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12/11/2016

discours du 11 novembre 2016

   

Mesdames et Messieurs les élus

Monsieur le Curé,

Mesdames et Messieurs les anciens combattants,

Mesdames et Messieurs les victimes de toutes les guerres et leurs portes drapeaux,

Mesdames et messieurs les membres du conseil municipal,

Mesdames et Messieurs les professeurs des écoles,

Mesdames et Messieurs les représentants de la gendarmerie et de la police municipale,

Mesdames et Messieurs les responsables d’association,

Mesdames et Messieurs,

Chers enfants, chers amis,

Merci infiniment à tous d’être là.

La commémoration de la première guerre mondiale résonne toujours d’une intensité particulière dans nos cœurs. Par son intensité, par sa violence effrénée, par sa dimension globale, sa cruauté, par l’irruption de technologies meurtrières sur les champs de bataille, elle est devenue le symbole de l’absurdité de toutes les guerres.

En tête nous avons ces images bouleversantes de nos poilus, chancelant, en guenilles, mal rasés, maigres et sous équipés, parmi les tombereaux de poussières, de cadavres et d’acier.

A la onzième heure du onzième jour du onzième mois de l’année, nous avons coutume de nous rappeler l’horreur que connurent les combattants du monde entier dans les tranchées, sous le feu, dans le gaz et la boue.

C’est un moment privilégié pour notre nation que de pouvoir l’espace d’un instant au moins comprendre quelle horreur certains ont traversé, et surtout pourquoi ils l’ont traversé. Quel épouvantable sacrifice, abandonné sur l’autel des nations, aura été ce meurtrier conflit. Meurtrier conflit dont tout le monde espérait qu’il fut le dernier de la sorte, et dont l’histoire hélas prouva qu’il ne l’était pas, loin s’en faut.

Car deux décennies après cette période seulement un deuxième conflit plus grand encore dévasta le monde.

Aux origines des guerres, aux origines du meurtre, il y a toujours la haine. Et aux origines de la haine, il y a toujours la peur et la colère.

Cette peur qui pousse au repli. Qui pousse à l’indifférence coupable, à l’égoïsme. Cette colère qui désigne les boucs émissaires, qui stigmatise d’éternels faibles ou de présumés puissants, qui aveuglément cherche à punir quelqu’un ou quelque chose pour les maux qu’on ne parvient pas à résoudre ou à expliquer.

Cette peur et cette colère qui sont le combustible, attisé par des irresponsables qui veulent incendier le monde, à défaut de tenter pacifiquement de le changer.

Aux origines des guerres, le repli. Sur soi, sur sa nation. Le nationalisme.

Le monde d’aujourd’hui est un terreau fertile à cette peur et à cette colère.

Perdus par les excès de la mondialisation, les laissés pour compte de la croissance qui ne profite plus qu’à une arrogante minorité sont tentés, dans le monde entier, de croire aux sirènes de faux jeunes loups qui sortent du bois dans lequel ils avaient été confinés par des décennies de bien-pensance, elle aussi puissamment coupable.

Bien pensance coupable d’avoir mis la tête dans le sable, de n’avoir pas voulu nommer quels terribles malaises agitent actuellement nos sociétés, et d’avoir laissés ces questions aux fauves.

Bien pensance coupable d’avoir défendu les systèmes quoi qu’injustes avant leurs peuples, de ne pas avoir voulu entendre leur détresse et leur désarroi.

Et aujourd’hui, nous sommes en train de faire les frais de cet aveuglement de nos classes dirigeantes, d’avoir laissé les outrances d’une économie sans règle casser des millions d’êtres humains, d’avoir mis en concurrence des pauvres d’ici avec des pauvres d’ailleurs, en leur expliquant que c’était merveilleux, d’avoir tué l’espoir, d’avoir cédé aux communautarismes pour acheter la paix sociale, d’avoir baissé notre pantalon, abandonnant des principes essentiels de nos sociétés dites modernes et démocratiques, alors que nous avons les outils pour défendre nos idéaux.

Bien pensance coupable d’avoir fait se confondre gauche et droite, bien pensance coupable d’avoir confisqué tout vrai choix aux électeurs, et qui aujourd’hui réalise sa faute. Et qui feint de s’étonner que les votes extrêmes montent en flèche.

Bien pensance qui n’ayant pu étouffer le monstre est en train de le déchaîner.

Les nationalismes progressent partout. Nous entrons dans une époque extrêmement dangereuse, et il ne faudra pas s’y tromper.

On ne vote plus pour donner des avertissements, pour se griser d’avoir pu faire trembler au premier tour quelques puissants depuis trop longtemps installés. Le vote est une arme. Et de plus en plus, on entend hurler les sirènes qui préfèrent le chaos plutôt que de continuer ainsi. Après nous le déluge en quelque sorte.

Un populiste à l’agressivité sans précédent a été élu aux Etats-Unis, le Royaume-Uni a quitté l’Europe, le nationalisme gagne du terrain partout en Europe et ailleurs, les esprits se radicalisent.

Autant de signaux qui vont décomplexer ceux que des décennies de politiquement correct ont difficilement muselés, et qui sont de fait surexcités.

Autant de signaux qui vont donner une prime à l’inexpérience, au simplisme, à la caricature, à l’outrance. Autant de signaux qui font que les modérés sont devenus inaudibles, parce qu’il est bien tard. L’intelligence et l’exigence ne pèseront pas lourd face au premier venu qui annoncera de la façon la plus violente la plus primaire des solutions.

 

Les gens sont fatigués et las d’un monde qu’il ne semble plus possible de changer. Et les loups se repaissent de cette fatigue.

A ce devoir de faire son examen de conscience, auxquels manquent à peu près l’ensemble de nos élites, à ce courage absent depuis des décennies, répondra si nous ne réagissons pas immédiatement : le pire. Le pire c’est ce que nous avons hélas toujours connu. Le pire c’est la guerre.

En ce jour particulier où nos nations commémorent la paix, n’oublions pas, dans le confort de nos petites vies, que la paix n’est qu’une fragile période de répit entre deux guerres.

Et qu’il appartient à chacun d’entre nous de mesurer comment on se sert de cette arme qui s’appelle le bulletin de vote et quelles en sont les conséquences potentielles.

Je voudrais terminer par cette citation de tobias Stone, un historien américain :

«Et puis, après la Guerre qui devait mettre fin à toutes les Guerres, nous en avons eu une autre. Encore une fois, pour un historien, c’était très prévisible. Poussez les gens à croire qu’ils ont perdu le contrôle de leur pays et de leur destin, ils vont chercher un bouc émissaire, puis un leader charismatique va s’approprier cet état d’esprit du peuple et désigner la forme que prendra ce bouc émissaire. Il va tenir des discours très généraux et cultiver la colère et la haine. Bientôt, les masses commenceront à agir comme un seul homme, sans qu’aucune logique ne conduise leurs actions, et plus rien ne pourra être arrêté.»

Merci à tous

 

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