dire quelques mots. Pour beaucoup, c’est le synonyme de concessions insupportables faites à la France voisine, c’est presque un peu du vol. Et pourtant, le Grand Genève ça n’est rien de cela.

Ça n’est pas une opération humanitaire à destination de ce pays en voie de développement qu’est la France… Ça n’est pas une pompe à fric inventée par ces coquins de « frouses »… Ça n’est pas un délire de technocrates en manque de structures kafkaïennes…

C’est d’abord l’expression d’une politique fédérale, qui veut que toutes les grandes agglomérations suisses organisent leur développement avec leur périphérie, comme cela se fait dans le monde entier, qu’il y ait ou non une frontière qui séparent la ville centre de sa périphérie. C'est la première et la plus évidente de toutes les logiques. Celle qui correspond à la réalité de la vie de centaines de milliers de personnes, qui travaillent dans le centre et qui vivent en périphérie, qu’ils soient suisses ou français.

Cela se fait à Bâle, à Zurich, et donc à Genève. La confédération appuie ces politiques en subventionnant les projets structurants de ces agglomérations.

Depuis quelques années, les élus suisses et français coopèrent beaucoup plus, pensent la région dans son ensemble, avec une logique de bassin de vie plutôt qu’une logique étriquée et forcément partielle de limites communales cantonales ou nationales, avec un souci de transversalité qui seul permet d’avancer.

C’est la bonne échelle pour résoudre les problèmes.

Bien sûr cette construction ne se fait pas sans mal. A Genève comme en France, les populismes vont croissants, surfant sur les peurs qu’inspire la mondialisation, avec la logique des boucs émissaires, déployant les fantasmes de repli... Ces mouvements sont regrettables sans doute mais naturels, il faut composer avec et jamais plus qu’aujourd’hui il faut expliquer les choses, il faut dire ce que l’on fait, faire de la pédagogie.

Cela ne se fait pas sans mal non plus car parfois nos États respectifs ne comprennent pas toujours les logiques qui sont à l’œuvre sur le terrain. Aussi est ce sans réserve que je soutiens la demande de Pierre MAUDET concernant la transmission par la France des informations sur les profils des employés français travaillant à l'aéroport de COINTRIN. S’il est un domaine en effet où la coopération ne doit souffrir d’aucune retenue, c’est bien celui de la sécurité.

Oui, cela ne se fait pas sans mal et je veux saluer en cette année la magnifique explication de texte de François Longchamp Président du Conseil d’Etat et Président du grand Genève s’agissant des fameux fonds frontaliers. Il a démontré clairement que ces fonds étaient une chance pour Genève et pour la France voisine, que si ici nous fonctionnions comme dans le canton de Vaud par exemple, Genève ne garderait qu’un peu moins de la moitié de ce qu’elle touche aujourd’hui au titre de l’impôt prélevé sur les frontaliers. Quant à la France voisine, elle ne toucherait rien, c’est Bercy qui encaisserait les sommes dont personne ne verrait les fruits, en termes d’investissement, localement. Votre Président a donc défendu avec ardeur ce système véritablement gagnant-gagnant et qui est lui aussi une chance pour notre région.

La France voisine développe actuellement des infrastructures de transport adaptées, elle paie largement sa part et la finance d’ailleurs seule, et cela n’est pas simple, depuis les votations sur les P+R de 2014. Le Léman Express en sera la colonne vertébrale sur la partie française, qui irriguera en étoile depuis Annemasse toute la Haute-Savoie, et autour, viendront se greffer des lignes de bus rapides, des lignes de tram, des parkings relais qui permettront vraiment d’améliorer la mobilité dans la région. Je crois que l’efficacité de ces équipements qui seront opérationnels en 2019 vaudra mieux que tous les discours.

Et on constatera en effet que moins de  trafic dans nos villages, dans nos villes, françaises ou suisses, ce sera une avancée notable pour cette région et la qualité de son air qui a mis du temps à s’organiser mais qui va y arriver, qui mérite en tout cas le meilleur.

Le temps viendra ou le bien-fondé de tout cela éclatera d’évidence, au-delà des invectives du moment, au-delà des inquiétudes et des doutes. 

C’est dans le cadre des instances du Grand Genève, d’ailleurs, que j’ai eu le plaisir de rencontrer votre maire, Antoine Barde. Il était alors Président du Grand Conseil et avec son homologue vaudoise Roxane Meyer Keller nous nous sommes réunis pour organiser prochainement ce que l’on appelle les assises transfrontalières des élus. Une sorte d’assemblée dédiée aux échanges, dédiée au dialogue et à la coopération franco-suisse. Une complicité est immédiatement née entre nous.

Peut-être déjà parce que nous avions approximativement le même âge, certes la jeunesse n'est pas en soi une vertu, mais il faut dire qu'elle n'est pas, loin s'en faut, surreprésentée dans nos classes politiques réciproques, alors forcément, cela crée quelque chose… Et puis sûrement aussi parce que nous étions fatigués de ces séances quelques fois trop techniques, trop sérieuses qui nous font passer à côté de l’essentiel : la convivialité, les vraies occasions d’échanger, de se découvrir, de comprendre les problèmes des uns et des autres, de comprendre les façons que nous avons de les appréhender et qui permettent souvent, à condition d’y consacrer le temps nécessaire de faire plus avancer les choses, parce qu’on se sera parler vraiment.

Bref, l'histoire de notre région est belle, elle nous est commune, et nous avons besoin les uns des autres pour faire en sorte qu'elle le soit toujours. C'est la somme cumulée des avantages offerts par la partie suisse et par la partie française de cette région qui en fait sa force. Et le Grand Genève dans le fond, c’est veiller à en organiser le développement de façon plus harmonieuse.

C'est le sens profond de ce que je veux vous dire ce soir : il n'y a pas d'avenir sans cela.

Mais j'ai beaucoup parlé de la région, et trop peu de ce qui nous réunit ce soir, c'est à dire votre pays, votre nation, dont nous fêtons les 725 ans ce soir du pacte qui l’a fondé.

La Suisse est un pays que j’admire à plus d’un titre, d’abord pour sa beauté.

Bien entendu je pense au bassin lémanique, mas aussi je pense au Valais, ce paradis encore sauvage et préservé habité par des gens entiers dont le caractère est plein de roches et de soleil, je pense aux merveilles du TESSIN, ces lacs somptueux dans lesquels s’effondrent d’abruptes et verdoyantes montagnes, je pense à Zurich, Bâle, ces villes à taille humaine et agréables, j’ai traversé les Grisons, la suisse allemande, et j’ai été émerveillé par la pureté de ces paysages, par la diversité des cultures, des langues, et j’ai apprécié le lien qui réunissait tous ces êtres si différents qui se sont fédérés, au-delà de leurs particularités, derrière un même drapeau.

C’est un petit miracle, ce pays, qui a su faire se souder des peuples si divers.

 

J’admire le peuple suisse. J’admire sa capacité à prendre des décisions courageuses, à voter des objets délicats, à affirmer sa volonté, quels que soient les enjeux. Sa capacité à aller à contre-courant parfois de l’air du temps…

J’admire cette force qui vous a permis sans doute de mieux protéger vos spécificités qu’ailleurs. Cet amour de votre terroir, de vos produits fermiers, de vos vins, de vos industries, de ce goût pour la qualité et l’excellence.

Et puis il y a une forme de simplicité dans l’échange, de joie simple et essentielle qui accompagne sans le contredire un appétit farouche pour le travail, pour l’effort.

J’aime vos auberges communales, vos bistrots de village, vos campagnes préservées où il me semble que quelque chose à mieux survécu qu’ailleurs.

Cet amour de ce que vous êtes, défendez-le. Car seul un peuple qui s’aime, qui croit en lui peut avoir de l’avenir.

Quand je vois la ferveur ici que génère votre fête nationale, quand je vois tous ces drapeaux fleurir, toute cette joie, toute naturelle, spontanée et authentique, je suis admiratif. Manifester de l’amour pour son pays, exprimer sa fierté d’appartenir à une nation. C’est beau et émouvant et je souhaite à tous les peuples de la terre de pouvoir éprouver ce noble sentiment.

En face de cela, je vous avoue que le français que je suis vous regarde avec envie, tant la France traverse, en ces heures, un moment fort difficile de son histoire. Et je veux profiter de cette occasion pour vous dire combien nous avons été touchés, lorsque votre jet d’eau s’est paré des couleurs de la France. Merci pour ce geste.

Ce soir est un  temps particulier où vous vous retournez sur la patrie, c’est un temps de communion où la nation toute entière interroge ses valeurs, et, forte de son passé, se projette dans l’avenir.

Je veux donc vous souhaiter une très belle fête nationale et surtout souhaiter une longue vie à votre « Grand » petit pays.

Vive la Suisse,

 Vive la France,

et Vive notre belle région.

Merci à tous

 

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