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03/08/2015

Discours du 1er août 2015 à COLOGNY

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Monsieur le Maire , mon cher Bernard,

Mesdames les conseillères administratives,

Monsieur le Président du conseil municipal,

Mesdames et Messieurs les conseillers municipaux,

Mesdames et messieurs les anciens élus,

Mesdames et Messieurs chers habitants de la magnifique commune de Cologny,

Bonsoir à toutes et à tous.

C’est un privilège immense qui m’est offert ce soir que de pouvoir m’exprimer devant vous, dans un moment aussi solennel et important pour un pays qu’est la célébration de sa fête nationale.

Je veux remercier votre maire, Bernard, de m’avoir invité, et j’espère que les quelques mots que je vais prononcer seront à la hauteur de l’honneur qui m’est fait.

Car oui c’est un honneur. Un honneur que la parole me soit donnée, moi qui suis un élu français, un voisin, dans une cérémonie pourtant dédiée à votre nation et à votre patrie.

J’y vois un symbole, un symbole d’union et de partage, dans une région qui connaît quelques difficultés parfois à se construire.

Mais les chemins n’ont pas d’intérêt s’ils ne sont pas un peu tortueux, et les obstacles, quels qu’ils soient, ne sont pas là par hasard, ils nous invitent à la réflexion et à nous remettre en cause, à nous demander comment nous pouvons améliorer les choses et les dépasser.

J’y vois le symbole de ce qui nous lie, de part et d’autres de la frontière, de ce qui fait que nous partageons un même bassin de vie, un même paysage, s’étalant du Vuache aux Voirons, Les Voirons dont le sommet est situé sur ma commune, à Saint-Cergues, un même paysage s’étalant du Salève au Jura. Le symbole qui témoigne que nous partageons une même région, une même histoire, des patrimoines et des terroirs proches tout en ayant chacun  - et c’est merveilleux - nos spécificités.

Et ces spécificités sont la chance de cette région, ce qui la rend belle, ce qui en fait une terre riche et intéressante. Ces spécificités proviennent de l’existence d’une frontière.

D’une frontière qui dans l’inconscient collectif est trop souvent synonyme de mur, de barrière, et qui pourtant à mon sens est tout le contraire.

Dans son ouvrage Eloge de la frontière, Régis Debray, philosophe, nous livre une vision à rebours de l’air du temps. L’Air du temps selon lui c’est ce qu’il appelle le « sans frontiérisme », c’est-à-dire cette idéologie qui voudrait abolir tout ce qui est différent pour que le monde s’uniformise, soit désespérément ressemblant d’un endroit à l’autre du globe, avec les mêmes modes de vie, les mêmes enseignes, les mêmes repères partout. Abolir les frontières, c’est aller contre la diversité de l’Autre. C’est vouloir le transformer en quelque chose d’universel, d’informe et de peu intéressant dans le fond. C’est nier sa différence et vouloir lui enlever sa spécificité.

Pour le philosophe Debray : La frontière, c’est la modestie qui revient à accepter qu’on n’est pas partout chez soi. On accepte qu’il y ait de l’Autre et pour faire bon accueil à l’Autre, il faut avoir une porte à ouvrir et un seuil où se tenir, sinon ce n’est plus un hôte mais un intrus.

Autrement dit, et c’est bien cela pour moi, la frontière, c’est une porte, qu’on ouvre à l’autre ou que l’autre nous ouvre, et c’est bien parce qu’il y a cette porte qu’il peut y avoir une vraie rencontre. Et c’est bien parce que nous sommes différents qu’il est si bon et si agréable de se découvrir.

La frontière est donc belle dans ce sens qu’elle est une invitation à aller voir ce qui s’y cache derrière, dès lors qu’elle est basée sur le principe d’ouverture, de tolérance et de respect qui est dû à celui qu’on reçoit ou qui nous reçoit, selon les règles de la plus élémentaire courtoisie. Et en ce sens elle nous rappelle que tout homme dès lors qu’il se rend à l’étranger est ambassadeur de son pays et qu’il doit donc s’efforcer de le représenter dignement. De la même manière celui qui reçoit un étranger doit lui montrer le meilleur de lui-même.

J’ai beau être un féru partisan du Grand Genève, et j’ai beau essayer de me battre avec mes collègues suisses et français pour que les grands déséquilibres qui affectent notre région en matière de logement, d’emploi et de transport soient corrigés, soient réglés ensemble, jamais il ne m’est venu à l’idée, jamais je n’ai pensé une seule seconde qu’il faudrait supprimer la frontière.

Cela peut vous paraître étonnant qu’un maire de France voisine fasse l’apologie de la frontière, dans un monde où elles tendent à disparaître, mais c’est parce que je pense que le dynamisme énorme de cette région, sa réussite économique, sa diversité de cultures et son attractivité en sont bel et bien le fruit.

C’est la somme cumulée des avantages offerts par la partie suisse et la partie française de cette région qui font sa force. Genève est une locomotive économique que l’Europe et le monde envient. La France voisine, sa périphérie, offre au territoire genevois une base arrière de développement, offre un potentiel en matière de logement et de main d’œuvre.

Le territoire genevois étant relativement enclavé, son avenir ne peut se concevoir sans une coopération très étroite avec les territoires français et vaudois qui la bordent. Et les territoires français n’ont pas d’avenir sans Genève. Cette interdépendance profonde, ce gagnant-gagnant est une chance, et il ne faut jamais l’oublier.

Le grand Genève n’est pas une lubie de technocrates locaux, ou l’invention de quelques politiciens atteints de grandeur, contrairement à ce qu’en disent certains. Il est le fruit d’une politique nationale de la confédération helvétique qui souhaite que les grandes agglomérations s’organisent mieux, comme cela se fait d’ailleurs sans heurts à Bâle ou à Zurich et de façon générale dans toutes les grandes villes du monde.

Le Grand Genève n’est pas une opération humanitaire à destination de ce pays en voie de développement qu’est la France… Si en effet des cofinancements suisses sont prévus, La France toutes collectivités confondues finance à hauteur de 75 % l’ensemble des mesures prévues en matière de mobilité notamment. Le Grand Genève, tout simplement, est un moyen de se développer plus harmonieusement, équitablement. 

Bien sûr, tout cela ne se fait pas sans mal, et parfois les tensions sont vives. Bien sûr, de part et d’autres, nous connaissons des moments de repli, des moments de doute, des moments où le chacun chez soi revient comme une lointaine musique.

Et c’est normal. L’époque est inquiétante. Une mondialisation galopante, la crise économique qui se répand, les peurs identitaires, la peur de perdre sa souveraineté, son cadre de vie, son niveau de vie, les parcours de vie, professionnels ou affectifs qui sont moins stables et linéaires qu’autrefois, tout cela contribue largement à créer de l’angoisse chez bien de nos concitoyens qui par réflexe de crainte se réfugient parfois dans la facilité des populismes. Vous avez les vôtres, nous avons les nôtres.

Personne ne peut donner de leçon à qui que ce soit, je m’en garderai bien. Et au lieu de condamner ceux qui cèdent aux sirènes hurlantes dénonçant les boucs émissaires bien pratiques, il vaut mieux essayer de les comprendre et de les rassurer.

Leur montrer que notre histoire a toujours été celle-ci, celle d’un lien profond entre la cité de Genève et sa périphérie, celle du comté de Genève, qui dura 1000 ans entre le 5ème et le 15ème siècle et dont les limites allaient déjà jusqu’à Bellegarde, Gex, et englobaient la presque totalité de ce qui n’était pas encore la Haute-Savoie, un Grand Genève avant l’heure…  Leur montrer que notre histoire a connu des époques bien diverses, où se furent parfois les genevois qui vinrent travailler en France voisine, ce qui est je le concède sans doute un peu moins vrai aujourd’hui… Leur montrer que déjà en leurs temps, les molardiers accourraient de Savoie voisine sur la place bien connue à Genève qui leur a donné leur nom, pour aller offrir leur force de travail. Et les échanges, en matière agricole notamment ont toujours été importants.

L’histoire de notre région est belle, elle nous est commune, et je le redis, cette frontière est une source de richesse à tout point de vue, pour nous tous.

Et c’est bien le thème de la frontière, qui nous a fait nous rencontrer avec votre maire, Bernard. C’est parce qu’avec les communes suisses de Jussy et de Présinges et qu’avec les communes françaises de Machilly et de Juvigny nous avons voulu organiser cette année une « Fête de la Frontière », de part et d’autres de la douane de Monniaz, côté Jussy et Saint-Cergues donc, que nous nous sommes rencontrés. L’idée était toute simple. Au lieu de considérer la frontière comme un lieu de séparation, un lieu de division, nous avons voulu en faire une grande porte, à passer dans les deux sens, un lieu de rassemblement. Deux jours de fête simples, authentiques, dans un esprit bon enfant et campagnard, qui ont réuni les populations de nos 5 villages, suisses et français, deux jours de partage et de rencontre qui ont laissé à tous un beau souvenir. Votre maire a participé à la journée du dimanche, et a défendu avec beaucoup d’ardeur la commune de COLOGNY. Il s’est d’ailleurs particulièrement distingué dans la course de botte de foins et je salue ses vigoureuses performances.

Et j’ai de suite accepté sa proposition de participer ce soir à ce 1er août, avec vous tous. Car pour moi, il est fondamental que nous apprenions à nous connaitre mieux. Que nous apprenions à nous RE-connaître, car il me semble que la qualité de nos liens hélas s’est peut-être distendue avec le temps, et ce bien que les échanges et les flux transfrontaliers se soient intensifiés.

 Chaque fois qu’il nous est offert la possibilité d’échanger, il faut en profiter, et je suis là ce soir avec un grand bonheur devant vous.

Je suis né et j’ai grandi à 100 mètres de la frontière. Mon grand-père était douanier, à la douane de Monniaz, justement. Mon arrière arrière-grand-père était cheminot et vivait aux Grottes. Ma femme est genevoise, mes filles sont suisses. Le Grand Genève, je le vis aussi dans mon cœur.

Et rien ne m’est plus agréable, en vivant cette dualité d’appartenance, que d’essayer d’œuvrer pour cette région qui réunit nos deux pays.

Tous ces échanges que nous avons entre élus des deux côtés de la frontière sont fondamentaux. Car nous réalisons bien souvent que nous avons les mêmes problématiques. COLOGNY est traversée tous les jours par des milliers de véhicules. C’est le cas de Saint-Cergues aussi, car les frontaliers français ou suisses viennent de plus en plus loin. COLOGNY subit des pics importants de pollution en raison des bouchons genevois et des mouvements pendulaires, c’est le cas aussi pour Saint-Cergues. L’air en effet nous le partageons, et la pollution en effet ne connaît pas de frontières.  A COLOGNY le logement est rare et cher. A saint-Cergues aussi, dans des proportions moindres je le confesse, mais tout de même. La crise du logement qui frappe le canton de Genève se répercute en effet largement sur la France voisine et nombreux sont les genevois à devoir quitter le canton pour pouvoir se loger. A titre d’exemple, ils sont plus de 500 à vivre dans mon village de 3500 habitants, et nous les accueillons avec joie, et je suis fier que ma commune soit un petit « grand Genève ».

Il se passe en fait ici ce qui se passe dans toutes les villes du monde. Une croissance qu’il faut organiser, sans quoi ce sera un peu le chaos, les bouchons interminables, les problèmes de santé publique posés par la pollution, les trajets de plus en plus longs entre le domicile et le travail. La nécessité que la ville centre et la périphérie prennent ensemble leurs destins, intimement liés, en main.

Je veux vous dire ce soir que tous les français ne sont pas fainéants ni arrogants. Que tous les suisses ne sont pas des profiteurs. Je veux vous dire ce soir que ces clichés il faut en rire. Réapprenons à nous taquiner comme nous avons toujours su le faire, mais ne nous invectivons pas. Je veux vous dire ce soir que ce n’est qu’ensemble que nous pourrons régler les problèmes de la région.

Ce soir est un moment dédié à votre pays. La Suisse. Un pays que j’admire à plus d’un titre. Un pays que j’ai découvert sur le tard, car si j’ai durant toute mon enfance et mon adolescence beaucoup profité de Genève, de son offre culturelle, sportive, de ses lieux de fêtes et de sorties, je connaissais relativement mal le reste du pays. Ma femme, Viviane, m’a fait découvrir la Suisse. J’ai découvert le Valais, ce paradis encore sauvage et préservé habité par des gens entiers dont le caractère est plein de roches et de soleil, j’ai découvert les merveilles du TESSIN, ces lacs somptueux dans lesquels s’effondrent d’abruptes et verdoyantes montagnes, j’ai découvert Zurich, Bâle, ces villes à taille humaine et agréables, j’ai traversé les Grisons, la suisse allemande, et j’ai été émerveillé par la pureté de ces paysages, par la diversité des cultures, des langues, et j’ai apprécié le lien qui réunissait tous ces êtres si différents qui se sont fédérés, au-delà de leurs particularités, derrière un même drapeau.

C’est un petit miracle, ce pays, qui a su faire se souder des peuples si divers.

J’admire le peuple suisse. J’admire sa capacité à prendre des décisions courageuses, à voter des objets délicats, à affirmer sa volonté, quels que soient les enjeux. Sa capacité à aller à contre-courant parfois de ce que j’appelais tout à l’heure l’air du temps…

J’admire cette force qui vous a permis sans doute de mieux protéger vos spécificités qu’ailleurs. Cet amour de votre terroir, de vos produits fermiers, de vos vins, de vos industries, de ce goût pour la qualité et l’excellence.

Et puis il y a une forme de simplicité dans l’échange, de convivialité qui accompagne sans le contredire un appétit farouche pour le travail, pour l’effort.

J’aime vos auberges communales, vos bistrots de village, vos campagnes préservées où il me semble que quelque chose à mieux survécu qu’ailleurs.

Cet amour de ce que vous êtes, défendez-le. Car seul un peuple qui s’aime, qui croit en lui peut avoir de l’avenir. Je désespère parfois de mesurer combien la France semble ne plus s’aimer. Combien elle s’auto-flagelle, combien elle se renie…

Quand je vois la ferveur ici que génère votre fête nationale, quand je vois tous ces drapeaux fleurir, toute cette joie, toute naturelle, spontanée, simple et authentique, je suis admiratif. Manifester de l’amour pour son pays, exprimer sa fierté d’appartenir à une nation. C’est simplement beau et émouvant et je souhaite à tous les peuples de la terre de pouvoir éprouver ce noble sentiment.

Ce soir vous fêtez les 724 ans de votre pacte fédéral, qui fonde la confédération suisse, ce soir est un  temps particulier où vous vous retournez, où vous vous recueillez sur la patrie, c’est un temps de communion où la nation toute entière interroge ses valeurs, et, forte de son passé, se projette dans l’avenir.

Je veux donc vous souhaiter une très belle fête nationale et surtout souhaiter une longue vie à votre « Grand » petit pays.

Vive la Suisse,

Vive la France,

Vive notre belle région.

 

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03/06/2015

Communiqué suite à l'annulation des élections à Annemasse

  

Le 22 mai dernier, le Conseil d’Etat a confirmé le jugement du Tribunal administratif de Grenoble du 27 octobre 2014, annulant les élections municipales annemassiennes. Il y aura donc de nouvelles élections à Annemasse qui se tiendront les 28 juin et 05 juillet prochains.

Le Conseil d’Etat a reconnu la fraude de la liste Front National menée par Jean Capasso et a considéré que l’écart de voix entre la liste arrivée en tête menée par Christian Dupessey et la liste conduite pa...r Louis Mermet étant inférieur au score réalisé par le FN, il était impossible de dire qui l’aurait emporté si le FN n’avait pas été présent à ce scrutin.

Il est regrettable qu’aucune peine d’inéligibilité n’ait été prononcée à l’égard des responsables FN qui peuvent donc tranquillement se représenter… Sans doute en faisant campagne sur l’exemplarité en politique…

Les conséquences sont importantes pour Annemasse qui depuis réception de la notification de la décision du Conseil d’Etat n’a plus de maire ni d’élus et sera gérée pendant la période électorale par une délégation d’administrateurs nommés par le Préfet depuis hier soir.

Les conséquences sont importantes aussi pour l’agglo, car le maire d’Annemasse en était par ailleurs le Président. Toutes les délégations du conseil communautaire au Président et au bureau communautaire tombent, comme toutes les délégations du Président aux vice-présidents.

D’autre part, cette annulation remet en cause l’accord local que nous avions trouvé à 12 communes pour assurer une meilleure représentativité des petites communes (en vertu d’une loi dont l’inconstitutionnalité avait depuis été établie). Jeudi 28 mai dernier les conseils municipaux ont délibéré dans le même esprit, dans les limites (moins favorables toutefois) fixées par la nouvelle loi.

Le bureau communautaire ne peut donc plus délibérer, le conseil communautaire le peut seulement et uniquement sur les affaires courantes ou urgentes et un conseil communautaire est d’ailleurs prévu le 17 juin prochain.

Les textes confient la présidence par intérim au premier vice-président que je suis.
La campagne sera donc brève et probablement intense. L’agglomération est neutre et travaillera comme elle l’a toujours fait avec les élus souverainement désignés par le suffrage universel.

En espérant de tout cœur que le débat démocratique annemassien sera le plus serein possible et permettra à chacun de faire valoir sa vision pour notre territoire.

30/05/2015

Discours de la fête des mères

 

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Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue pour ce moment précieux de l’année, ou traditionnellement, nous rendons hommage aux mamans de la commune.

Il est beau ce moment où nous nous arrêtons un instant, pour remercier, un tant soit peu, celles qui ne demandent rien, celles qui aiment sans condition, dans la gratuité la plus absolue.

Il est beau que nous sachions encore prendre le temps, pour nous demander ce qu’aurait été notre monde et notre vie, sans l’amour d’une mère.

Depuis la nuit des temps, les mères enfantent le monde, c’est par elles que passent les individus, les peuples, les civilisations, et toute l’histoire des siècles. Depuis la nuit des temps, elles souffrent, elles aiment et se démènent pour donner un avenir à toute chose.

Depuis la nuit des temps, le mystère de la vie, celui de l’enfantement, qui fait d’une femme une mère, est considéré comme une sorte de miracle. Aussi nombreuses sont les représentations de divinités femmes, d’allégories de la mère, dans les civilisations antiques, grecques et romaines. Grecs et romains qui déjà avaient instauré une cérémonie chaque année au printemps en l’honneur de Rhéa et de Cybèle, déesses considérées comme mères des Dieux.

Ce que nous célébrons aujourd’hui vient donc du fond des âges, et ces cérémonies, ces fêtes sont une façon de rendre grâce à ce mystère à la fois si simple, parce que tout le monde le connait, tout le monde sait que les mères accouchent et élèvent leurs enfants, c’est si simple et à la fois si merveilleusement complexe, parce que mettre au monde un enfant et avoir la charge d’en faire un être autonome, heureux et plein d’avenir est sans doute l’alchimie la plus hasardeuse qui soit et que donner la vie restera sans doute en tout cas il faut l’espérer, ce qu’il y a de plus essentiel et de plus beau en nous.

Depuis les années 20, en France a été instauré « une journée des mères » nationale, il s’agissait alors d’honorer les mères de famille nombreuse, c'est-à-dire les mères très productives, puisque la France avait en ces temps là une politique nataliste très volontariste. Inutile de préciser que la vision de la femme qui prévalait à l’époque n’était pas franchement libérale. Un genre de « mérite agricole » en somme, où la meilleure génitrice recevait une médaille…

C’est pendant la seconde guerre mondiale que cette fête fût vraiment développée, et qu’elle se transforma en ce que nous connaissons aujourd’hui encore. Les enfants furent sommés par décret d’État, avec l’aide de leurs institutrices et instituteurs, de concevoir, pour vous les mères, quelque cadeau destiné à vous rendre hommage.

Et c’est depuis lors que vinrent ces moments délicieux ou pour remerciement de votre dévotion infinie de mère, pour vous assurer de notre profonde reconnaissance, nous, vos enfants, développons des trésors d’attention, de minutie et de savoir-faire, plein d’amour, pour vous gratifier de ces splendides colliers de nouille, des petites babioles dérisoires, des petits objets, bricolés, parfois flirtant avec la limite du bon goût, mais qui sont pour vous un monument de reconnaissance, un chef d’œuvre dédié à votre amour et le plus beau et le plus abouti des témoignages qu’il vous soit possible de recevoir, parce que ces petites babioles, ce sont vos enfants qui les ont fait pour vous, vos enfants… Ceux-là même que vous jetteriez bien par la fenêtre de temps en temps, vos enfants… Ceux-là même qui vous épuisent, qui piaillent sans cesse, qui chougnent, qui se bagarrent, qui se salissent tout le temps et qui vous réveillent la nuit, et ceux-là même aussi, pour qui vous feriez tout et n’importe quoi, ceux là même pour qui vous donneriez votre vie, sans la moindre hésitation, parce qu’ils sont les vôtres, parce qu’ils sont votre sang, parce qu’ils sont votre éternité.

Ces colliers de nouilles qui sont comme la plus belle parure de bijoux qu’on puisse vous offrir, car ce sont les mains de vos petits qui les ont fait avec leur amour pour vous et rien que pour vous.

Alors on l’a vu, cette fête des mères fût instaurée essentiellement pour assoir la notion de famille, et dans ce cadre, le rôle de la femme était clairement celui d’être une mère, et de n’être qu’une mère… Au foyer, obéissante, ah, quel temps béni ou le patriarche contemplait sa progéniture en dégustant son pâté, les pieds sous la table !

Mais les temps ont changé, la femme s’est libérée, et aujourd’hui, la femme est sur tous les fronts...

La femme, depuis lors, doit être non seulement pleinement une femme, c'est-à-dire une épouse aimante qui sait aussi se muer en maitresse pour son mari, une fée du logis, une mère bienveillante et dévouée envers ses enfants, pleinement une femme donc mais aussi pleinement un homme, c'est-à-dire engagée socialement, dans mille associations, et bien évidemment se devant d’être une travailleuse acharnée qui doit réussir sa carrière…

Parallèlement mais c’est moins vrai dans ce sens, les hommes, certains en tout cas, sont devenus plus papa-poule, participent plus aux tâches ménagères, même si souvent encore, quand ils font la vaisselle, vous les femmes êtes sommés de saluer cet acte d’incroyable héroïsme et de les remercier matin midi et soir d’avoir bien voulu lever leur viril popotin pour accomplir le quart du dixième de ce que vous faites pourtant tous les jours.

Pas simple donc d’être une femme aujourd’hui. Pas évident de tout concilier, de courir en tous lieux, à droite et à gauche, pour faire les courses, prendre les gosses chez la nounou tout en assurant au travail et en vous occupant de vos adorables maris qui vous disent de mieux vous organiser car il est déjà 20h30 et ils ont faim …

 

Pas simple, et raison de plus de vous rendre hommage aujourd’hui. Car même débordée, sommée de tout réussir, de tout porter, même si les rôles de chacun évoluent, même si les hommes aussi se féminisent, on vous en demande beaucoup et vous tenez bon...

Beaucoup, et jamais vous ne renoncez. Jamais vous ne baissez les bras, car en vous réside cette force surnaturelle de mère, celle qui régente et administre, avec l’amour pour seul carburant.

Car depuis l’aube jusqu’à la fin des temps, c’est vous qui gardez le mystère de la vie, c’est vous qui accomplissez des miracles, et rien ne pourra jamais y changer. En chacun d’entre nous le souvenir de la mère nous poursuivra jusqu’à la fin. Et s’il ne faut garder qu’un amour, ce sera celui là. Inconditionnel, total, absolu, sans trahison, qui va jusqu’à l’oubli de soi.

Et quand vous vacillez parfois, quand la fatigue vous étreint, il suffit d’un seul sourire de vos enfants pour trouver une consolation à tous vos malheurs.

Soyez remerciées, mesdames les mères, de tout ce que vous êtes, de tout ce que vous nous avez donné.

 Très bonne fête à toutes !